En ce début de printemps, les fleurs s'épanouissent et les oiseaux s'égosillent. Rien que de très normal. Sauf que dans les grandes villes le confinement, qui diminue la pression de l'homme sur la nature, amplifie le phénomène.

Les campanules de Dalmatie profitent du confinement, comme plein d'autres plantes dans nos villes
Les campanules de Dalmatie profitent du confinement, comme plein d'autres plantes dans nos villes © Grégoire Loïs du muséum naturel d'histoire naturelle

Un géranium sauvage s'est installé dans une minuscule faille, entre le bord du trottoir et le mur d'une banque aujourd'hui fermée, dans une rue proche de la tour Eiffel. Entre les pavés tout proches, un pissenlit a poussé et fleuri, en plein milieu de la chaussée. Dans la capitale confinée, les plantes semblent investir l'espace, où la pression des pas et des voitures a largement baissé

"C'est un phénomène essentiellement urbain" explique Grégoire Loïs, naturaliste, chercheur au Muséum national d'histoire naturelle et à l'Agence régionale de la biodiversité. "Le printemps, c'est toujours un moment de fête de la biodiversité, tout explose dans la nature. Cette année, nous nous en apercevons mieux, puisque nous sommes confinés et donc plus attentifs aux signes extérieurs. Et en plus, il y a un réel relâchement de la pression, que ce soit du trafic automobile, ou tout simplement de la présence humaine dans nos rues".

Pissenlit et Capselle bourse repérés près de boulevard Pasteur à Paris
Pissenlit et Capselle bourse repérés près de boulevard Pasteur à Paris / Grégoire Loïs du muséum naturel d'histoire naturelle

Les plantes, premières bénéficiaires

C'est sur la flore que les effets du confinement sont les plus frappants. Entre chaque pavé, au pied de chaque poteau un peu branlant, les graminées ont trouvé la matière organique nécessaire à leur développement. De l'herbe, des plantes, du blé même poussent sur les trottoirs parisiens. "Plus personne n'accroche son vélo à ces poteaux, ni ne marche à cet endroit", poursuit le naturaliste. Et comme le printemps est une période de foisonnement, les effets sont très rapidement visibles.

Mieux entendre le chant des oiseaux

Ce qui frappe aussi les urbains, ce sont les chants des oiseaux. Que l'on entend mieux, et plus seulement la nuit. "Sans le bruit des voitures et des moteurs, ou même de la foule, on entend les chants habituellement couverts par le bruit ambiant" explique Grégoire Loïs. Mais pas seulement : "Nous sommes en pleine période de reproduction pour de nombreuses espèces, et les mâles chantent énormément. Habituellement ils le font plutôt le soir, ou tôt le matin, quand les bruits de ville sont moindres. En ce moment, on les entend en pleine journée".

Un impact difficile à mesurer

Mais les naturalistes et biologistes qui effectuent normalement en cette saison d'importants relevés de terrain étant aussi priés de rester chez eux, ils ne peuvent à leur grand regret compter les espèces sur le terrain et mesurer l'effet réel du confinement.

"Il est possible que dans les parcs parisiens les renards sortent un peu plus, comme les fouines que l'on peut apercevoir d'habitude à la nuit tombée sur le Champ de Mars, mais ce ne sont que des suppositions", avance Grégoire Loïs. Et il y a peu de chances que les effets de ce relâchement de pression sur la nature en ville perdurent au-delà du déconfinement.

l'herbe repousse dans les rues désertées par les voitures
l'herbe repousse dans les rues désertées par les voitures / Grégoire Loïs du muséum naturel d'histoire naturelle
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