Les Britanniques ont boudé la nouvelle série de Russel T. Davies. Peut-être parce qu'elle leur rappelle trop leur quotidien. Autour de Xavier Leherpeur, en revanche c'est l'engouement pour "Years and Years" et ses interprètes, Emma Thompson en tête.

Emma Thompson dans Years and Years
Emma Thompson dans Years and Years © FR_tmdb

C'est la meilleure série de l'année

Xavier Leherpeur prend donc clairement position !

L'intrigue commence en 2019. On y suit la vie des Lyons, une famille de Manchester, racontée sur 15 ans alors que la Grande-Bretagne se retire de l'Europe et qu'un nouveau monde émerge. Vivienne Rook, (Emma Thompson) une célébrité rebelle devenue une femme politique majeure, divise l'opinion par ses prises de position controversées. Son arrivée au pouvoir va bouleverser le pays et bien au-delà

Xavier Leherpeur : C'est une série signée par, pour moi, l'une des plus grandes plumes de la télévision britannique : Russel T Davies. On l'a découvert il y a une vingtaine d'année avec Queer as Folk. Il a redonné vie au Dr Who. Il a signé il y a quelques temps Banana et Cucumber, c'était génial.

Alors, est-ce que Years and years est génial ? La parole aux chroniqueurs :

Marie Sauvion

En trois minutes, Russel T. Davies vous cloue à votre siège

Si vous regardez le premier épisode, vous allez être tellement saisi par l'intelligence de l'écriture que vous allez dévorer les autres. Et pourquoi ?

Ce premier épisode s'ouvre sur une image : à la télévision, Vivienne Rook une entrepreneuse, très grande gueule qui pourrait faire une émission de radio un peu populiste est sur un plateau de télé et dit quelque chose d'absolument épouvantable. De l'autre côté de la télé, un couple qui regarde son écran sur son canapé. Ils commentent ce qu'ils sont en train de voir à la télé et puis, elle redit un autre truc, on passe alors chez un autre couple, gay cette fois-ci et puis petit à petit par cette écriture qui nous a plongé dans le vif du sujet, dans le vif de l'époque, on découvre toute la famille Lyons. Et c'est tellement intelligemment fait qu'en trois minutes vous avez tout compris de Vivienne Rook, que c'est un personnage extrêmement dangereux et extrêmement séduisant qui est joué par la géniale Emma Thompson et qu'il va falloir se méfier beaucoup d'elle.

Benoît Lagane : "très réussi"

Il faut préciser que, dans la première saison ,les années défilent très vite. Le titre de la série s'impose dès le premier épisode. Ensuite on va avancer d'année en année.

La série ne donne pas de leçon. On se retrouve dans notre canapé en train de regarder ça et tout d'un coup on est pris par la frayeur dûe à la séduction du populisme.

C'est une dystopie puisqu'on imagine le futur. L'évolution du monde et la crainte de cette évolution du monde qui est le gros suspens de toute la série nous tient en haleine tout au long des six épisodes. Et c'est très réussi.

C'est sombre. Mais ne vous laissez pas avoir par la grosse frayeur du premier épisode 

Il y a de l'espoir. Il y a de l'humour. On est toujours dans cette vie familiale et on voit que la vie ne perd jamais la main.

Ava Cahen : "bluffant"

C'est un choc

Et il y a la trajectoire de cette famille. Chaque personnage est fait de nuance. C'est une famille très unie, très inclusive et ils ont des divergences d'opinion, on s'y retrouve. C'est une série dans laquelle on entre avec beaucoup de facilité même si ça va au galop.

C'est bluffant, c'est brillant. Et l'interprétation...

Years and years
Years and years / FR_tmdb

Marie Sauvion : "une prophétie"

C'est une série étonnante parce qu'elle politique et sentimentale. La partie sentimentale est extrêmement importante. Il y a des histoires d'amour absolument déchirantes.  Et puis sur le côté politique, c'est presque une prophétie, c'est ce qui m'a fait très très peur dans cette série, c'est sa dimension prophétique.

Quand on parle des accélérations et du temps, il faut essayer d'expliquer comment c'est fabriqué.

Au bout de dix minutes dans le premier épisode, un enfant est né. Son oncle le tient dans ses bras et se demande à quoi va ressembler le monde quand il aura 5 ans. Et là tout à coup : première bougie du gamin, Trump est réélu. 2ème bougie du gamin, Vivienne Rook devient députée. 3ème bougie du gamin, etc.

Et par un jeu de montage entre les gâteaux d'anniversaire et des flashs info, vous comprenez qu'on est cinq ans plus tard. Et toute la série va fonctionner sur ce modèle. 

Le spectateur n'est jamais perdu. Même si c'est effectivement très complexe 

Xavier Leherpeur

C'est étrange mais en Angleterre ça a été un bide. Le premier épisode a plutôt bien marché sur la réputation de Russell T Davies qui là-bas est un auteur reconnu et puis à partir du deuxième épisode - et ça n'a rien à voir avec la qualité de la série - les spectateurs britanniques s'en sont un peu lassés.

Benoît Lagane

Quand on voit ce qui se passe aujourd'hui à Hong Kong, quand on voit ce qu'il se passe avec Trump, on se dit qu'on ne veut pas voir la série qui va nous montrer ce qu'on va peut-être vivre dans un an.

Marie Sauvion

La série nous montre ce qu'on vit aujourd'hui. Il y a un formidable personnage de grand-mère dans Years and Years. Il y a toute une tirade de la grand-mère sur notre responsabilité collective et sur le fait que le monde est tel qu'il est parce qu'on a tous collectivement lâchement laissé faire.

7 min

Years and Years par les critiques de Une Heure en Série

Par France Inter
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