Un mois après l'incendie à Rouen, la question du transfert des sites industriels dangereux loin des zones denses se repose avec insistance dans de nombreux territoires. En Essonne, les villes de Grigny et Ris-Orangis demandent le départ de deux établissements de stockages d'hydrocarbure et de gaz liquéfié.

Sur le site de la C.I.M. (Compagnie Industrielle Maritime), de nombreuses cuves et le ballet des camions-citerne qui partent alimenter les stations-service du secteur. 
Sur le site de la C.I.M. (Compagnie Industrielle Maritime), de nombreuses cuves et le ballet des camions-citerne qui partent alimenter les stations-service du secteur.  © Radio France / Claire Chaudière

Faut-il déplacer les sites les plus dangereux en France loin des populations ? Depuis le dramatique incendie de Lubrizol, la préfecture de l'Essonne est à nouveau interpellée sur un dossier sensible, celui des activités de stockages de carburants (la CIM et Antargaz), en bordure de Seine, à la frontière des territoires de Grigny et Ris-Orangis. Le scénario d'un transfert des sites industriels avait un temps été étudié mais finalement abandonné. 

Après une lettre envoyée il y a un mois, les deux municipalités demandent désormais à la préfecture de stopper ses autorisations d'exploitation et une pétition a été lancée

Risque d'effet domino et secteur fortement urbanisé

Depuis le chemin de halage qui longe cette zone industrielle, on aperçoit des dizaines de cuves de stockage, d'abord celle de la Compagnie industrielle maritime, "120 000 mètres cube d'hydrocarbures qui servent à alimenter les grandes surfaces et les stations service de la région", explique Gérard Charmillon figure associative de Grigny et habitant d'un quartier à proximité de cette zone classée Seveso seuil haut. "Un peu plus loin, sous ce talus voici les centaines de tonnes de GPL stockées par Antargaz. Entre les deux, d'énormes silos à grains. Les études le montrent : il y a un risque d'effet domino en cas de catastrophe sur l'un des sites."

La zone industrielle à cheval sur Grigny et Ris-Orangis est classée Seveso seuil haut. En arrière-plan : Grigny 2 et ses milliers de logements.
La zone industrielle à cheval sur Grigny et Ris-Orangis est classée Seveso seuil haut. En arrière-plan : Grigny 2 et ses milliers de logements. © Radio France / Claire Chaudière

Ce retraité, habitant historique de Grigny, regarde à travers le grillage du site et pointe une série de grands immeubles en arrière-plan

Vous voyez ce sont les immeubles de "Grigny 2" : 5 000 logements à proximité de ce site. En cas d'accident ou d'acte de malveillance, ce sont 10 000 habitants qui sont impactés ! Il y a aussi une ligne de chemin de fer qui passe en bordure du site. Et la Seine qui coule vers Paris. Le risque est très important pour la santé et l'environnement et on ne peut plus nous dire que ce genre de catastrophe ne peut pas arriver. 

Niveau de sécurité renforcé et activité réduite 

Contacté, Antargaz assure avoir déjà relevé en 2006 le niveau de sécurité de son site de stockage installé en bordure de Seine depuis 1964, et fortement réduit son activité la même année. L'entreprise propose de continuer à renforcer les mesures de précaution. Des discussions se poursuivaient ces derniers mois sur ce sujet avec la préfecture, dans le cadre de l'élaboration d'un PPRT (plan de prévention des risques technologiques). 

Mais le maire de Grigny, Philippe Rio, refuse un plan coûteux pour la collectivité, dit-il, et insuffisant selon lui : "Le risque existe toujours et ne sera jamais totalement maîtrisé, même avec des travaux. La ligne du RER D avec ses milliers de voyageurs passe sur le site ! Nous demandons le départ de ces industriels depuis 20 ans. Mais nous sommes de moins en moins seuls dans ce combat. 

Il précise  : 

Ce sont plusieurs villes et la communauté d'agglomération qui ont voté des délibérations demandant le transfert de cette activité dangereuse. Or, aujourd'hui, nous n'avons toujours pas de réponse satisfaisante. 

En bordure du site, un long pipeline enterré sous un chemin de halage.
En bordure du site, un long pipeline enterré sous un chemin de halage. © Radio France / Claire Chaudière

Quel pouvoir pour l'État ?

Quant à Stéphane Raffali, maire de Ris-Orangis, commune voisine également mobilisée, il appelle à une modification de la loi : "Le préfet nous répète constamment qu'il n'a pas le pouvoir d'exproprier les industriels dangereux. Avec Lubrizol, les choses vont peut-être bouger. Nous demandons plus de transparence sur les différents scénarios examinés, et il faudrait que l'État soit réellement en mesure de contraindre des acteurs industriels à déménager".

Mais ce que le préfet peut faire aujourd'hui, proposent les deux maires, c'est tout simplement "retirer aux industriels leurs autorisations d'exploitation" sur des sites, certes stratégiques mais "où il y a par ailleurs très peu d'emplois", précisent les élus.

Jointe par France Inter, la préfecture de l'Essonne n'a pas répondu à nos sollicitations

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