Ils sont tous héritiers du grand Charles, du général, du président de Gaulle. 80 ans après l'appel du 18-Juin depuis Londres, Nathalie, Louis et Rémi de Gaulle nous racontent comment vivre avec ce nom chargé d'histoire.

Nathalie, Louis ou Rémi : ils vivent avec l'ombre du nom du Général.
Nathalie, Louis ou Rémi : ils vivent avec l'ombre du nom du Général. © Xavier Demagny

Ils s’appellent Nathalie, Louis ou Rémi... de Gaulle. Et ils parlent rarement. Les descendants directs de la famille du Général ont de deux (pour l'arrière-arrière-petit-fils) à 98 ans pour l’Amiral Philippe de Gaulle, fils de Charles. D'ailleurs, personne en France ne porte ce nom sans avoir un lien avec le premier président de la Ve République. Mais comment vit-on lorsque l'on porte ce célèbre patronyme ? Qu'est-ce que cela signifie ? À l’occasion des 80 ans de l’appel du 18-Juin, des "de Gaulle" se sont confiés à France Inter.

Tous sont capables de situer la fin de l’insouciance, le temps où ils n’avaient pas conscience du nom qu’ils portaient. Pour Rémi de Gaulle, petit neveu du général, c’était un jour de janvier 1959. "La maîtresse de 10e m'a fait venir au tableau pour me faire applaudir par mes camarades parce que le Général de Gaulle était devenu président de la République", raconte-t-il. 

"J'avais six ans et je découvrais ça. Même si j'avais conscience qu'oncle Charles était un grand personnage, j'ai pris conscience que je ne pourrais jamais vivre tranquille avec ce nom." 

Rémi, aujourd'hui 68 ans et avocat à Aix-en-Provence, grandit alors dans une France partagée entre les gaullistes et les anti-gaullistes, sous les menaces et tentatives d’attentats contre son oncle. "Les gens se déterminaient par rapport à des opinions politiques, on était victime de préjugés. Ma génération, c'était très lourd à porter", témoigne Rémi de Gaulle.  

Un nom qui attire l'attention

"Quand on me demande comment je m'appelle, s'il y a du monde autour, les cous se dressent et les yeux s'exorbitent. On suscitera toujours la curiosité, mais on vit avec et ce n'est pas très grave. Le tout c'est de ne pas faire n'importe quoi, comme on nous l'a toujours dit", poursuit celui qui a signé le livre "De Gaulle, comme de Gaulle ?"

Une réserve, une pudeur, que Rémi transmet à ses enfants et que Nathalie, 38 ans, a elle aussi reçu de son père, Yves et surtout de son grand-père, l'Amiral Philippe de Gaulle. "C'est vrai qu'on hérite de ce devoir de réserve, de cette manière de se comporter", reconnaît-elle. Mais ses choix "n'ont pas été conditionnés" par le fait de s'appeler de Gaulle. "Nous avons été élevés de manière ouverte, libre, plus tard, avec cette figure du Général plus ancrée et consensuelle."

"C'était plutôt une fierté et un grand bonheur de grandir avec ce nom." 

Pourtant, Nathalie, dirigeante d'une société de conseil, sent toujours les regards sur elle. "Je suis très grande, je fais 1 mètre 80 et on me dit souvent 'ah oui, c'est de famille'. Moi, je ne me lève pas le matin en me disant que je fais partie de la famille de Gaulle... C'est quelque chose qui fait partie de moi", témoigne-t-elle. "Ce sont les gens qui vous l'évoquent en général." 

"Vous êtes sûr d'être un de Gaulle ?"

Parfois, les remarques vont même plus loin : "Vous êtes sûr d’être un de Gaulle ?" lance-t-on parfois à Louis de Gaulle, 55 ans, 1 mètre 75, loin des 1 mètre 96 de son grand-oncle. "Je suis trop petit, par rapport à l'image que les gens se font de lui. Je sens souvent une certaine déception", s'amuse-t-il. Et ce n'est pas le seul souvenir étrange : "Dans un hôtel de Los Angeles, je donne mon nom et l'on me répond 'de Gaulle... comme l'aéroport?'". Une comparaison avec Roissy que tous ont vécu y compris avec des Français... "Tout ça pour qu'on l'écrive après avec un seul 'l'", ironise Nathalie de Gaulle. 

Reste que rien n’est jamais anodin quand on s’appelle de Gaulle, explique Louis, avocat à Paris : "On apprend très vite à se protéger et à ne pas tenir compte de ce que pensent les autres de vous. Quand vous faites quelque chose de bien, c'est toujours grâce au nom et jamais grâce à vous. Quand vous faites quelque chose de mal, on dit que c'est malheureux d'être aussi con quand on porte un tel nom." Dans son activité professionnelle, Louis s'est toujours refusé à utiliser cette lignée comme un argument commercial. 

"Quand on est avocat on porte évidemment son nom, c'est notre raison sociale... On est nés avec ce nom qui génère des devoirs, mais on n'a aucune raison de s'approprier cette histoire qui ne nous appartient pas."Une histoire qui n’appartient plus tout à fait non plus aux descendants directs comme Nathalie, "l’héritage du Général vit et vivra bien au-delà de nous", dit-elle. 

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