Avec "50 Nuances de Grecs", Jul et Charles Pépin remettent en place quelques idées toutes faites sur la mythologie grecque. Un cocktail réussi d’humour et de savoir.

50 Nuances de Grecs, Jul & Charles Pépin
50 Nuances de Grecs, Jul & Charles Pépin © Jul/ Dargaud

Charles Pépin passe en revue tous les personnages : Zeus, Héra, les Cyclopes, Ulysses, les Amazones, etc..., rejoue la guerre de Troie et la malédiction d'Orphée. IL remet du muscle dans nos idées en rappelant la brutalité de cet univers. Orgies, abus de pouvoir, vengeances… on n’est pas sur l’Olympe pour rigoler. Et pourtant… Grâce aux courts-circuits électriques des dessins de Jul et à l’esprit laser de Charles Pépin, vous ne lirez plus jamais la mythologie comme avant. 

L’inégalité entre hommes et femmes est déjà présente dans la mythologie grecque. Est-ce donc une fatalité ? 

Charles Pépin : Il y a tout dans la mythologie : l’origine du machisme, de la séduction virile et de l’abus de pouvoir. La plupart des dieux violent, ils abusent de leur pouvoir. Zeus se transforme pour avoir les faveurs des femmes. Mais il y a aussi le contraire. Le dieu le plus sage est… une déesse, Athéna ; les premières Femen sont des Amazones, guerrières intelligentes qui utilisent les hommes comme des jouets sexuels. C’est un vivier infini. En lisant Homère, je me suis rendu compte de cette richesse de ressources.

Il y a une vérité crue au sujet de la relation homme-femme, que les chrétiens ont ensuite essayé de camoufler.

La séduction est une relation de pouvoir. Séduire, c’est prendre le pouvoir, vouloir posséder. Il vaut mieux regarder cela en face.

Les chrétiens voudront le nier, croire que l’on peut avoir le pouvoir en étant gentil, comme si on pouvait aimer sans séduire. Dans la mythologie grecque, on trouve une vérité sauvage et brutale. Cette vérité, plus on la regarde en face, mieux on peut la maîtriser, se spiritualiser et se civiliser.

Pourquoi avoir utilisé un langage très imagé, parfois cru et moqueur ?

Charles Pépin :  Quand on dit "histoires de cul", ce n’est pas "relations sexuelles" ; il y a quelque chose qui se passe. Une forme de grossièreté peut aider. Mais grossièreté n’est pas vulgarité. Et puis, vous savez, c’est très chaud la mythologie, on n’est pas dans la délicatesse. Ce vocabulaire est adapté à la situation dans un monde d’orgies. 

Pour être pédagogue, il faut créer des circuits raccourcis. Créer des décharges, quelque chose d’électrique. Jul, parfois, créé des raccourcis lumineux. Et, du coup, on réfléchit. 

L’humour est-il la dernière chance pour le savoir et l’érudition d'être partagés par tous ?

Charles Pépin : Non, il y a d’autres chances. Ce qui permet au savoir de jaillir, c’est parfois la tristesse qui fait que les gens se tournent vers les livres, les auteurs, les maîtres. En faisant rire, on va plus vite. En étant prof, je suis devenu un comique, pour être plus efficace auprès des élèves.

Quand on rit, on se détend, et on entend des choses qu’on n’entendrait pas. La vie prend une autre forme à l’intérieur du corps. Les comiques savent nous faire réfléchir. 

Jul sait très bien le faire. Il montre un Narcisse contemporain, prisonnier de l’écran de son ordinateur à force de faire des selfies, de la même façon qu’il prend racine à force de se regarder dans l’eau.

Ce que cela nous dit, c’est qu'il est dangereux d’être fasciné par son image. Il ne s’agit pas de dire que l’amour de soi peut être nocif, mais qu’être fasciné par des images de soi simplificatrices, telles qu’on les poste sur les réseaux sociaux, est dangereux. Jul le dit drôlement et en faisant cette distinction conceptuelle.

Extrait "50 Nuances de Grecs"
Extrait "50 Nuances de Grecs" / Jul/ Dargaud

Quel est le mythe qui vous touche le plus ? 

Charles Pépin : C’est celui d’Orphée, qui regarde derrière lui juste quand il voit le bout du tunnel… On croit qu’il va pouvoir sortir son amoureuse des enfers, mais il fait ce qui lui était interdit : il se retourne, donc il perd son amoureuse à jamais. Cela montre qu’on est capable de tout gâcher au dernier moment. Quelque chose nous effraie dans le bonheur. Au moment où on pourrait jouir du bonheur, on est attiré par autre chose, quelque chose d’obscur, on est diverti. 

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