Maxime Mbanda, dans la vie de tous les jours est joueur de rugby, international italien. Depuis une semaine, il est brancardier volontaire à Parme, l'une des régions les plus touchées par l'épidémie de coronavirus. Il témoigne au coeur d'une crise qui l'effraie et dont il ne voit pas la fin.

Maxime Mbanda, international de rugby italien, est brancardier volontaire à Parme depuis une semaine.
Maxime Mbanda, international de rugby italien, est brancardier volontaire à Parme depuis une semaine. © AFP / Gabriel Bouys

Maxime Mbanda aurait dû célébrer sa 21e sélection avec le XV d'Italie le 14 mars dernier, lors d'Italie/Angleterre, un match comptant pour le Tournoi des six nations de rugby reporté comme bien d'autres à cause du coronavirus. Ne pouvant plus jouer, le 3e ligne international a décidé de monter au front et de se porter volontaire pour aider. Il est depuis une semaine brancardier au sein de la Croix jaune italienne, à Parme, dans l'une des régions les plus dévastées par l'épidémie. 

"Je suis fatigué bien sûr, j'ai peur aussi mais je dois continuer"

Entre deux vacations, la voix un peu lasse, Maxime Mbanda nous raconte son quotidien de brancardier volontaire, une mission qu'il a trouvée en cherchant sur internet comment il pouvait se rendre utile sans diplôme de médecin ou d'infirmier. Après une journée passée à acheminer les médicaments dans les trois hôpitaux majeurs de Parme, il est aujourd'hui au plus près des malades. 

Son rôle consiste à transporter des patients des hôpitaux surchargés vers d’autres hôpitaux de la ville, un peu moins encombré ou dès qu'un lit se libère. "Je suis fatigué, c’est certain, aujourd’hui je vais travailler 11 heures, hier, c’était 13 ! Alors oui, je suis fatigué mais je dois continuer, les médecins ont besoin de nous pour que leur travail soit un peu plus facile", explique-t-il. Il ajoute : "bien sûr que c’est dangereux car l’ennemi est invisible. _Oui, j’ai peur pour moi mais je sais que mon rôle est important alors je fais de mon mieux pour aider_."

"Si vous pouviez voir ce qui se passe, vous resteriez chez vous à coup sûr."

Il décrit une situation terrible à Parme, où tout est à flux tendu, où toutes les structures hospitalières sont dévolues aux malades du coronavirus. "Hier encore, quand j’ai quitté l’hôpital de Parme, il y avait encore à peu près 150 personnes qui attendaient pour y être admises. Oui, c’est fou, c’est un vrai bazar. Je pense que si vous pouviez voir ce qui se passe, à l’hôpital, vous resteriez chez vous à coup sûr ! »

Derrière cette situation, on sent poindre encore la lassitude et même l'agacement quand il jette un oeil aux réseaux sociaux et qu'il voit qu'en France, on continue de sortir à tout bout de champ : "Oui, je suis en colère… Je suis en colère parce que je vois la situation de l’intérieur. Les gens disent 'je peux sortir dehors car je suis tout seul', sauf que si une personne pense cela, une deuxième aussi et mille personnes pensent comme cela! Dans ces conditions, on ne verra jamais la fin."

Un message pour les jeunes

Et le rugby dans ce quotidien chamboulé ? Il affirme toujours y penser, y consacrer même du temps dès qu’il peut avec des exercices, des entraînements à faire chez lui, dans son garage, avec une préparation physique à suivre, envoyée par son club, les Zèbres de Parme, pour pouvoir rejouer dès que cela sera possible, parce que "le rugby, c’est mon métier, c’est ma vie", lâche Maxime Mbanda. 

Mais au moment de finir l'interview, il nous demande de faire passer un dernier message "à destination des jeunes gens qui se plaignent sur les réseaux sociaux parce qu’ils ne peuvent pas sortir". "Juste qu’ils cherchent sur internet ou qu’ils passent des coups de fil comme je l’ai fait. Je suis quasiment sûr que quelqu’un aura besoin de leur aide." Et de nous envoyer cette photo de lui et de nous lancer un "Vive la France", juste avant de repartir travailler pour une nouvelle journée de plus de dix heures

Selfie de Maxime Mbanda avant de repartir travailler en tant que brancardier
Selfie de Maxime Mbanda avant de repartir travailler en tant que brancardier © Radio France / Maxime Mbanda
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.