La contribution des ruminants (les vaches surtout) au réchauffement climatique n'est pas négligeable. En libérant du méthane par leurs pets et leur rots, surtout après digestion, les bovins en particulier participent pour moitié aux émissions agricoles de gazs à effet de serre.

Les vaches pourraient prochainement avaler des compléments alimentaires à base d'ail dans le but de diminuer leurs émissions de méthane
Les vaches pourraient prochainement avaler des compléments alimentaires à base d'ail dans le but de diminuer leurs émissions de méthane © Radio France / Laurent Watrin

L'ail, une plante aux multiples vertus... Et pas que pour l'homme. Les vaches pourraient prochainement avaler des compléments alimentaires à base d'ail dans le but de diminuer leur impact sur la planète. Elles sont en effet, par leurs flatulences et leurs rots surtout, responsables de 40% des rejets agricoles de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Le méthane qu'elles produisent est 25 fois plus nocif que le CO2

Sollicités pour réduire cette empreinte environnementale négative, les chercheurs ont commencé les études depuis plus de 15 ans. Après le lin, qui peut diminuer de 20% la production de méthane selon les travaux menés à l'INRA devenue INRAE, c'est l'ingestion d'ail qui fait l'objet des dernières recherches. 

Le méthane est produit lors de la digestion de l'herbe par les ruminants. Plus précisément, la dégradation des végétaux, pour aboutir à des glucides nutritifs pour l'animal, se passe dans le rumen (un estomac à 4 poches) et grâce à des bactéries. Une vache laitière produit chaque année 90 kilos de méthane. C'est 10 fois plus que pour le mouton par exemple. Et si l'ail est en mesure de faire baisser cette mini-usine à méthane, c'est par ses effets antibactériens et inhibiteur d'une enzyme spécifique des microbes producteurs de méthane.

Deux études divergentes

Fort de ce constat, l'entreprise suisse Mootral prévoit de mettre prochainement sur le marché un complément alimentaire composé d'ail et d'écorces d'orange censé faire baisser de 30% le méthane exhalé. Toutefois, les deux récentes études menées avec cette préparation ne convergent pas. Celle menée par des chercheurs de l'Université de Californie et l'entreprise sur 20 bêtes ne montre un effet qu'au bout de la 12e semaine (- 23,2% de méthane produit). Globalement, sur toute la durée de l'étude, le résultat n'est pas significatif, a conclu la publication. 

L'autre étude, sur des vaches allaitantes, détaille à l'inverse une baisse de 38% sur la race Jersey et de 20% sur des Holstein. Mais selon Diego Morgavi, spécialiste des herbivores dans l'équipe Dinamic au centre INRAE Clermont Auvergne Rhône Alpes, l'utilisation d'un laser pour mesurer le méthane n'est pas la méthode la plus fiable qui existe. 

Pour le chercheur, les effets de ces régimes alimentaires modifiés sont encore difficiles à quantifier. "L'effet dose joue" explique t-il "de même que la forme sous laquelle on utilise l'ail". Cru, en poudre sèche, en huiles essentielles... la formulation de Mootral n'est pas spécifiée. "_D'autres solutions me semblent promises à un usage plus large"  _ajoute t-il. La société hollandaise DSM a déposé une demande d'autorisation de mise sur le marché européen de l'additif 3-NOP (nitrooxypropanol) et compte le commercialiser à partir de 2021. Lui aussi vise une réduction de 30% des émissions de méthane bovin par effet sur la fermentation entérique. Le produit, développé avec l'université de l'état de Pennsylvanie et l'université d'Otago en Nouvelle-Zélande, a été évalué dans une vingtaine de publications scientifiques, selon l'entreprise. 

Les éleveurs seront-ils prêts à payer un surcoût pour faire baisser le méthane de leur troupeau alors même qu'ils n'y sont pas contraints ?

Tant que les émissions de gaz à effet de serre par l'élevage ne sera pas taxé, qu'est ce qui pourrait inciter les producteurs à une conduite vertueuse pour la collectivité ? Le sens civique ? L'impact d'une telle démarche auprès des consommateurs ? Déjà en France, la filière Bleu Banc Cœur s'engage. 750 éleveurs sont engagés dans la production de lait moins impactante pour la planète, car les vaches ont été en partie nourries au lin. Au delà du surcoût, ce régime, même s'il fonctionne "pose le problème de la disponibilité du lin" souligne Diego Morgavi.  Finalement, la solution la plus efficace pour réduire les gaz à effet de serre reste la réduction du nombre de bovins, et donc une moindre consommation de viande.  

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