Titeuf est de retour. Avec la régularité du métronome il nous tend son miroir tendre et drôle sur la société. Rencontre avec Zep, un auteur resté proche de sa part d'enfance.

Détail de la couverture du Tome 15 de Titeuf, "A fond le slip !" de Zep
Détail de la couverture du Tome 15 de Titeuf, "A fond le slip !" de Zep © Glénat

Dans ce tome 15 de Titeuf, A fond le slip !, il n’est plus question d’adolescence. Titeuf retourne en enfance pour évoquer le terrorisme, les migrants, les déchets nucléaires, mais aussi Internet, les réseaux sociaux, les végétariens, les complotistes, les anti-Ivg… A travers des gags, un condensé des thématiques d’aujourd’hui.

C’est toujours aussi bien vu et habilement dessiné. Une qualité renouvelée, liée peut-être au fait que Zep dessine 140 pages pour n'en conserver que 46. Son unique critère de sélection ? L’humour. Surtout, Zep s’interdit de se mettre dans sa tête de père ou dans celle de ses enfants : il s'identifie à Titeuf. Quand il se lance dans un nouvel album, il laisse sa part d’enfant ressurgir.

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Comment Titeuf évolue-t-il selon vous ?

Graphiquement, Titeuf a évolué. Dans sa personnalité aussi : il est devenu lui-même. Pour le premier album je me basais sur mes propres souvenirs d'enfance, mais je suis vite arrivé à bout. Mon enfance n'a pas duré 25 ans ! J'ai épuisé mes souvenirs, mais je garde ce qui a fait mon émotion enfantine. Je me mets dans la peau de ce personnage, mais il existe de manière indépendante, et il n'a très vite plus besoin de moi.

15 albums, 25 ans de compagnonnage, êtes-vous guetté par le risque de lassitude ?

Non. Le risque est plutôt de perdre le lien avec cet âge-là. Pour moi, dessiner Titeuf, c'est toujours se remettre dans le costume de l'enfance. Peut-être qu'un jour ça ne marchera plus. Quand on commence à relire ses anciens albums pour essayer de retrouver comment on a fabriqué des gags, c'est le signe qu'il faut arrêter.

Zep commente deux planches du quinzième tome de Titeuf

Page 15 : Cyber boloss

Cyber boloss, la page 15 du quinzième tome de Titeuf : "A fond le slip !" de Zep
Cyber boloss, la page 15 du quinzième tome de Titeuf : "A fond le slip !" de Zep / Glénat

C’est le genre d'histoire que j'ai gardé pendant longtemps. Je voulais éviter d’amener les réseaux sociaux, les tablettes et les smartphones dans l'univers de Titeuf. Je trouvais que tout ce qui est technologique vieillit très vite. Parfois, on dessine une histoire et quand le livre parait quelques mois plus tard, il est déjà daté. Mais, aujourd’hui ce n'est plus possible de faire l'impasse sur les nouvelles technologies, tellement elles sont prédominantes dans la vie des enfants. Je m’en rends compte avec mes enfants, à quel point leur vie sociale passe par les réseaux sociaux. Je vois que leur « popularité », cette espèce de narcissisme complètement assumé, avec tous les jeux où ils se filment, se prennent en photo est devenue essentielle. Aujourd’hui, raconter des histoires d'enfants sans réseaux sociaux c’est, pour eux, parler d'une autre époque.

Ici, Titeuf écrit des insultes sur un mur en espérant que ça ait un gros impact. Alors que son pote Marco - qui ne l’est plus tellement dans cette histoire -, crée son groupe "Titeuf pue du slip" et, en quelques secondes, il a des dizaines de membres qui sympathisent. C'est à la fois drôle et terrible. C'est une nouvelle forme de violence dans les cours d'école. J'avais envie d'en faire une histoire drôle même si elle ne finit pas très bien pour Titeuf

Ecouter Zep :

Page 17 : Logique Titeufienne

Commentaire page 17 : C'est une page qui parle peut-être plus aux adultes qu'aux enfants. C'est vrai que de faire participer les enfants aux tâches ménagères est un combat quotidien. C'est d’ailleurs hallucinant de constater la quantité d’énergie qu'ils mettent pour y échapper. Les histoires dans le quotidien familial de Titeuf sont assez rares, parce que la plupart du temps, le sujet, c'est sa vie dans le monde de l'enfance. Mais j'aime bien, de temps en temps, le montrer dans ce rapport aux parents. Et c'est plus souvent le papa qui est remis en cause. C'est un de ses nouveaux papas qui veut être copain mais qui a beaucoup de mal à restaurer son autorité ensuite.

Dès qu'il s'agit de dessiner la chambre de Titeuf avec ses nombreux jouets et son désordre, j'aime beaucoup. Ça m'amuse plus que de dessiner une salle de bain, par exemple. Dans la BD on a parfois des grandes cases, et des problèmes d’espace. On se doute bien que la famille de Titeuf ne vit pas dans un luxueux appartement de 1000 mètres carrés. Pour arriver à montrer tout dans une case qui représente une petite salle de bain, j’ai dû créer une case panoramique, et tricher. C'est l’avantage du style caricatural : le lecteur accepte ce genre de distorsion.

Logique titeufienne, page 17 du tome 15 de Titeuf, "A fond le slip !" de Zep
Logique titeufienne, page 17 du tome 15 de Titeuf, "A fond le slip !" de Zep / Glénat

La leçon de dessin de Zep

Comment j'ai dessiné Titeuf :

Titeuf, A fond le slip !,tome 15 de Zep est publié chez Glénat

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