C’est le pari d’un vétérinaire qui va entamer la semaine prochaine un essai avec des chiens de pompiers déjà formés à la recherche de personnes, d’explosifs et de stupéfiants. Si ça marche, ce qui n’est pas encore acquis, ce sera peu coûteux et surtout rapide, les chiens pouvant être opérationnels en quelques semaines.

Cet essai va impliquer pour débuter 4 chiens de pompiers.
Cet essai va impliquer pour débuter 4 chiens de pompiers. © Maxppp / Vanessa Meyer Wirckel

Les maladies virales ont en général une odeur et les chiens - ça a déjà été démontré dans le cancer du colon, du sein, de la prostate - sont capables de détecter les effluves d’une maladie. Partant de là, Dominique Grandjean, professeur à l’École Vétérinaire de Maison Alfort et chef du service vétérinaire des Pompiers de Paris a eu l’idée de cet essai qui va impliquer pour débuter 4 chiens de pompiers à Paris, et 4 autres chiens de pompiers et de gendarmerie en Corse du Sud. L'essai, à Paris, doit débuter la semaine prochaine.

Les chiens qui vont être utilisés sont des "Super Chiens", déjà habitués au dépistage olfactif. Et le professeur Grandjean, qui les soigne au quotidien aux Pompiers de Paris, est bien placé pour les connaître. Ce sont des chiens déjà dressés à mémoriser et à reconnaître des molécules d'explosifs ou de stupéfiants, et à rechercher des personnes. Ils sont habitués à "marquer" quand ils reconnaissent une odeur familière, c'est à dire à aboyer, s'asseoir ou se coucher. 

Ajouter le Covid à leur "bibliothèque d'odeurs"

Leur formation peut donc aller vite : il suffira d'ajouter l'odeur du Covid à la bibliothèque d'odeurs sur laquelle ils ont déjà l'habitude de travailler. "Un chien qui fait de la recherche d'explosifs est déjà initié à une quarantaine de molécules, si on rajoute le Covid, ça n'en fera finalement pour lui qu'une 41e à assimiler, c'est dans ses cordes, on n'a pas besoin de reprendre tout le travail de mémorisation depuis le début, sa formation Covid peut par conséquent être très rapide. Avec ces chiens, on gagne du temps", explique le Professeur Grandjean.

Pendant l’essai, l’échantillon que les chiens vont avoir à renifler sera de la sueur, prélevée grâce à une compresse sous le bras d’un patient Covid mais qui n’a pas encore reçu de traitement pour ne pas que les odeurs interfèrent. 

C’est un premier pari, car finalement rien ne garantit que le SARS-COV-2 génère des molécules spécifiques dans la sueur. "On le présume, mais même si ça semble logique, on n'est encore sûr de rien car il n'y a pas eu de publications là dessus. On est vraiment dans le domaine de l’expérimental, mais je suis convaincu que ça va marcher", insiste Dominique Grandjean, qui a d'ailleurs déjà été approché par le Maroc, la Belgique et les Émirats arabes unis, très intéressés par son projet. 

Des chiens qui peuvent être formés en 5 jours

Une fois que cette première étape aura été validée, il faudra s'assurer - et c'est une 2e étape - que les chiens réagissent bien à cette odeur et qu'ils sont capables de la reconnaître sans risquer de faux positifs (l'identifier à tort) ou de faux négatifs (ne pas l'identifier alors qu'elle est bien présente).

Si ça marche, que l’odeur est significative, et que les chiens réagissent correctement à son contact, on passera à leur formation. Ils pourraient être opérationnels en 5 à 10 jours. Ce qui veut dire que d'ici quelques semaines, l'essai peut aboutir et se montrer concluant.

Avantage d’un tel dépistage : il est peu coûteux, et devrait se révéler particulièrement fiable (dans la détection des cancers, le dépistage canin est proche des 100%), quand les tests classiques PCR de recherche du Covid sont plus proches des 70%.

Et ces "dépisteurs" sont nombreux : entre les chiens de recherche de personne, de billets de banques, d’explosifs et de stupéfiants, la France dispose d’une brigade de plusieurs milliers de chiens (au bas mot, 3.000), qui pourraient donc, peut-être assez vite, aider à identifier les malades dans les gares ou les aéroports. 

"Ce serait un outil de dépistage en plus, pas le seul bien sûr, mais vu le nombre de tests qu'il va falloir effectuer après le déconfinement, on sera peut-être bien content d'avoir ces chiens", explique le Professeur Grandjean. "On ne les aura pas pour le 11 mai, mais on peut espérer, si ça marche, les rendre opérationnels dans les semaines qui suivront. D'autres équipes, en Grande-Bretagne notamment, font d'ailleurs le même pari que nous avec des essais assez proches et des résultats espérés, là aussi, dans quelques semaines."

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.