La recherche française fait une avancée dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques. Une équipe de l'université de Rennes a mis au point une formule antibiotique, testée sur les souris, qui ne provoque pas de résistance chez les bactéries qu'elle est supposée éliminer.

De nouveaux antibiotiques ont été mis au point par un laboratoire de  l’Inserm et l’Université de Rennes 1
De nouveaux antibiotiques ont été mis au point par un laboratoire de l’Inserm et l’Université de Rennes 1 © AFP / FRANCESCO ZERILLI / ZERILLIMEDIA / S / FZE / Science Photo Library

Ces molécules ont été mises au point par le Pr Brice Felden et son équipe du laboratoire Inserm-Université de Rennes 1 U1230 "ARN - régulateurs bactériens et médecine", avec une équipe de l’Institut des sciences chimiques de Rennes (ISCR).

Ces nouveaux antibiotiques se sont montrés efficaces contre les bactéries multi-résistantes à Gram* positif et négatif mais, de surcroît, ils ne semblent pas déclencher de résistance lors de leur utilisation pour traiter des souris infectées. 

C'est une "double promesse" selon le communiqué de l'Inserm et de l'Université de Rennes dans la lutte contre l'antibiorésistance qui se développe au fil des années. 

Actuellement, les  antibiotiques de nouvelle génération qui sont mis sur le marché sont rares et ne sont que des dérivés des formules déjà existantes. 

La découverte d'une nouvelle toxine bactérienne

"Des chercheurs de l’Inserm et de l’université de Rennes 1 ont récemment identifié une nouvelle toxine bactérienne et l’ont transformée en antibiotiques puissants et actifs contre différentes bactéries responsables d’infections humaines, tant à Gram positif que négatif", explique le communiqué. 

"Tout est parti d’une découverte fondamentale en 2011", explique Brice Felden, directeur du laboratoire ‘ARN régulateurs bactériens et médecine’ de Rennes. 

"Nous nous sommes rendu compte qu’une toxine fabriquée par les staphylocoques dorés dont le rôle était de faciliter l’infection était également capable de tuer d’autres bactéries présentes dans notre organisme. Nous avions ainsi identifié une molécule qui possédait une double activité toxique et antibiotique. Nous nous sommes dit que si nous arrivions à dissocier ces deux activités, nous serions capables de créer un nouvel antibiotique dépourvu de toxicité sur notre organisme. Restait à relever ce challenge."

Une absence de toxicité

Aucune toxicité n'a été relevée de la part du nouvel antibiotique sur les autres cellules et organes, que ce soit chez l’animal ou sur des cellules humaines. 

Les bactéries que les chercheurs ont laissées en contact pendant plusieurs jours chez l’animal avec ces antibiotiques n’ont pas montré de signes de résistance. Afin d’aller plus loin, les chercheurs ont créé des conditions favorables au développement de résistances in vitro et in vivo. Et rien ne s’est déclaré. La prudence reste encore de mise sur ce point car l’expérience a été réalisée sur des temps courts, jusqu’à 15 jours selon l'Inserm.

Lutter contre l'antibiorésistance

Les antibiotiques ont sauvé tant de vies depuis un siècle d'utilisation chez l’humain qu’ils sont considérés comme une avancée majeure en médecine contemporaine. Mais une augmentation croissante des résistances aux traitements les rend progressivement inefficaces. "Si cette tendance se généralisait, les conséquences pour la santé publique  seraient catastrophiques", explique l'Inserm en annonçant cette découverte.

Les autorités sanitaires, à commencer par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), alertent régulièrement sur le danger de la surconsommation d'antibiotiques, qui rend résistantes de redoutables bactéries. Les jeunes enfants et les personnes âgées sont particulièrement menacés.  

En novembre dernier, l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) estimait dans un rapport que les bactéries résistantes pourraient tuer 2,4 millions de personnes en Europe, en Amérique du Nord et en Australie d'ici 2050.  Parue juste avant dans The Lancet Infectious Diseases, l'étude Cassini chiffrait à 33 000 le nombre de morts imputables à ces bactéries en 2015 dans l'Union européenne. 

En février 2019, des chercheurs de  l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée infection de Marseille ont toutefois souhaité temporiser ces estimations alarmistes, estimant que la mortalité attribuée aux bactéries résistantes aux antibiotiques est surévaluée. Ils réclament l'ouverture d'un registre des cas de mortalité. 

*On parle de Gram pour désigner le procédé de colorations des bactéries pour décider d'un traitement antibiotique. Hans Gram est l'inventeur de ce procédé en 1884.

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