Quatre artistes français se produiront cette année à Coachella. Depuis sa création en 1999, les Français se sont fait doucement mais sûrement une place dans ce festival de musique américain parmi les plus renommés au monde. On remonte le temps.

La performance iconique de Daft Punk à Coachella en 2006.
La performance iconique de Daft Punk à Coachella en 2006. © AFP / Karl Walter

Son "Djadja" et sa "Pookie" vont faire monter la température du désert californien. Aya Nakamura, chanteuse phénomène de pop urbaine aux paroles parfois sibyllines, fait partie des quatre artistes français qui auront l'honneur de se produire en avril à Coachella, a.k.a. le rendez-vous emblématique pour festivaliers du monde entier. Créé en 1999, il réunit chaque année près de 200 000 personnes à côté de Los Angeles. Autant dire qu'être invité à cette grand messe de la musique est un privilège qui ne se refuse pas. "Je ne suis jamais allée à Coachella, je ne suis d'ailleurs jamais allée en Amérique, confie Aya Nakamura dans les colonnes du Parisien, alors je suis impatiente, et j'appréhende un peu."

Une appréhension qui se comprend aisément : la chanteuse de 24 ans, en plus de se produire aux côtés de stars comme Thom Yorke, Lana Del Rey ou Frank Ocean, marchera dans les pas de grands noms de la musique française, qui ont avant elle fait résonner la "french touch" outre-Atlantique. On fait un saut dans le temps, avec ces Français qui ont foulé, souvent avec panache, les scènes mythiques de Coachella.

De l'électro sauce française dans le désert américain

Pour dénicher les premiers ambassadeurs français à Coachella, il faut remonter à 2004. Les émissaires s'appellent Laurent Garnier et Air, groupe originaire de Versailles. Deux pionniers assimilés à l'émergence de la "french touch", la musique électronique française (même si Garnier s'en défend, puisqu'il à commencé à mixer avant, et parle de "simple étiquette"). Avec eux, les festivaliers en majorité américains découvrent une scène électro française de talent, créative, aux beats tantôt bruts, tantôt planants, qui hypnotisent les foules de la vallée de Coachella. 

Des traces de leur passage, il y a 15 ans, subsistent encore sur des vidéos amateurs :

Air s'y est de nouveau produit en 2007, Garnier en 2014. Une fois qu'on y a répondu, difficile de résister à l'appel californien...

Le tournant 2006-2007

Les années 2006 et 2007 marquent probablement une charnière qui impose l'électro française comme un genre incontournable du festival et de la scène internationale. Et cela grâce à trois noms, trois mastodontes du registre.

D'abord, il y a les Parisiens de Justice. Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, sont des habitués du soleil de Coachella. Après un premier essai concluant en 2007, le groupe récidive en 2008, 2012 et 2017. Interviewés il y a deux ans par Tsugi à l’occasion de leur 4e passage, les compères n’ont pas caché leur nostalgie : "Il y a dix ans c’était carrément le premier concert de nos vies !", lâche Xavier de Rosnay. "J'en ai un super souvenir : nous venions de sortir notre premier album, nous finissions la tournée et nous savions que nous allions être en vacances après ce concert." Son partenaire Gaspard Augé se remémore aussi : "On s'était tous habillé en blanc, on jouait tous ensemble avec ce Club 75." (un groupe composé de Cassius, Mehdi et Busy P). 

Il suffit de jeter un œil à leur live de 2017 pour se rendre compte que la recette Justice n'a rien perdu de sa saveur :

Changement d'ambiance avec un monstre de l'électro populaire : David Guetta. Coup d'éclat en 2007, puis 2012, puis 2015. À chaque fois devant des foules immenses, attirées aussi sans doute par la myriade de succès commerciaux du DJ français. Même quand son ordinateur plante, comme en 2015, Guetta parvient à électriser son public grâce à ses tubes, parfois à l'aide de guest-stars comme l'Australienne Sia, qui pose sa voix puissante et écorchée sur l'hymne "Titanium" : 

Mais les vrais rois de Coachella portent des casques : Daft Punk. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont marqué au fer rouge le festival en 2006. Un set iconique et des médias américains dithyrambiques, comme le magasine de référence Rolling Stone, qui parle d'une "performance légendaire". Une performance qui a même fait l'objet d'un documentaire, "Daft Punk Unchained", comprendre "Daft Punk déchaîné". L'affluence parle d'elle-même : 40 000 festivaliers ont tenté de s'introduire dans la tente où se produisait Daft Punk, pour une capacité de 10 000 personnes. 

Le journaliste musical Michaelangelo Matos y était : "Personne n'avait jamais vu ça", se souvient-t-il. "Personne n'avait jamais vu ce niveau de production. Tous ceux qui étaient dans la tente envoyaient des textos à des connaissances, comme 'tu es en train de rater ça ! C'est la chose la plus incroyable que j'ai jamais vu ! Tu rates l'une des meilleures performances de tous les temps.' "

Le set complet est disponible sur Youtube, et culmine à plus d'un million de vues. À vous de juger : 

Depuis, les DJ français se sont engouffrés dans la brèche, contribuant à la déferlante de musique électronique sur Coachella : Kavinsky en 2008, Étienne de Crécy et Sébastien Tellier en 2009, Joachim Garraud en 2011, Madeon en 2012, C2C en 2013, DJ Snake et Gesaffelstein en 2015... La "french touch" a encore de beaux jours devant elle sous le soleil californien. 

Les Françaises prennent le micro

"Je-veux-te-voir-dans un film pornographique, en action avec ta…" On s’arrêtera là. Avec ses paroles souvent provocantes, son électro-pop survitaminée et son énergie ravageuse sur scène, le groupe Yelle était taillé pour apporter un vent de fraîcheur au désert de Coachella. Sa chanteuse briochine, Julie Budet, peut se targuer d’être la première chanteuse française, avec le groupe Les Plastiscines, à avoir été programmée au festival, en 2008. Mais Yelle ne s'est pas arrêté là : il est revenu en 2011, puis en 2015.

Comment expliquer l’engouement du festival pour les synthés acidulés du groupe ? Interrogée par le site touslesfestivals.com, Julie Budet décrit son épopée californienne : "On y a joué une première fois en 2008, cela s’est bien passé, on a surkiffé, les programmateurs aussi. Ils nous ont fait revenir, même s’ils ne sont pas friands de le faire trop souvent. Ils savent qu’en live on fait le job. Nous on est ravis de ça, en tant que groupe c’est une expérience à la fois unique et difficile."

Car à Coachella, exit les préparatifs interminables et les réglages minutieux : "Techniquement, tu n’as pas le temps de faire de balance, tu as 20 minutes pour t’installer, et t’as pas le droit de te rater. Après on a toujours joué à des horaires cool, à la tombée de la nuit, sous une tente avec moins de vent. L’énergie est toujours dingue là-bas, on adore." À voir Julie Budet se déchaîner dans sa combinaison rouge à capuche, sur fond de palmiers paradisiaques, difficile de la contredire : 

Depuis Yelle, d'autres voix féminines françaises ont réussi à se frayer un chemin jusqu'à Coachella. Charlotte Gainsbourg s'y est produite à deux reprises, en 2010 et 2019. Christine and The Queens, en 2016 et 2019. Ibeyi, groupe composé des jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diaz, en 2016 et 2018. 

À Aya Nakamura d'assurer la relève...

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