"Testez, testez, testez !" : cette injonction lancée par l’OMS le 16 mars dernier pour lutter contre le coronavirus est loin d’être partout suivie d’effets. Certains pays procèdent à des dépistages systématiques, d’autres, à l'image de la France, testent au cas par cas. Une question de stratégie mais aussi de moyens.

Dépistage à Lisses, au sud-est de Paris dans le département de l'Essonne.
Dépistage à Lisses, au sud-est de Paris dans le département de l'Essonne. © AFP / FRANCK FIFE

Les pays qui testent massivement 

La Corée du Sud, record mondial de tests réalisés - Les autorités ont très vite fait le choix du dépistage massif. Pas question de réitérer les erreurs commises lors de l’épidémie de SRAS en 2003 et plus encore de MERS-CoV en 2015. Dès le 27 février, alors que quatre cas seulement sont recensés dans le pays, les représentants d'une vingtaine de laboratoires privés du pays sont convoqués, afin de développer un test au plus vite. Une semaine plus tard, les dépistages peuvent débuter.

Les efforts se sont concentrés sur le premier cluster, dans la ville de Daegu, où est implantée l’Église Shincheonji qui a importé le virus depuis Wuhan et où cette secte voulait créer une antenne. La population de cette zone a été massivement testée, seuls les cas positifs étant confinés. Vidéosurveillance, bornage téléphonique, achats par carte bancaire : tous les déplacements des malades ont ensuite été tracés, afin d’identifier tous leurs contacts, également testés.

Résultat : 8 000 malades identifiés, confinés par cercles concentriques et une capacité de 60 000 tests quotidiens. Près de 300 000 tests ont été effectués à ce jour. Un record mondial et une épidémie mieux contrôlée qu’ailleurs.

L'Islande, des dépistages sans ordonnance - Depuis le vendredi 20 mars, ce pays mène un dépistage à grande échelle, gratuit et sans ordonnance médicale. Le but est d’évaluer la présence du virus au sein des 364 000 habitants de l’île, ainsi que ses éventuelles mutations.

L'Allemagne, mieux équipée que ses voisins - Berlin a aussi rapidement multiplié les tests et en réalise environ 12 000 quotidiennement. Le taux de mortalité du virus y est plus faible qu’ailleurs : 0,24 % contre 4 % en Chine ou en Espagne, 2,9 % en France et 8,3 % en Italie. 

Mais ce faible taux de létalité peut avoir d’autres explications. Tout d’abord, les personnes malades sont majoritairement âgées de moins de 50 ans, tranche d’âge où les décès sont moins nombreux. Par ailleurs, l'Allemagne est mieux équipée en lits de soins intensifs que ses voisins (25 000 lits avec assistance respiratoire contre 7 000 en France). Enfin, il existe un potentiel biais statistique, le pays ne réalisant pas de tests post-mortem à domicile comme en Italie.

En Autriche, une politique de dépistage systématique - Des tests sont effectués sur toute personne présentant des symptômes ou ayant été en contact avec une personne contaminée, sur ordonnance médicale. Pour l’instant, les autorités affirment pouvoir faire face à toutes les demandes. Des tests sont notamment possibles depuis sa voiture, dans des "drive-in", comme en Corée du Sud, ce qui permet de faciliter le prélèvement et de ne pas exposer le personnel soignant.

En Italie, une expérience menée dans le village de Vo’, en Vénétie - Le premier malade italien a été diagnostiqué il y a un mois dans ce gros bourg. Les 3 300 habitants de Vo' ont été confinés et testés en masse. Un dépistage qui a permis d’identifier les porteurs asymptomatiques vecteurs de l’épidémie et de les isoler. Ce village comptait 89 cas positifs, ils ne sont plus qu’une poignée. Au total, trois personnes sont décédées depuis l’apparition du virus.

Les pays qui testent au cas par cas 

La France ne teste que les "publics prioritaires" - À savoir les personnes présentant des symptômes sévères, les personnes fragiles et le personnel de santé. Environ 5 000 tests sont effectués chaque jour, soit deux fois moins qu’en Allemagne.

Le problème est d’abord matériel. Selon Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique sur le Covid-19, la France peut passer au mieux à 9 000 tests quotidiens. Leur fabrication nécessite en effet un certain nombre de produits importés de Chine et des États-Unis, qui ne sont plus livrés en quantité suffisante. Selon le Pr Delfraissy, des "moyens industriels" sont mis en œuvre pour se procurer ces produits et être en capacité de tester massivement les malades.

Face à cette difficulté matérielle, le gouvernement assume la stratégie de dépistage au cas par cas. "Nous avons fait le choix d’un usage rationnel des tests, ils ne servent pas à mesurer mais à contenir l’épidémie", a déclaré samedi 21 mars le ministre de la Santé.  

"Il y a une logique qui prévaut lors de chaque épidémie quand un virus circule vite : ne pas dépister de manière systématique mais baser le suivi sur la surveillance des symptômes."

Le ministre confirme toutefois que la France va "multiplier" ses capacités de tests dans "les plus brefs délais" et donc changer sa stratégie de dépistage. Mais la campagne de tests ne sera lancée qu’à l’issue du confinement en cours.

En Europe, d'autres pays sont également confrontés au manque de tests. Ils adaptent donc leur stratégie. La Belgique doit faire face à une pénurie de réactifs nécessaires à l’examen et ne réalise que 1 000 à 1 500 tests par jour, alors que ses laboratoires pourraient en effectuer 10 000. 

La Slovénie, pays limitrophe de l’Italie, restreint le dépistage aux personnels médicaux, aux personnes âgées et aux malades présentant des symptômes graves. La Hongrie n’est pas non plus en mesure de tester tous les cas suspects. La Pologne laisse une grande marge d’appréciation aux médecins, ce qui inquiète la population et alimente les soupçons de passe-droit, notamment depuis le dépistage de l’ensemble du gouvernement suite à l’annonce de la contamination d’un ministre le 17 mars.

Aux Pays-Bas, qui continuent de suivre la doctrine de "l’immunité collective", les tests ont dans un premier temps été pratiqués à une échelle assez large, prioritairement sur les personnes ayant séjourné en Italie ou en Chine. Mais désormais seuls les patients hospitalisés, les plus de 70 ans et les malades chroniques sont dépistés. Une stratégie liée au manque de lits en soins intensifs, dans un système de santé fortement rationalisé ces dernières années.

En Suède, très peu de malades sont testés. L’Agence de la santé publique affirme en effet que "comptabiliser le nombre de personnes contaminées n’est plus une priorité", alors que le virus s’est désormais "propagé à toute la société". Le pays scandinave faisant lui aussi le pari de l’immunité collective, il recommande de rester chez soi au moindre symptôme, puisqu’aucune mesure de confinement général n’a été prise.

Et ceux qui ont changé d’avis   

Longtemps le Royaume-Uni n’a pas suivi les recommandations de l’OMS, le National Health Service ne testant même pas systématiquement le personnel hospitalier. Mais le gouvernement a fait volte-face la semaine dernière : le premier ministre Boris Johnson promet le doublement des tests, qui doivent passer de 5 000 à 10 000 par jour, avec pour objectif 25 000 tests quotidiens.

Aux États-Unis, le président Donald Trump a d’abord minimisé la maladie, avant de se transformer en "chef de guerre" contre le virus. Confrontées à une pénurie de tests, les autorités sanitaires américaines ont approuvé samedi 21 mars un premier test rapide, avec un résultat en 45 minutes, qui sera utilisé en priorité dans les hôpitaux.

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