Il a tout gagné sur les océans et pourtant, François Gabart n’a plus de sponsor. Macif, son partenaire, l’a lâché en pleine crise sanitaire après 10 ans de collaboration. Aujourd’hui, son entreprise construit un nouveau trimaran volant... sans savoir s’il pourra un jour être à la barre de ce géant des mers.

François Gabart construit dans les locaux de sa société un nouveau trimaran volant.
François Gabart construit dans les locaux de sa société un nouveau trimaran volant. © Radio France / Jérôme Val

Malgré le retrait de son partenaire historique, François Gabart poursuit dans les locaux de sa société MerConcept la construction de son bateau de 31 mètres de long. Nom de code : M101.

Ça ponce, ça tape, ça découpe. Au rez-de-chaussée d’un bâtiment flambant neuf sur le port de Concarneau, le futur trimaran géant est en cours de montage : une coque centrale de 31 mètres de long est encore sous un voile plastique et un flotteur entreposé sur le sol attend d’être assemblé. "Là on entend le bruit des ponceuses qui travaillent sur le pont du bateau", raconte François Gabart, en forçant la voix pour tenter de couvrir le bruit de ce chantier XXL. Un pont révolutionnaire : il sera entièrement plat. Le cockpit, la cabine de pilotage, sera enfouie dans la coque pour favoriser l’aérodynamisme.    

Un bateau de 31 mètres de long. Nom de code : M101.
Un bateau de 31 mètres de long. Nom de code : M101. © Radio France / Jérôme Val

Un bateau pour battre des records

Cette machine volante grâce à des foils (appendices de carbone qui soulèvent le bateau hors de l’eau pour augmenter sa vitesse), encore  tenus secrets, est conçue pour battre des records de vitesse. "Je trouve ça fabuleux de se dire qu’aujourd’hui, détaille le navigateur, uniquement en utilisant la force du vent, on est capable de se déplacer sur la planète à plus de 80, 90, 100 kilomètres à l’heure. Je trouve ça fascinant et c’est ce qui m’anime aujourd’hui, de continuer à développer cette technologie."

Seulement, pour l’instant, cette incroyable machine est sans capitaine. Le propriétaire, la Macif, l’ancien sponsor de François Gabart, cherche à la vendre. Le skipper veut trouver un ou plusieurs partenaires pour l’acheter mais il n’a pas encore le budget. "La vie est parfois incertaine", préfère philosopher le Charentais de naissance. Mais il le reconnait : "On va construire ce bateau jusqu’au bout, jusqu’à l’été prochain. En revanche, on n’a pas aujourd’hui la certitude d’avoir le budget pour exploiter le bateau."

L'homme le plus rapide à la voile en solitaire autour du monde n'a pas encore de budget pour pouvoir naviguer sur son bateau.
L'homme le plus rapide à la voile en solitaire autour du monde n'a pas encore de budget pour pouvoir naviguer sur son bateau. © Radio France / Jérôme Val

Pour celui qui a tout remporté, le Vendée Globe, la Route du Rhum, le record du tour du monde en solitaire, ce premier obstacle est difficile à surmonter. Surtout dans le contexte économique actuel où les entreprises font face à un horizon incertain, voire bouché pour certaines d’entre elles.  

"Pas seulement défendre des marques et des produits"

Sans connaître le chiffre précis, ces trimarans dernière génération coûtent entre 10 et 15 millions d’euros, une somme à laquelle il faut rajouter le coût d’exploitation chaque année. Pour y faire face, François Gabart propose un nouveau modèle : s’il en devient le propriétaire, il n’y aura aucun nom d’entreprise sur son bateau. Juste l’envie de défendre une cause. "Ce que je veux, c’est naviguer utile, assène François Gabart :"Je veux que ce bateau porte des messages importants pour notre société, pour l’environnement. Et je pense que la course au large, pour qu’elle soit encore plus pleine de sens, doit s’inscrire dans cette démarche-là. Je veux fédérer des entreprises, des collectivités, toutes sortes de gens qui s’inscrivent dans ce projet : pas seulement défendre des marques et des produits, mais faire avancer la société dans laquelle on vit."

En juin dernier, quand la Macif a annoncé à la surprise générale son retrait de ce projet, François Gabart a accusé le coup, meurtri. Aujourd’hui, il semble ragaillardi par ces nouvelles perspectives. S’il réussit son pari, le marin de 37 ans et père de trois enfants mettra son bateau à l’eau en juin prochain. Avant de s’attaquer à un tour du monde en équipage, dès l’hiver 2021.

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