Reverdir nos villes, planter des forêts sur la moindre parcelle, pour restaurer des espaces naturels, de la biodiversité, capter du CO2 et créer des ilots de fraicheur : c'est une tendance. Mieux, un acte politique. Ici et là, conseils municipaux ou groupes de citoyens vantent la "méthode Miyawaki". Mais c'est quoi ?

Suivant la méthode Miyawaki, 1200 arbres ont été plantés Porte de Montreuil, en vue de créer en deux ans une foret particulièrement dense et durable de 400m2. Un projet lauréat du budget participatif 2016.
Suivant la méthode Miyawaki, 1200 arbres ont été plantés Porte de Montreuil, en vue de créer en deux ans une foret particulièrement dense et durable de 400m2. Un projet lauréat du budget participatif 2016. © Maxppp / IP3 / Bruno Levesque

La méthode Miyawaki, du nom d'un botaniste japonais de 93 ans, Akira Miyawaki, expert en écologie végétale, consiste à replanter de façon très denses des arbres natifs en zones urbaines, sur des sols sans humus, plutôt dégradés des bordures d'autoroutes, des friches industrielles, des parkings. Les promoteurs de cette méthode parlent de micro forêts.  

La technique est cadrée : il faut planter une trentaine d'espèces de façon serrée, trois jeunes plants par mètre carré, 15 fois plus que ce qui se pratique en agroforesterie. En zone tempérée, par exemple, on mélangera des arbustes (fusains, ronces, rosiers), avec des cornouillers un peu plus hauts, et pour finir de grands spécimens (frêne, tilleul, érable). Cette variété est censée conduire à une captation optimale de la lumière par les arbres et à un équilibre naturel entre essences. 

Des micro forêts qui n'ont pas besoin d'entretien

Au départ, il faut fertiliser le sol avec du fumier, du compost, et arroser les premières années. Ensuite plus besoin d'entretien, le but c'est de laisser faire la nature. Au bout de trois ans, la mini forêt est considérée comme autonome, au bout de 20 ans mature. Selon Akira Miyawaki, c'est cinq fois plus rapide qu'avec une forêt classique. Depuis quelques années, ce concept fait fureur surtout en France. On ne compte plus les projets : un talus du périphérique à Montreuil, le campus de Nanterre, le quartier de la Duchère à Lyon et, au début de l'année, 8.000 m2 le long de l'autoroute A 36 au nord de Mulhouse.

Ces forêts urbaines arrivent-elles à durer ?

C'est vrai qu'un sycomore en bord de périphérique, on a légitimement des doutes. Pourtant selon les agronomes de l'INRAE oui, des arbres peuvent pousser en ville, attirer de la biodiversité, verdir le paysage. Mais attention à ne pas confondre forêt et bosquet ou surfaces végétalisées. D'abord avec ce type de plantation, la compétition entre espèces est rude. Selon une des rares études, menées en Europe, sur la  méthode Miyawaki, après 12 ans, 61 à 84% des arbres seraient morts. Et puis, des arbres aussi serrés vont avoir tendance à devenir filiformes, sans un feuillage étalé. L'effet rafraichissant attendu sera-t-il au rendez-vous ? Ces micro forêts coutent cher à planter précise Annabel Porté, spécialiste à l'INRAE des forets urbaines. Ne survendons donc pas le concept avec une couche de vernis scientifique, le risque serait de connaitre un désenchantement. En attendant, on est nombreux, en ville, à rêver de se réveiller en voyant un arbre à sa fenêtre.

Sur le site de The Conversation, vous trouverez deux textes de scientifiques relatifs aux forêts urbaines et cette méthode Miyawaki :

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