À peine rentrés en classe, des élèves vont passer les évaluations nationales. Elles existaient déjà les années précédentes mais les résultats seront scrutés à la loupe cette année, car ils permettront de mesurer le retard pris pendant le confinement.

Pour de nombreux enseignants, ces évaluations arrivent beaucoup trop tôt.
Pour de nombreux enseignants, ces évaluations arrivent beaucoup trop tôt. © AFP / ARIE BOTBOL

Coup d'envoi des évaluations nationales. Les élèves de CP et CE1 vont passer ces tests en français et en mathématiques à partir de cette semaine et jusqu'au 25 septembre. Les élèves de 6ème, les élèves de seconde et de CAP auront jusqu'au 2 octobre pour les passer. En 6ème et en seconde, les élèves travailleront sur ordinateur. Ils auront des exercices en français pendant une heure environ, de même qu'en mathématiques. En 6ème, la nouveauté cette année consiste en un test de lecture pendant une minute, pour voir si l'élève lit de manière fluide.

En CP et en CE1, les élèves feront les exercices dans un livret papier, à raison de cinq séquences d'une dizaine de minutes chacune. Ils devront aussi répondre à des questions sur la manière dont ils ont vécu la période où leur école était fermée. Parmi les questions posées à ces petits de 6 ans : "Est-ce que c'était facile de travailler à la maison ?", "Est-ce que tu t'es beaucoup ennuyé ?", "Est-ce que tu étais content de rester tout le temps à la maison ?". Les enfants devront entourer le rond pour "oui", le carré pour "non".

Des élèves "qui ont perdu beaucoup d'habitudes de travail"

Pour de nombreux enseignants, ces évaluations arrivent beaucoup trop tôt, en particulier cette année, dans le contexte de la crise sanitaire. Ils ont déjà pu mesurer les difficultés de leurs élèves et craignent de les stresser en les soumettant à ces tests.

C'est le cas d'Annabelle, enseignante à Nantes dans une classe double-niveau CP-CE1. "Les CP sont en âge d'être en CP mais on a un ressenti d'élèves de grande section, qui ont perdu beaucoup d'habitudes de travail", constate-t-elle : "Pour certains, je le vois dans ma classe, ça va être vraiment très compliqué de se repérer dans le livret, à la bonne page, de prendre son crayon, d'être attentif et de passer ces évaluations. Même pour la graphie, c'est compliqué pour certains CP, ils ont du mal à se remettre au travail".

Ces évaluations existaient déjà les années précédentes. Et cette année, selon Annabelle, "les items n'ont pas changé" : "Il y a des attendus qui ne seront pas réalisables pour la plupart des enfants et qui vont les mettre en difficulté, dès la mi-septembre. Même si on essaie de les faire passer de façon bienveillante, les enfants sont quand même conscients de ce que c'est qu'une évaluation et cela peut générer du stress chez eux".

"Faites à votre sauce"

Plusieurs syndicats ont demandé l'annulation de ces tests. Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp, principal syndicat du primaire, explique sa position : "Nous avons demandé au ministère l'annulation des évaluations nationales, qui ne sont pas adaptées, d'autant plus cette année parce que les enfants ont manqué un certain nombre de journées d'école", estime-t-elle : "Ils ont des apprentissages en retard et ils ne peuvent pas être évalués de façon systématique."

Les enseignants n'ont pas besoin de ça pour reprendre les apprentissages des élèves. Ils savent où en sont leurs élèves, ils regardent leurs élèves, ils observent et vont mettre en place des solutions pour leur permettre d'évoluer et de rattraper tout ce retard. On est capable de le faire sans évaluation nationale" (Guislaine David du Snuipp)

Le syndicat n'appelle pas pour autant au boycott : "On a toujours soutenu les enseignants qui n'ont pas fait passer les évaluations nationales face à la pression hiérarchique, on a toujours dit aux enseignants 'prenez les exercices qui vous intéressent dans ces évaluations mais faites à votre sauce', on est toujours dans ce type de consigne comme les années précédentes", précise Guislaine David.

De son côté, Annabelle, l'enseignante nantaise, précise qu'elle fait déjà fait des évaluations avec ses collègues : "Pas forcément sous cette forme-là. Mais on voit dès le début de l'année les enfants qui auront besoin d'aide. On organise notre classe, on fait des petits groupes, on les prend en binôme ou de façon individuelle, mais il faut nous faire confiance, on sait faire ça, c'est notre métier".

Le ministère de l'Éducation nationale estime au contraire que ces évaluations nationales ont tout leur sens dès la rentrée, en particulier cette année. Il souhaite avoir une photographie des acquis et des retards des élèves après le confinement.

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