Il y a un siècle, parmi huit autres, la dépouille d'un soldat anonyme est choisie pour représenter tous les combattants tombés sur les champs de bataille de la Grande Guerre. C'est le deuxième classe Auguste Thin, 21 ans, qui va désigner le cercueil de celui qui repose désormais sous l'Arc de Triomphe à Paris.

Le cercueil du Soldat inconnu fait son entrée solennelle sous l'arc de triomphe le 11 novembre 1920
Le cercueil du Soldat inconnu fait son entrée solennelle sous l'arc de triomphe le 11 novembre 1920 © Getty / FPG / Employé

Il aura fallu deux ans pour qu'officiellement un anonyme, tombé au combat pendant la Première Guerre mondiale, symbolise tous ses camarades défunts anonymes. Comme l'explique Jean-François Dubos, conservateur au Service historique de la Défense, à la fin de l'année 1916, après la bataille de Verdun, un représentant de l'association du Souvenir français prévoit d'honorer l'ensemble des morts en désignant l'un d'entre eux, anonyme, qui serait inhumé dans un lieu emblématique. 

La loi est finalement adoptée le 8 novembre 1920. Dès le lendemain, le jeune soldat de deuxième classe Auguste Thin, 21 ans, survivant de la bataille de Champagne, se retrouve dans la citadelle de Verdun. Devant lui, huit cercueils, tous identiques, de camarades tombés sur les grands fronts de Verdun, de la Marne, de l'Artois ou encore de la Picardie. 1,4 million de soldats français sont morts au combat entre 1914 et 1918, parmi lesquels des dizaines de milliers ne seront jamais identifiés.

Le sixième cercueil

Après le choix du soldat Thin, un convoi emporte la dépouille du Soldat inconnu vers la gare de Verdun
Après le choix du soldat Thin, un convoi emporte la dépouille du Soldat inconnu vers la gare de Verdun / Service Historique de la Défense

Comment faire le bon choix ? Tout a été prévu pour que rien n'indique d'où viennent les soldats. Auguste Thin, qui a été muté au 132e Régiment d'infanterie, doit déposer un bouquet de bleuets sur l'un des cercueils. Il décide alors d'additionner les chiffres qui composent son régiment. Six. Le jeune soldat désigne alors le sixième cercueil. La dépouille du Soldat inconnu part de Verdun dans la nuit pour Paris.

"Le parcours du Soldat inconnu jusqu'à l'Arc de Triomphe est symbolique", souligne Jean-François Dubos. Le cercueil va d'abord stationner pour une veillée mortuaire place Denfert-Rochereau, dans le XIVe arrondissement parisien. Un rappel de la guerre de 1870, précise le conservateur. Le Lion de Belfort d'Auguste Bartholdi symbolise en effet la bravoure des défenseurs de Belfort commandés par le colonel Denfert-Rochereau lors du siège de la ville.

Puis, le 11 novembre, dans un même cortège, le Soldat inconnu et le cœur de Léon Gambetta entrent au Panthéon. "Symboliquement, poursuit le conservateur, avec ce passage, ce sont les Grands Hommes qui ont rendu un hommage muet à cet anonyme qui est passé parmi eux." Mais "il faut savoir, précise Jean-François Dubos, qu'au moment du choix du Soldat inconnu, s'est posée la question du lieu de son inhumation. Certains étaient partisans d'une inhumation au Panthéon avec les grands hommes de la République ; d'autres estimaient que le lieu était trop politique et le Soldat inconnu avait sa place dans un autre lieu plus militaire. C'est l'Arc de Triomphe qui a été choisi."

Le cercueil du Soldat inconnu fait son entrée solennelle sous l'arc de triomphe le 11 novembre 1920
Le cercueil du Soldat inconnu fait son entrée solennelle sous l'arc de triomphe le 11 novembre 1920 / Service Historique de la Défense

Le Soldat inconnu, symbole immuable

Désormais, ces poilus anonymes vont avoir aussi une place aux côtés des grands hommes grâce à l'entrée au Panthéon de l'un d'entre eux, l'auteur de Ceux de 14, Maurice Genevoix. L'écrivain sera également honoré lors de la cérémonie à l'Arc de Triomphe, assure le gouverneur militaire de Paris, le général Christophe Abad, l'étendard de son régiment, le 106e Régiment d'infanterie. Il aura autour de lui une garde du 132e Régiment cynotechnique, issu à la fois du 106e de l'écrivain et du 132e Régiment d'infanterie auquel appartenait Auguste Thin.

La commémoration de l'Armistice, rappelle le gouverneur militaire de Paris, honore d'ailleurs depuis une dizaine d'années tous les soldats morts en mission pour la France au cours des douze derniers mois.