Alors que la guerre du Donbass entre dans sa sixième année et cumule 14 000 morts en Ukraine et dans l'État séparatiste voisin, aucune sortie de crise ne semble se dessiner. Au micro de France Inter, le président de la République autoproclamée de Donetsk, Denis Pouchiline, explique ce statu quo.

Denis Pouchiline, président du conseil suprême de la république autoproclamée de Donetsk, l’État séparatiste formé après un référendum populaire le 12 mai 2014.
Denis Pouchiline, président du conseil suprême de la république autoproclamée de Donetsk, l’État séparatiste formé après un référendum populaire le 12 mai 2014. © AFP / Sergey Averin / Sputnik

Cinq ans après le sommet de Minsk qui, timidement, entérinait un cessez-le feu entre l’Ukraine et le Donbass, siège de l’État séparatiste formé après un référendum populaire le 12 mai 2014, les deux parties sont toujours à couteaux tirés. Des pourparlers organisés par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe sous les auspices de la Russie, de la France et de l’Allemagne, il ne reste pas grand-chose.

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Le cessez-le-feu, décidé à minuit le 15 février 2015, n’a jamais vraiment été respecté d’un côté comme de l’autre. Des échanges de prisonniers ont certes été réalisés, ainsi que le confirme Denis Pouchiline, président du conseil suprême de la république autoproclamée de Donetsk. Mais le retrait des troupes ou des armes lourdes, accepté par les deux parties en 2015, n’a jamais été mis en œuvre, pas plus que la réforme constitutionnelle ukrainienne ou le pardon et l’amnistie, entre autres, prévus par les pourparlers de Minsk II.

Alors qu’elle entre dans sa sixième année, la guerre du Donbass a déjà fait 14 000 morts. Et cette semaine, la situation militaire a de nouveau dégénéré. Séparatistes pro-russes et armée ukrainienne se sont engagés dans d’intenses combats, se renvoyant mutuellement la responsabilité du conflit, alors que Moscou et Kiev, avec Paris et Berlin, tentent de préparer un deuxième sommet d’ici avril pour discuter du plan de paix.

Les séparatistes de Donetsk et l’Ukraine sont-ils irréconciliables ? Au micro de France Inter, le président Pouchiline dit son attachement à la paix. Sans pour autant esquisser les pistes d’un compromis. 

FRANCE INTER : Êtes-vous pour ou contre les accords de Minsk II ?

DENIS POUCHILINE, président du conseil suprême de la république autoproclamée de Donetsk : "Nous sommes pour la paix, nous avons toujours voulu régler la question de notre querelle avec l'Ukraine par la voie pacifique. De fait, nous soutenons fermement le processus de pourparlers [relancé] lors du sommet de Minsk II. Mais nous voyons que, aujourd'hui, l'Ukraine n’est pas en mesure de réaliser ce que ses représentants ont signé [le 11 février 2015]."

Vous voulez l'indépendance du Donbass et le rattachement à la Russie à terme ?

"Nous avons aujourd'hui des problèmes avec l'Ukraine, et comme nous sommes entre l'Ukraine et la Russie, nous recevons du soutien de la Fédération russe. De l'aide humanitaire, par exemple, mais il y a aussi des liens culturels. Ce que nous voyons du côté ukrainien, ce sont les bombardements, les attaques militaires… et le peuple du Donbass est fatigué de tout cela. Il veut se reposer. Il [privilégie] les liens avec le pays qui le soutient."

Denis Pouchiline au micro de Claude Bruillot, correspondant de radio France à Moscou.
Denis Pouchiline au micro de Claude Bruillot, correspondant de radio France à Moscou. © Radio France / DR

Êtes-vous favorable à l'échange de prisonniers et au retrait des troupes ?

"L’échange de prisonniers est très important. Nous avons poursuivi ce processus à la fin de l'année dernière, avec l'aide d’États étrangers comme la France, l'Allemagne, la Russie, je dois le souligner, et c’est un bon signe pour nous. Il faut continuer."

"Quant au retrait des forces, il y a chaque jour les tirs. Vous en avez peut-être entendu vous-même ce matin. Que peut-on faire ? Il faut réaliser le retrait des troupes, mais pas seulement dans des cas isolés. Il faut que cela concerne toute la ligne du front. La paix, le silence, doivent pouvoir être vérifiés sur les 400 km de ligne de front. Notre position, c’est qu’il faut le faire. Mais à mon avis, c'est l'Ukraine qui s’y oppose." 

Avant un éventuel nouveau sommet à Berlin en avril, quel est votre message à la chancelière allemande et aux présidents français, russe et ukrainien ?

"Il faut que cette rencontre soit solidement préparée. Elle doit déboucher sur des pas réels vers la paix. On peut se rencontrer plusieurs fois, mais si ce sont des rencontres formelles, cela ne suffira pas au peuple du Donbass. Parce que vraiment, nous voulons que la paix règne sur notre territoire. Mais nous constatons que, en ce moment, l'Ukraine n'en fait pas assez pour la réalisation de Minsk II."

"Il est très important de se voir pour avancer concrètement. Et il serait bon que si les pays européens voient que les démarches en faveur de la paix ne sont pas réalisés par l'Ukraine, ils prennent des sanctions contre elle."

À votre avis, sera-t-il possible un jour de revivre les uns à côté des autres ? 

"Pour le moment, il m’est difficile de répondre à cette question. Nous savons que toutes les guerres, tous les conflits, se finissent un jour. Jusqu'ici, malheureusement, on a vu que les différends entre les deux parties, entre le Donbass et l'Ukraine, ne diminuent pas, bien au contraire. Et ça, c'est visible. Les problèmes persistent, mais il faut les surmonter étape par étape. D’abord, il faut stopper la guerre et établir la paix. Si le silence des armes est installé sur le front, tout est possible, parce dans le futur, l'Ukraine sera toujours le voisin du Donbass."

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