Pour ceux qui font du sport, ne plus transpirer dans l'effort est une difficulté qui s'ajoute à l'épreuve du confinement. Pour eux, les clubs proposent des vidéos enregistrées, d'autres vont plus loin avec des cours en direct. Reportage avec un prof de boxe qui rejoint en live ses élèves dans leur salon.

Quand Yazid Amghar ne peut pas donner de cours dans sa salle; il le fait sur Instagram
Quand Yazid Amghar ne peut pas donner de cours dans sa salle; il le fait sur Instagram © capture d'écran

Yazid Amghar n'aime pas être pris au dépourvu. Il anticipe pour ne pas encaisser. C'est même le sens exact de sa discipline, la boxe. Il a ainsi pris la décision de fermer le Hall Boxing, sa salle ouverte à Paris il y trois ans, quelques heures avant l'annonce de fermeture des lieux non essentiels prononcée par Edouard Philippe. Le champion d'Europe des super-légers connaît sa discipline, et les risques de contamination dans l'effort. Il a laissé son ring et ses 6 sacs de frappe. Mais pas ses élèves. 

L'étrangeté de faire cours devant un écran, sans voir les élèves

Depuis le jardin de la maison de ses parents à Bobigny, ou le salon, il les retrouve tous les deux jours en direct sur Instagram pour un cours à distance. Un peu de boxe, un peu de cardio, un peu de renforcement musculaire . "Je n'ai pas les élèves en face de moi, mais je mets tout mon enthousiasme, mon énergie. Il faut être un peu taré quand même pour faire un cours en criant sans voir personne. En face, il y a juste ma tablette", s'amuse Yazid Amghar. 

Sur sa tablette, il voit qui se connecte, il s'amuse des habitudes des uns, regarde quelques commentaires laissés par d'autres. "Si j'ai choisi ce métier, si j'ai ouvert ma propre salle, c'est pour voir les progrès physiques et psychologiques de mes élèves. Dans la situation actuelle, on est en plein dedans, on est tous atteints moralement, je devais être là". 

"Ça fait tellement de bien de voir le coach et voir les copains se connecter pour qu'on fasse un cours tous en même temps"

De l'autre côté, les élèves retrouvent leur coach, leurs habitudes, leurs copains de salle. Le lien est maintenu. Faiza ne manque pas un seul cours en direct via Instagram, elle les suit avec sa fille de 9 ans, Maia. "Je garde un pied dans cette communauté, cette famille. Je venais entre trois et quatre fois par semaine à la salle. Avec ces cours je retrouve un morceau de la vie d'avant. On ne se sent pas abandonnés, c'est essentiel", explique cette mère de deux enfants. 

Autre habituée de la salle située dans le 20e arrondissement, Aïcha travaille dans la communication. Le confinement provoque en elle des débuts crise d'angoisse, l'isolement social l'oppresse mais grâce à ces cours, elle retrouve au moins un de ses repères. Elle qui adore sortir, a vu les piliers de sa vie s'effondrer un à un : sorties, restos, copains et boxe anglaise. "Ça fait tellement de bien de voir notre coach, de voir les copains se connecter, interagir, commenter en direct. On sait qu'on transpire ensemble, qu'on galère ensemble comme on l'aurait fait à la salle". 

Les bienfaits du sport sur le moral 

Cette bouée de sauvetage que constitue cette parenthèse dans les journées confinées, Yazid Amghar la comprend bien : "Certains élèves me disaient qu'ils dormaient mal depuis le début de cette crise sanitaire, et là ils me confient que l'effort fourni dans ses séances en live les aide à mieux trouver le sommeil", explique le champion. 

Séverine est l'une des plus assidues de la salle, une condition physique impeccable, une volonté de fer et un besoin de se dépenser à peine compensé par ses quatre séances hebdomadaires. Pour cette adepte de la boxe, le plus important est de retrouver "une expérience de vie la plus normale possible". Enfermée dans son deux pièces parisien, elle n'est pas le lion en cage qu'on pourrait imaginer. Elle est calme, posée et consciente que "les cours en direct ce n'est pas forcément la même intensité qu'en salle. Physiquement je donne 70-80% de mes capacités, car il faut faire attention à l'environnement, je suis dans mon salon et j'ai une voisine en-dessous". 

"Mes coaches m'ont toujours dit qu'une fois sur le ring, ils ne pouvaient rien faire pour moi. Le conditionnement psychologique, je connais"

Yazid Amghar est un coach de boxe, mais aussi un champion de haut niveau (trois fois champion de France de super-légers, champion de l'Union européenne même catégorie). Il avait un combat à la mi-avril pour une nouvelle ceinture continentale dans une autre catégorie de poids. En plus des leçons à destination de ses élèves, il doit relever le défi de son propre entraînement, alors qu'il n'a plus d'objectif immédiat. Tous les matins, il rejoint le garage de la maison familiale, retrouve son premier sac de boxe miraculeusement conservé : "Un retour aux sources" dit-il. "Il faut rester connecté à mon sport physiquement mais aussi psychologiquement, c'est une dimension importante du sport. Je travaille beaucoup sur cet aspect". 

Atelier montage de ring dans le jardin de la maison familiale du boxeur Yazid Amghar.
Atelier montage de ring dans le jardin de la maison familiale du boxeur Yazid Amghar. / Yazid Amghar

En attendant un éventuel combat en plein coeur de l'été, Yazid Amghar ne contient plus les fourmis qu'il a dans les jambes et les bras. Il a profité d'un après midi frais mais ensoleillé pour monter un ring, qui dormait dans son garage, dans son jardin "pour les sensations". Les prochains cours en direct vont être de plus en plus proches de la réalité. 

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