Le débat public sur le nouveau projet de parc éolien en mer en Normandie a duré un an. Les conclusions sont désormais publiques. Ce sujet fait grincer des dents. Seule solution, construire ces moulinets géants le plus loin possible des côtes, pour plus d'efficacité énergétique et surtout plus d'acceptabilité.

Les champs d'éoliennes en mer, sont plus "acceptables" lorsqu'ils sont construits loin des cotes, comme ici près de Whitstable au Royaume-Uni
Les champs d'éoliennes en mer, sont plus "acceptables" lorsqu'ils sont construits loin des cotes, comme ici près de Whitstable au Royaume-Uni © Maxppp / BELPRESS / Windpower / Leyla Vidal

Imaginez un ensemble de 60 à 80 éoliennes, grandes comme la Tour Eiffel lorsque la pale est levée, toutes éloignées de près de deux kilomètres les unes des autres. Ce chantier colossal, souhaité par l'État, a été soumis à un débat public pendant un an. Le but était de définir des endroits possibles pour ces éoliennes dans la Manche, probablement très au large de Fécamp ou de Barfleur par exemple. Il s'agit de produire 1 gigawatt d'électricité, c'est-à-dire à peu près autant qu'un réacteur nucléaire. 

Des pêcheurs doublement inquiets

Lors de ce débat, différentes oppositions ont été entendues : les pêcheurs d'abord, déjà très affectés par les conséquences du Brexit, ils craignent de perdre des zones de pêche, et les défenseurs de l'environnement ensuite, préoccupés par la protection de la biodiversité marine. La question de l'État, en tant que maître d'ouvrage, était de savoir où placer ces éoliennes en mer. "Il y a eu trois familles de réponses", explique Francis Beaucire, géographe et président de ce débat public : "Les premiers disent 'nulle part', pour la pêche, ou le paysage. D'autres disent qu'elles ne peuvent pas être à tel ou tel endroit car ces zones sont protégées. Et puis il y a ceux qui réfléchissent à des endroits possibles. Dans cette troisième catégorie, la plupart répondent 'le plus loin des côtes'". précise Francis Beaucire.

Les pêcheurs ajoutent que trois parcs éoliens sont déjà prévus dans la Manche. "Cette mer a déjà donné", ajoute Francis Beaucire.

Seule solution, construire ces éoliennes à 30, voire 40 kilomètres des côtes 

Dans ce compte-rendu issu du débat public, 200 cartes ont été dessinées avec des emplacements possibles pour ces éoliennes géantes. La solution semble donc être de les construire le plus loin possible des côtes. "Ce sont des géants, plus c'est loin, mieux c'est", admet  Francis Beaucire, qui ajoute : "si on tient compte du fait qu'on a une plus grande distance, une partie du problème du paysage se trouve atténuée, une partie du problème de la pêche l'est également car l'activité très au large est moins intense, il y a moins d'impacts sur la biodiversité dans certaines zones, il y a plus de vent et le vent est plus régulier". Cela fait beaucoup d'arguments. "Seul problème, concède-t-il, _le coût du raccordement, qui augmente_, car il faut relier cette énergie à l'électricité terrestre, mais c'est peut-être le prix à payer pour que ces éoliennes soient acceptables", précise-t-il

De son côté, le gouvernement a trois mois pour préciser ses intentions. Ce chantier devrait aboutir d'ici sept ou huit ans, mais quand il s'agit d'éoliennes off-shore, les délais sont très longs. Au Tréport par exemple, les éoliennes en projet depuis 2014 ne verront le jour en principe qu'en 2023 ! En tout cas, le gouvernement a l'ambition de construire de nouvelles éoliennes en mer pour attribuer 1 gigawatt par an à cette énergie chaque année à partir de 2023. Les premières mises en service sont envisagées à cet horizon. Le chantier est lancé à Fécamp : 71 éoliennes à 15 ou 20 kilomètres des côtes doivent être mises en service en 2023.  D'une capacité de 500 mégawatts, elles produiront l'équivalent de la consommation électrique annuelle de près de 800 000 personnes, précision apportée par le ministère de la Transition écologique.