De retour de ses vacances d'été en France, Dominique André, correspondante permanente de Radio France en Chine a dû observer une quarantaine, du 18 septembre au 2 octobre. Enfin de retour à Pékin, elle nous livre le carnet de bord de ces quinze jours d'isolement.

Seul contact avec l'air extérieur pendant 14 jours, cette fenêtre de la chambre d'hôtel qui s'entrouvre.
Seul contact avec l'air extérieur pendant 14 jours, cette fenêtre de la chambre d'hôtel qui s'entrouvre. © Radio France / Dominique André

J’aurais tout fait pour éviter cette quarantaine de quatorze jours, mise à l’isolement dans une chambre d’hôtel, à 150 kilomètres de Pékin. Après avoir espéré obtenir l’autorisation d’un confinement à domicile, j’ai dû me rendre à l’évidence que les diplomates étaient les seuls à bénéficier de ce traitement de faveur. À la fin des vacances d’été en France, je me suis résignée à me soumettre à cette épreuve, prix à payer pour rentrer en Chine, où je travaille depuis 5 ans.

Pour rentrer, il faut réserver un billet à destination de Tianjin. Cette nouvelle liaison aérienne, mise en place fin août, permet aux expatriés de revenir en Chine, la plupart s'étant repliés sur la France au début de l’épidémie en janvier. L’aéroport, situé dans le nord-est de la Chine, est depuis devenu le point d’entrée obligatoire pour les avions d'Air France à destination de Pékin. Avant la Covid-19, deux vols quotidiens de la compagnie française desservaient la capitale chinoise. Il n'y a plus qu'une seule liaison hebdomadaire actuellement. Après deux semaines de quarantaine à Tianjin et plusieurs tests de dépistage, les passagers sont autorisés à pénétrer dans Pékin, la capitale politique, qui a mis en place une réglementation draconienne pour éviter une deuxième vague de l'épidémie.

Jeudi 17 septembre - Le retour en avion

J'embarque donc le jeudi 17 septembre, avec mon époux, sur le vol de nuit Paris-Tianjin d'Air France. À l'aéroport francilien de Roissy-Charles de Gaulle, le passeport et le billet ne suffisent plus pour monter dans l’avion. Il faut présenter un test de dépistage négatif de moins de 72 heures et un QR Code, délivré après avoir rempli en ligne un certificat de santé. C’est un peu le flou, entre les passagers français et chinois, ceux qui sont en correspondance et ceux qui prennent le vol direct : il n’est pas évident de savoir quels documents présenter et le personnel de la compagnie est un peu perdu. 

L’hôtesse qui nous accueille à bord porte un masque, doublé d’un écran de protection sur le visage. Elle tend l’oreille pour comprendre ce que demandent des passagers : "Parlez plus fort, je ne vous entends pas !" L’équipage explique comment va se dérouler le vol de 10 heures. Prise de température corporelle, port du masque obligatoire, déplacements dans l’appareil limités au strict minimum et renouvellement de l’air de la cabine toutes les 3 minutes "comme dans un bloc opératoire". Le verre de champagne échappe aux restrictions, il continue d’être servi aux premières classes. 

À l'aéroport de Roissy, des passagers chinois sont vêtus d’une combinaison blanche complète.
À l'aéroport de Roissy, des passagers chinois sont vêtus d’une combinaison blanche complète. © Radio France / Dominique André
Dans l'appareil, le personnel de bord porte un masque et une visière.
Dans l'appareil, le personnel de bord porte un masque et une visière. © Radio France / Dominique André

Les rangées de passagers chinois revêtus d’une combinaison blanche complète, portant des lunettes en plastique et des gants, donnent une impression étrange... "Qu’est-ce qui nous attend à l’arrivée ?", s’interroge un expatrié. Je mets un casque et m’isole en cherchant une comédie dans la liste des films du jour. Est-ce bien utile de voyager engoncé dans une telle tenue ? En tout cas, ça n’a pas l’air confortable.  

Vendredi 18 septembre - L'arrivée sur le sol chinois

Le jour de notre arrivée, les autorités annoncent avoir recensé la veille 32 nouveaux cas confirmés de contamination à la Covid-19. Des personnes venant de l’étranger, rapidement hospitalisées. En Chine, on les appelle les "cas importés". Après notre atterrissage, l’avion se dirige rapidement vers le terminal de débarquement. Les équipes de la douane chinoise, en combinaison blanche avec masque et lunettes de protection,  se répandent dans l’appareil pour distribuer des formulaires à remplir. Le QR Code délivré à Paris est scanné, pour vérifier la déclaration de santé. Nous sortons de l’avion et les passagers chinois n’ont pas quitté leur combinaison pendant les 10 heures de vol.

Les passagers chinois n’ont pas quitté leur combinaison pendant les dix heures de vol.
Les passagers chinois n’ont pas quitté leur combinaison pendant les dix heures de vol. © Radio France / Dominique André

"C’est parti pour les Douze travaux d’Astérix", résume une française. Arrivés dans l’aérogare, nous empruntons un circuit spécial. À aucun moment nous ne pouvons croiser les passagers des vols nationaux chinois. En file indienne, nous passons un par un pour une première prise de température via une caméra thermique et suivons un parcours fléché avec plusieurs arrêts.

En visio, les étrangers répondent à une série de questions. Une fonctionnaire en uniforme apparaît sur un écran et nous interroge individuellement en anglais. "Durant les quatorze derniers jours, avez-vous fréquenté des lieux publics, des restaurants, participé à des rassemblements, approché des personnes malades de la Covid-19 ?", questionne-t-elle. Puis c’est le moment désagréable. Tous les passagers, adultes comme enfants, sont soumis à deux tests de dépistage (dans le nez et la gorge) ainsi qu'à une prise de sang. Les plus malins se glissent dans la file où l’infirmière a l’air plus douce et patiente. Les yeux remplis de larmes, un enfant est blotti dans les bras de ses parents.

Le dispositif est très efficace, les passagers qui s’égarent sur le parcours sont rattrapés. Les consignes de prévention sont répétées : il faut porter le masque correctement, ne pas se frotter les yeux et ne pas sortir du périmètre dans lequel vous avez été regroupé. Toutes ces formalités d’entrée durent deux bonnes heures. Entre temps, nos bagages ont été désinfectés.

Un bus conduit par un chauffeur calfeutré dans son poste de pilotage plastifié nous emmène dans un hôtel, aménagé en centre d’isolement sanitaire. Le "Shenglan" n’a plus tout à fait l’air d’un hôtel depuis qu’il a été transformé en centre de quarantaine. Il faut payer 1265 euros pour la chambre et les repas. Un ascenseur nous emmène au douzième étage. Nous l'emprunterons de nouveau dans quatorze jours pour redescendre... Si tout se passe bien. 

A bord du bus qui nous conduit à l'hôtel où nous allons passer la quarantaine.
A bord du bus qui nous conduit à l'hôtel où nous allons passer la quarantaine. © Radio France / D. A.
Le "Shenglan" a été transformé en centre de quarantaine.
Le "Shenglan" a été transformé en centre de quarantaine. © Radio France / D. A.

Samedi 19 septembre - Jour 1 

La mise à l'isolement sanitaire commence. Il est strictement défendu de sortir de la chambre. Après avoir entendu et lu des histoires angoissantes sur "une expérience très spéciale", je referme la porte de la chambre en me demandant si je serai capable de tenir quatorze jours dans cette pièce, avec l’interdiction de sortir. 

Sur le bureau, un document en caractères chinois donne les instructions à suivre. Il faut scanner un nouveau QR Code et envoyer, chaque jour à 9 et 16 heures, sa température corporelle à l’équipe médicale. Cela passe par WeChat, le réseau social plus populaire en Chine. Sur le sol, sont entassées 24 bouteilles d’eau mais aussi des serviettes, des rouleaux de papier-toilette, des brosses à dent et du shampoing : nous voilà équipés.

Après ce long voyage, il est grand temps de dormir. La chambre est grande et l'on peut entrouvrir une fenêtre. L’équipe sanitaire asperge le couloir avec un produit désinfectant, l’odeur passe sous la porte et se répand dans la chambre.  

Ce couloir sera emprunté deux fois : à l'arrivée et au départ.
Ce couloir sera emprunté deux fois : à l'arrivée et au départ. © Radio France / D. A.
La chambre.
La chambre. © Radio France / D. A.

Dimanche 20 septembre - Jour 2

8h30, un premier message envoyé par l’équipe sanitaire : notre petit déjeuner a été livré. Je me précipite pour ouvrir avec joie la porte, juste le temps de récupérer le sac plastique qui a été déposé sur un tabouret. Les deux autres repas seront servis à midi et 18 heures. La qualité de la nourriture est très moyenne. 

Mais, bonne nouvelle, notre hôtel accepte que nous passions des commandes de nourriture à l’extérieur, à condition que tout soit sous plastique. Pour des raisons de sécurité, les bouteilles en verre sont interdites ainsi que les produits frais. La commande est vérifiée par la police, puis par l’équipe médicale qui se charge de la livraison après avoir désinfecté le tout. C’est un luxe car, selon le lieu d’isolement, les politiques peuvent être différentes. Il est arrivé que des hôtels interdisent même la livraison d’eau minérale alors que l’eau n’est pas potable en Chine. Comme tous les occidentaux, nous avons aussi rapporté des réserves : dans nos valises, il n’y avait plus beaucoup de place pour y mettre des vêtements !

La nourriture proposée par l'hôtel.  Il faut payer 1265 euros pour la chambre et les repas.
La nourriture proposée par l'hôtel. Il faut payer 1265 euros pour la chambre et les repas. © Radio France / D. A.
Nous avions des provisions rapportées de France.
Nous avions des provisions rapportées de France. © Radio France / D. A.

Les amis téléphonent. Le meilleur conseil reçu est celui de mon amie Clotilde qui, avec son ton éternellement joyeux, ordonne : "Profites-en pour ne rien faire et te reposer." Elle a raison. Il est urgent de changer de rythme. 

Si l’isolement a des conséquences sur le physique et le mental, je suis sûre que l’excès d’activités en situation d’enfermement n’arrange rien. Je mets en place un modeste programme selon un rituel précis : gymnastique ou yoga, lecture, déjeuner, documentaire et apéro en ligne avec Anyck, ma consœur de Radio Canada qui effectue sa quarantaine à Shanghai.   

"Je conseille d'apporter des anxiolytiques ou des somnifères", écrit une expatriée sur les réseaux sociaux  

Sur WeChat, les expatriés ont des groupes qui sont consacrés au retour et à la quarantaine en Chine. Il y a des référents par pays, c’est très bien organisé et d’un grand secours pour tous. On trouve donc plusieurs groupes, dont "Quarantaine pékinois ou autres", "Safe and Sane in Beijing", "Infos sur le retour à Pékin", "QuaranTEAM". Les "sortants" donnent leurs conseils aux "entrants". "Il faut se créer une routine, se lever tôt, gym, méditation, petit déjeuner, travail, déjeuner, sieste, lecture, gym, dîner, vidéo , sommeil", écrit Pierre. "Et prévoir des somnifères et des anxiolytiques légers", ajoute Claire. "Pyjama toute la journée ?", demande Jeanne. "Je m’endors tous les jours à 9 heures du matin", se désole Eric qui lance un appel pour consulter un médecin en ligne.

Lundi 21 septembre - Jour 4

C’est par hasard (ou parce que j’ai senti une présence dérangeante) que je tourne la tête vers la grande baie vitrée de notre chambre. Je découvre la présence d’un drone ! L’engin noir fait du sur place, il est en face de moi, puis se dirige vers l’autre fenêtre de la chambre, avant de disparaître vers celle du voisin. Durant l’épidémie, des drones surveillaient la population, notamment à Wuhan, pour vérifier que les habitants respectaient le confinement. Des drones ont aussi relevé la température corporelle. 

Aujourd’hui, les experts du pays préviennent que la Chine risque de faire face à une nouvelle vague cet hiver. Wu Zunyou, chef épidémiologiste au Chinese Centre for Disease Control and Prevention, souligne que Pékin était sous pression pour contrôler à la fois les cas importés et les provinces du pays où des équipes de prévention ont déjà été envoyées.  

Mardi 22 septembre - Jour 5

Le responsable médical est très attentif. Il téléphone pour nous rappeler de ne pas oublier d’envoyer notre température corporelle chaque jour : "Avez-vous des symptômes ? Prenez-vous des médicaments ?" Nous sommes dans la période considérée comme sensible. Les premiers symptômes apparaissent souvent entre trois et cinq jours après la contamination. Les dix heures de vol et l’arrivée à l’aéroport sont des phases à risque au cours desquelles se croisent  des centaines de passagers. 

Sur Internet, on assiste à un affrontement verbal entre Donald Trump et Xi Jinping à l’Onu, dans des discours  enregistrés par vidéo. Le président américain a qualifié, une nouvelle fois, le coronavirus de "virus chinois". La formule a déclenché l’ire de la Chine qui accuse le président des Etats-Unis de "répandre un virus politique". La question de la responsabilité dans la pandémie est balayée par le régime de Xi Jinping. Des amis chinois me disent s’inquiéter de la montée des tensions entre les deux puissances. 

Mercredi 23 septembre - Jour 5

Soulagement aujourd’hui : aucun cas positif n’a été dépisté dans notre avion. Le risque d’avoir contracté la maladie durant le voyage est donc très faible. Nous respirons. Quand un passager est dépisté positif, il est pris en charge immédiatement pour des examens supplémentaires et une hospitalisation si nécessaire. Le système est très efficace. 

Dehors, il pleut abondamment. Sur la voie rapide en bas de notre hôtel, un énorme embouteillage de voitures s’est formé sur les huit voies. Ce n'est pas un temps à mettre le nez dehors mais cela ne me réconforte pas. 

Jeudi 24 septembre - Jour 6

C'est une mauvaise journée, m’avaient prévenue des anciens de la quatorzaine. La première semaine n’est pas encore achevée, une seconde toute aussi monotone s’annonce. Dehors, le monde s’agite tandis que je stagne, inefficace, incapable de me concentrer. Je passe mes journées à compter les jours qui restent. 

Je me demande comment l’isolement est vécu par ceux qui ne savent pas à quoi ressemble la ville. Est-ce que l’absence de tout repère augmente leur anxiété ? Je vois Tianjin de ma fenêtre et je repense avec plaisir à une visite faite en juillet avec des amis de Pékin, quand j’étais libre de mes mouvements. 

Avec ses 13 millions d’habitants, Tianjin fait partie des dix plus grandes villes de Chine. C’est aussi un port industriel où sont installées les lignes d’assemblage des Airbus A320 vendus sur le marché asiatique. Elle est inscrite dans l’histoire de la France en Chine. Comme les Anglais et les Américains, les Français ont obtenu, en 1861, à la fin de la Guerre de l’Opium, par le système des "traités inégaux" imposés militairement, une concession dans cette ville stratégique proche du fleuve Jaune, le plus grand fleuve de Chine du Nord. 

Il reste de cette époque de belles demeures, le pont Jiefang inspiré par Eiffel, l’ancienne avenue de France avec l’ex cercle français, les cathédrales Saint-Joseph et Notre-Dame-des-Victoires et le souvenir diffus de l’écrivain Paul Claudel, consul de France de 1906 à 1909. En 1946, c’est la fin de cette époque : Mao est arrivé au pouvoir. 

Vendredi 25 septembre - Jour 7

Aujourd’hui, le personnel médical fait un bilan de la première semaine. Une jeune femme assez rigolote a frappé à la porte. Sur sa combinaison de protection étaient dessinés des personnages de bande dessinée. Elle venait nous apporter un questionnaire psychologique

Cette première semaine a réveillé en moi des moments éprouvants qui datent de l’épidémie. C’était en plein hiver, je me souviens qu’il neigeait à Pékin. Au petit marché en bas de la maison, des mamies s’inquiétaient de "la pneumonie mystérieuse de Wuhan". Le 20 janvier, les autorités reconnaissaient officiellement que la situation était "grave" et, trois jours plus tard, la capitale du Hubei était mise sous cloche, coupée du monde. Quand j’appelais la radio à Paris pour envoyer mes papiers, personne, évidemment, ne mesurait à quel point mon angoisse était grande. 

La vue depuis notre chambre.
La vue depuis notre chambre. © Radio France / D. A.

Samedi 26 septembre - Jour 8

Bientôt un vaccin ? Le ministère chinois de la Santé annonce que la Chine sera en mesure de produire à la fin de l’année plus de 610 millions de doses de vaccins contre la Covid-19, portées à plus d’un milliard de doses en 2021. 

Depuis le début des essais, le gouvernement claironne être en tête de la recherche. Les premiers volontaires à Wuhan ont eu des effets secondaires tels que la diarrhée et de la fièvre qui ont disparu au bout de quelques jours, nous avaient-ils confié avant l’été. Selon le ministère, des centaines de milliers de personnes  ont déjà reçu un vaccin expérimental, dans les ports, les hôpitaux et des zones à haut risque. 

Ce soir, l’infirmier qui a déposé le plateau repas portait fièrement des bottes blanches assorties au reste de sa tenue anti-Covid. Il m’a fait rire : sur sa combi était dessiné un hippopotame. Mais j’ai laissé la porte ouverte trop longtemps, une sonnerie s’est déclenchée.     

Dimanche 27 septembre - Jour 9

C’est mon dernier dimanche à Tianjin. Dès que je serai sortie d’ici, j’irai me dégourdir les jambes dans le parc Ritan, dans l’est de Pékin. À l’automne, les familles pékinoises y vont pour admirer le feuillage teinté de jaune d’or  des Gingko Biloba. Leurs feuilles ressemblent à de petits éventails. 

Depuis aujourd'hui, un million de personnes dans le monde sont mortes de la Covid-19. La Chine continentale (hors Hong Kong) comptabilise officiellement 4.634 décès à ce jour, et 85 351 cas de contamination. Plusieurs experts ont remis en cause ce bilan et, dans la population chinoise, certains le pensent plus élevé. 

Lundi 28 septembre - Jour 10 

Dernière ligne droite. À 8h30 arrive une rafale de messages. L’équipe sanitaire est en train de programmer le départ. Il est prévu vendredi à 17h26 ! Il faut encore remplir des papiers. Le comité de quartier de notre résidence à Pékin va être prévenu de notre arrivée. Ces comités ont un rôle très important dans les villes chinoises. 

Il a fait 27 degrés aujourd’hui, la chaleur a été difficile à supporter, les grilles d’aération de la chambre sont recouvertes d’un film plastique.  

Mardi 29 septembre - Jour 11

Je me plonge dans l’agenda professionnel de la semaine prochaine : ce sera bientôt le retour à une vie normale. Dans les groupes d’expatriés sur les réseaux sociaux, certains comparent leur sortie de quarantaine à une libération. Ils ont eu du mal à vivre cet enfermement, ce qui est aussi mon cas. 

L’interdiction de sortir de la chambre, d’être contrainte dans ses mouvements est très dure à supporter. La quarantaine en Chine est incomparable avec une quarantaine à domicile dans un État démocratique comme la France, où les sorties sont autorisées sans aucun contrôle.

Mercredi 30 septembre - Jour 12

Combien sont-ils, tous ces chanceux, dans les avions, les trains, les voitures pour le grand départ en vacances ? Après l’annulation, en janvier, des festivités du Nouvel an chinois pour cause de Covid-19, les chinois se rattrapent avec la Golden Week. La semaine de vacances débute demain, jour de la Fête nationale. 

Cette année, elle coïncide avec la Fête de la lune, deuxième fête la plus importante en Chine. L’équipe médicale fait son maximum pour rendre le séjour le moins désagréable possible, ce soir les "isolés" reçoivent un gâteau en forme de lune. 

Jeudi 1er octobre - Jour 13

Le matin, trois infirmiers nous réveillent en frappant plusieurs fois à notre porte. J’ouvre, on nous demande d’ouvrir la bouche très grand pour un nouveau test de dépistage. Il doit être négatif pour obtenir le certificat de fin de quarantaine et avoir l’autorisation de partir le lendemain. 

Les autorités chinoises ont débuté un dépistage massif de la population bien avant l’été. Je me souviens de queues interminables dans les stades de Pékin, les employés venaient sur ordre de leurs entreprises. En Chine le dépistage est rapide. Les résultats sont connus dans la journée ou le lendemain. Une entreprise chinoise  de biotechnologie, dirigée par une ancienne étudiante formée aux États-Unis, a même fabriqué une machine qui permet de dépister la Covid-19 en 30 minutes. Des aéroports l’utilisent déjà pour tester les passagers arrivant de l’étranger. 

Voilà venue la dernière soirée dans notre bocal anti-Covid. Avant de se coucher, le soleil tente une percée dans la grisaille. Pour le moment, aucune instruction ne nous a été donnée pour demain. La parenthèse va bientôt se refermer et j’en suis heureuse. Ce temps d’enfermement m’a paru interminable, pesant. Mais cette case quarantaine était un passage inévitable pour revenir en Chine. 

Vendredi 2 octobre - Jour 14 

C’est le bout du tunnel, cet après-midi à 17h30. Un vent de liberté souffle, je suis euphorique. Pour la première fois, l’une des infirmières qui sert les repas est venue frapper à la porte. Elle voulait une photo avant notre départ et m’a donné son nom, Mrs Gao. 

L’une des infirmières qui sert les repas est venue frapper à la porte : elle voulait une photo avant notre départ.
L’une des infirmières qui sert les repas est venue frapper à la porte : elle voulait une photo avant notre départ. © Radio France / D. A.
Les bagages sont prêts, hâte quitter cette chambre.
Les bagages sont prêts, hâte quitter cette chambre. © Radio France / D. A.

La procédure de sortie est aussi organisée que celle de la mise en isolement. Nous sommes prévenus le matin qu’il faut préparer ses bagages et se tenir prêts. Le comité de quartier de ma résidence à Pékin m’a déjà contactée pour me donner des consignes. Je n’aurais pas à faire une troisième semaine d’isolement à domicile, comme c’est le cas dans d’autres quartiers de la capitale. Il faudra juste envoyer chaque jour notre température corporelle pendant sept jours, ne pas prendre les transports publics et limiter les sorties. Ce n'est pas encore la liberté... Mais c’est déjà beaucoup mieux.  

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.