En un peu plus d'un an de crise sanitaire, le président de la République s'est éloigné des conseils des scientifiques, leur reprochant de ne jamais être unanimes et de s'être trompés.

Allocution surprise d'Emmanuel Macron à l'issue d'un Conseil européen, le 25 mars 2021, dans laquelle il refuse de faire son "mea culpa".
Allocution surprise d'Emmanuel Macron à l'issue d'un Conseil européen, le 25 mars 2021, dans laquelle il refuse de faire son "mea culpa". © AFP / Benoit Teissier

"Il va finir épidémiologiste", s'amusait en février dernier un ministre qui se confiait à France Inter. En coulisses, le gouvernement saluait alors la décision d'Emmanuel Macron de ne pas reconfiner le pays, contre l'avis des scientifiques. "Pari réussi", disait-on au sein de l'exécutif pendant que la courbe des contaminations ne s'envolait pas. 

Sept semaines plus tard, le pic de la deuxième vague est dépassé, près de 5 000 patients sont hospitalisés en réanimation, mais le président de la République refuse de faire son "mea culpa". Bien loin de "la confiance" qu'il avait placée dans les scientifiques, il y a un an.

12 mars 2020 : "La confiance dans la science"

C'était la première fois qu'Emmanuel Macron s'exprimait sur la situation sanitaire. "Un principe nous guide", dit alors le président dans son adresse aux Français. "Il nous guide depuis le début pour anticiper cette crise puis pour la gérer depuis plusieurs semaines et il doit continuer de le faire : c'est la confiance dans la science."

Quatre jours plus tard, le 16 mars, Emmanuel Macron reçoit une délégation du Conseil scientifique à 17 heures. À 20 heures, le chef de l'État annonce l'instauration d'un confinement sur l'ensemble du territoire pendant au moins 15 jours avec une formule restée dans les mémoires : "Nous sommes en guerre".

13 avril 2020 : la réouverture des écoles contre l'avis des scientifiques

Après quatre semaines de confinement, Emmanuel Macron s'adresse une nouvelle fois aux Français dans une intervention télévisée. Il annonce "une nouvelle étape" à partir du 11 mai, en rouvrant notamment "progressivement les crèches, les écoles, les collèges et les lycées".

Ce soir-là, Emmanuel Macron se détache déjà du "principe" édicté un mois plus tôt. Le 14 avril, le président du Conseil national de l'ordre des médecins explique au Figaro que le choix de rouvrir les écoles "révèle un manque absolu de logique". Le 20 avril dans une note envoyée aux autorités nationales, le Conseil scientifique pointe de son côté un risque de transmission "important" et des "mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes".

31 décembre 2020 : "Bonne année à tous", même aux scientifiques ?

Le soir de la Saint-Sylvestre, comme il est de coutume, le président de la République présente ses vœux aux Françaises et aux Français pour l'année 2021. Il multiplie les éloges et les remerciements à "Marie-Corentine, infirmière", "Jean-Luc, chauffeur-éboueur", "Rosalie, libraire", "Romain, gendarme", "Medhi, professeur de sciences économiques et sociales", "Mauricette, première à se vacciner"

En quinze minutes d'allocution, Emmanuel Macron ne cite cependant qu'une seule fois les scientifiques qui "encadreront" la vaccination. Agacé par les prévisions alarmistes, il a tenté de devenir lui-même un spécialise en s'abonnant quelques semaines auparavant aux revues médicales britanniques The Lancet et Nature Medicine. "Il s'est passionné pour le sujet", avoue un ministre. "L'avis des médecins est devenu un avis parmi d'autres", ajoute un conseiller.

25 mars 2021 : "Aucun mea culpa, aucun remords, aucun constat d'échec"

Alors que les critiques se multiplient face à l'accélération de l'épidémie et le placement de 19 départements sous "mesures de freinage renforcées", Emmanuel Macron surprend tout le monde en s'exprimant de façon inattendue à l'issue d'un conseil européen. "Je n'ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d'échec."

Depuis l'Élysée, il affirme avoir eu "raison de ne pas reconfiner la France à la fin du mois de janvier parce qu'il n'y a pas eu l'explosion qui était prévue par tous les modèles". Le président sous-entend ainsi que les scientifiques se sont trompés.

28 mars 2021 : "L'unanimité scientifique n'a jamais été au rendez-vous"

Trois jours après avoir refusé de faire son "mea culpa", le président de la République enfonce un peu plus le corps médical et notamment le Conseil scientifique. Dans une interview au Journal du dimanche, il affirme que "l'unanimité scientifique n'a jamais été au rendez-vous". "Parfois, les faits du lendemain viennent contrecarrer les certitudes de la veille. Certains nous disaient 'en février, vous allez prendre le mur'. On ne s'est pas pris le mur. On a pris des mesures proportionnées à la situation."

"Rien n'est décidé" quant à un nouveau tour de vis face à l'épidémie de Covid-19 mais le chef de l'État a cette fois véritablement pris ses distances avec les scientifiques qui ne seraient, laisse-t-il entendre, pas d'accord entre eux. Le Conseil scientifique manquerait d'avis tranché dans ses rapports. Dernière preuve en date, ce lundi 29 mars, quand le Conseil a renvoyé à l'exécutif la décision "éminemment politique" d'un nouveau report des élections régionales et départementales.