Pendant la crise sanitaire, eux aussi ont pris des risques, parfois sans protection, dans des chambres de patients touchés par le Covid-19. Des personnels de restauration ou de nettoyage de Restalliance, société sous-traitante de plusieurs Ehpad et cliniques, seront en grève ce mercredi, pour réclamer une augmentation.

Des salariés de Restalliance, groupe de restauration et de nettoage, sous-traitant des EHPAD et cliniques, en grève pour réclamer une prime COVID
Des salariés de Restalliance, groupe de restauration et de nettoage, sous-traitant des EHPAD et cliniques, en grève pour réclamer une prime COVID © Radio France / Rémi Brancato

Ils servent des repas aux malades et résidents des EHPAD ou nettoient leurs chambres et ce mercredi, pour la deuxième fois, ils seront en grève. Des salariés de Restalliance, prestataire de services de restauration et de nettoyage dans les EHPAD et cliniques, ne veulent pas être les oubliés de la crise du Covid-19. "Tout le monde était sur le pied de guerre et on a l’impression qu’on n’est pas considéré : on a vécu le même traumatisme" avance aujourd'hui Fatoumata Bamba, hôtesse d'étage, dans une clinique parisienne, également élue CGT chez Restalliance.

Comme de nombreux personnels travaillant dans les établissements de soins, Fatoumata a poursuivi sa tâche pendant le confinement : la commande des repas auprès des patients et des soignants, mais sans masques : "On avait très peu de matériel de protection" se souvient-elle. Pour sa famille, qu'elle "rejoint tous les soirs", elle essaie alors de limiter les contacts et demande des protections à sa direction, alors que deux étages de la clinique sont dédiés aux patients atteints du Covid-19. Selon elle, Restalliance, sa société, sous-traitante de la clinique, la renvoie vers la direction de son établissement, qui se dit alors incapable de fournir les salariés de son prestataire.

Pas de prime pour les sous-traitants 

"Parce qu’on est des prestataires, on n’a pas été traités de la même manière : je trouve cela aberrant, constate aujourd'hui Fatoumata. Comme il n’y en avait pas assez (de masques, ndlr), on était obligé de garder le même plusieurs jours et mon chef a même été obligé d’en acheter avec son propre argent".

Ce mercredi, Fatoumata sera donc en grève, à nouveau, pour réclamer notamment, à l'appel de la CGT, "une augmentation générale des salaires" et "une prime crise sanitaire pour toutes et tous". Car la prime pour les personnels des hôpitaux et des EHPAD ne concerne pas les prestataires. La sénatrice LREM Patricia Schillinger s'en est d'ailleurs émue dans une question écrite au ministère de la Santé, le 10 juin dernier, pointant "l'exclusion de ces salariés et la ressentent comme une injustice".

Chez Restalliance, les grévistes sont du même avis. "Ils ont affronté la mort, la maladie, pour venir travailler : ces salariés méritent un petit geste" argumente Marie-Christine Coulibaly, employée de restauration à Chelles depuis 2016 et déléguée syndicale CGT, "les personnels soignants des sociétés sous-traitantes en restauration, dans les EHPAD et les hôpitaux, tout le monde doit être traité de la même façon". Elle assure avoir dénombré au moins 30 contaminations au Covid-19 parmi les 2800 salariés de Restalliance. "J’ai eu beaucoup d’appels de salariés qui travaillaient sans masques" témoigne-t-elle.

Alors aujourd'hui, pour ces salariés payés "1 200 euros environ", ne percevoir ni prime ni augmentation est "une discrimination", selon Khedidja Baimiche, agent de service hospitalier à Aubervilliers, également membre de la CGT. D'autant plus que Restalliance a vivement protesté, fin mai, en constatant que le groupe n'était pas concerné par la prime gouvernementale. 

La direction du groupe avait interpellé le gouvernement

Ses salariés "sont (...) à ce jour les grands oubliés des circulaires gouvernementales sur cette prime, au seul motif d’être des collaborateurs « sous-traités » et non directement salariés des établissements" écrivaient le 20 mai les dirigeants du groupe dans un communiqué. Face à "cette reconnaissance nationale à deux vitesses", ils demandaient alors que la prime soit également versée à leurs salariés.

Dans le même temps, dans un message envoyé aux salariés, le président évoquait des "marges de manœuvre (...) très étroites" financièrement pour assumer en interne le versement d'une prime. Le comité de direction indiquait ainsi avoir "décidé d’attendre l’issue de la crise que nous estimons à fin juin pour valider notre capacité ou non à faire un geste, même minime, mais qui permettrait de (...) témoigner plus concrètement notre reconnaissance". 

"Ils ont de l'argent : ils disent qu'ils n'en ont pas, mais ils ont de l'argent, alors pourquoi ne pas le donner aux petits salariés qui étaient là pendant le Covid ?" s'insurge Khedija Baimiche. Sollicitée, la direction de Restalliance n'a pas répondu à nos questions.

Les salariés demandent une augmentation financée par l'entreprise

Pour les grévistes, c'est bien à l'entreprise de faire un geste. "On ne demande pas qu’ils nous donnent des primes avec nos impôts, on ne demande pas à l’Etat mais à Restalliance, à notre société" argumente Marie-Chrstine Coulibaly, qui assure que l'entreprise présente des bénéfices suffisants. Pour porter cette revendication, mardi 23, les salariés étaient ainsi une cinquantaine devant un EHPAD de Romainville, en Seine-Saint-Denis. Ce mercredi, c'est devant la résidence Valentin Haüy, dans le 19ème arrondissement de Paris, qu'ils appellent à se rassembler. Plusieurs autres sites en France seront aussi mobilisés, dont celui de Basse-Terre, en Guadeloupe.

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