Les pays européens n'ont pas de quoi être fiers. Après la Chine et devant l'Inde et les États-Unis, l'UE est le deuxième responsable de la déforestation sur la planète, selon l'ONG. En cause, des produits massivement importés, comme le soja, l''huile de palme ou la viande de bœuf.

Déforestation pour la culture du soja au Brésil Les agriculteurs ont déboisé leurs propriétés affectant ainsi la forêt amazonienne.
Déforestation pour la culture du soja au Brésil Les agriculteurs ont déboisé leurs propriétés affectant ainsi la forêt amazonienne. © AFP / Agência Estado / Márcio Fernandes

En janvier, dans un précédent rapport, le Fonds mondial pour la nature (WWF) montrait déjà que la planète avait perdu plus de 40 millions d'hectares de forêts, soit la taille d'un pays comme l'Irak, entre 2004 et 2017. Cette fois, dans ce nouveau plaidoyer intitulé "Quand les Européens consomment, les forêts se consument", l'ONG cherche les coupables et pointe directement du doigt l'Union européenne qui importe encore trop, selon elle, de produits ou matières premières issus de la déforestation. Ces importations européennes ont en effet été responsables, entre 2005 et 2017, de la perte de près de 3,5 millions d'hectares de forêts, soit la superficie de 5 millions de terrains de  football. L'ONG demande des mesures plus coercitives, car les engagements des États ne suffisent pas. Entretien avec Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France.

FRANCE INTER : En quoi l'Union européenne est-elle autant responsable de la perte de millions d'hectares de forêt ?

VERONIQUE ANDRIEUX : "Nous constatons que la consommation des Européens est un moteur de la déforestation et de la conversion d'écosystèmes. Or, à ce jour, rien n'empêche que des produits liés à la déforestation se retrouvent sur nos rayons de supermarché ou à la pompe. Nous souhaitons mettre en avant que l'Union européenne est numéro 2 sur le podium de la déforestation, elle est responsable de 16% de la déforestation de forêts tropicales liée au commerce international. 

"80% de la déforestation ou de la conversion des terres sont liés à quelques produits seulement, notamment le soja, l'huile de palme ou la viande de bœuf, qui comptent pour les deux tiers de cette déforestation." 

Mais il y a aussi d'autres matières premières ou d'autres commodités telles que les produits dérivés du bois, le cacao ou le café. Nous importons, en tant qu'Européens, 35 millions de tonnes de soja par an pour nourrir le bétail. Or avec ce soja, souvent importé du Brésil, nous n'avons aucune garantie qu'il n'y ait pas eu de déforestation. Nous importons également de l'huile de palme pour les agrocarburants."

Que demandez-vous à l'Union européenne ? Des mesures d'interdiction ou un encadrement plus strict des règles d'importation ?

"Les engagements volontaires des États n'ont pas fonctionné. Il y a donc absolument urgence à adopter une législation européenne de lutte contre la déforestation et la conversion qui soit à la hauteur des enjeux. Nous demandons donc une législation qui soit une réglementation contraignante 'zéro déforestation, zéro conversion'. Cela obligera les entreprises à plus de transparence, plus de traçabilité et à un devoir de vigilance sur leur chaîne d'approvisionnement. C'est maintenant que ça se joue ! La Commission européenne travaille en effet sur un projet de législation. Il y aura des négociations entre la Commission européenne, le Conseil européen et le Parlement qui pourraient déboucher sur l'approbation d'une législation."

Qu'attendez-vous de la France sur le sujet ?

"Au 1er semestre 2022, la France assumera la présidence de l'Union européenne. Elle aura un rôle important. Il faudrait qu'elle en fasse une priorité numéro un et qu'elle porte ce sujet. Nous souhaitons une législation à la hauteur des enjeux. Il ne faudrait pas que ça couvre uniquement les forêts, mais également tous les écosystèmes : les prairies, les savanes, les zones humides. Aujourd'hui, il y a beaucoup de conversions de terre dans le Cerrado au Brésil. Or ces prairies nous rendent des services écosystémiques essentiels, notamment par rapport à la provision de l'eau. Par ailleurs, il faut que cette législation couvre toutes les matières premières ou produits susceptibles de créer de la déforestation et de la conversion d'écosystèmes. Et enfin, il faut une législation qui intègre la question des violations des droits humains et aussi qui intègre les questions de transparence, de traçabilité et devoir de vigilance sur les chaînes d'approvisionnement avant leur mise sur le marché. 

"En d'autres termes, nous voulons garantir que les importations qui rentrent dans le marché européen ne provoquent pas de déforestation et de conversion. Cela permettrait justement de sécuriser le consommateur."

Il saurait ainsi qu'il n'est pas en train de mettre dans son assiette ou dans son moteur des produits fortement responsables de déforestation. Exemple, pour la viande de bœuf, il faudrait des informations sur l'emplacement des pâturages où le bétail a brouté, des éléments précis sur l'origine des aliments qui ont été utilisés pour nourrir le bétail, ou encore des informations sur l'état écologique des zones de production. C'est une question de traçabilité. Et il y a vraiment urgence, car la déforestation continue en toute légalité. Nous assistons à une extension de la production agricole vers de nouveaux fronts de déforestation et de conversion, notamment en Afrique de l'Ouest, en Afrique centrale, ou encore dans le bassin du Mékong avec de nouvelles plantations industrielles pour le commerce international. Il faut vraiment y mettre fin."

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