Deux études, l'une suisse et l'autre britannique, démontrent, s'il fallait encore le faire, que les polluants chimiques ont un impact sur la qualité du sperme.

Dans les pays industrialisés, il a notamment été démontré qu'en 50 ans, la concentration de spermatozoïdes a été divisée par deux.
Dans les pays industrialisés, il a notamment été démontré qu'en 50 ans, la concentration de spermatozoïdes a été divisée par deux. © AFP / Science Photo Library / Sebastian Kaulitzki

C'est une préoccupation d'ampleur, depuis 70 ans : les polluants chimiques ont un impact sur la qualité du sperme. Récemment, deux nouvelles études viennent confirmer ce qui se dessine depuis plusieurs années et qui met en péril la capacité des couples à procréer. Dans les pays industrialisés, il a notamment été démontré qu'en 50 ans, la concentration de spermatozoïdes a été divisée par deux : de 99 millions par millilitres à à 47 millions par millilitres, en moyenne. 

Conséquence : il faut plus de temps pour concevoir un bébé. Car au dessous d'une concentration de 15 millions par millilitres, un homme est quasiment infertile, d'après l'Organisation mondiale de la santé.  

Pesticides, phtalates et métaux lourds en cause

Avec le Danemark, la Suède et l'Allemagne, les Suisses sont en queue de peloton. Seuls 38 % des hommes atteignent la norme mondiale. D'où l'inquiétude de nos voisins. Une étude de l'université de Genève, parue récemment dans Human Reproductions, montre que les fœtus garçons exposés aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse ont deux fois plus de risque de se retrouver sous le seuil critique du nombre de spermatozoïdes, une fois en âge de procréer. Le volume de sperme diminue également. Pesticides, phtalates et métaux lourds sont les principaux perturbateurs incriminés sur les 1 045 conscrits suivis par les chercheurs. Le lien a été fait grâce à la profession et l'exposition des mères au cours de leur grossesse. 

D'autres études, menées sur des chiens notamment, montrent aussi l'impact potentiel des substances chimiques. L'université de Nottingham (Angleterre) a montré qu'en 25 ans, sur une cinquantaine de races de chiens étudiées, la moitié des spermatozoïdes rencontrent des problèmes de mobilité, pourtant essentielle. 

Dans les testicules, le sperme et la nourriture de ces chiens, les scientifiques ont trouvé des PCB (polychlorobiphényles) et des phtalates, substances utilisées autrefois dans les transformateurs électriques, encore aujourd'hui dans les plastiques et les peintures, aussi suspectées de favoriser le cancer des testicules. 

Étude comparative 

Cette semaine, cette même équipe publie de nouveaux résultats dans Scientific Reports, portant sur des différences géographiques. Les chercheurs ont comparé trois régions du Royaume-Uni et deux pays nordiques, la Finlande et le Danemark.

Trois substances ont été recherchées : phtalates, PCB et des produits bromés (polybromodiphenyleters), qu'on trouve dans les plastiques, les tissus ignifugés et qu'on utilise dans l'extraction pétrolière. La présence a été mise en regard du taux de cancer des testicules, 300 fois plus nombreux en Finlande qu'au Danemark, par exemple, et au nombre d'anomalies de l'appareil reproducteur. Et s'il est trop tôt pour établir le lien de causalité avec les expositions, ces chercheurs notent des différences frappantes de concentrations de ces produits entre pays.  

Par exemple, dans les testicules des chiens nordiques, à fortes concentration de composés bromés, on trouve moins de cellules germinales, celles qui feront plus tard des spermatozoïdes. Le lien avec la santé du système reproducteur humain doit être approfondi. Mais, parce qu'elle vit avec ses maitres, dans le même environnement, cette espèce animale est une espèce-sentinelle pertinente, selon les chercheurs.