Dans une lettre ouverte à Facebook, Twitter et Google, plus d'une centaine de médecins, infirmières et professionnels de santé s'alarment d'une "infodémie" mondiale en plus de la pandémie de Covid-19. Ils appellent "à prendre des mesures systémiques et immédiates pour endiguer le flux de désinformation sur la santé".

Un faux panneau humoristique évoquant la "vodka polonaise" comme traitement contre le Covid-19, à Cracovie
Un faux panneau humoristique évoquant la "vodka polonaise" comme traitement contre le Covid-19, à Cracovie © AFP / Artur Widak / NurPhoto

"La désinformation virale sur les médias sociaux menace des vies dans le monde entier." Le texte, signé par plusieurs dizaines soignants de différents pays (dont beaucoup de citoyens américains), ne fait pas dans la demie-mesure : elle met en parallèle la pandémie et Covid-19 et une "infodémie mondiale". Des contenus "qui se propagent plus rapidement que le virus lui-même".

Pour les signataires, les principaux responsables de l'ampleur prise par cette désinformation désastreuse, ce sont les plateformes de réseaux sociaux, qui amplifient considérablement l'impact de ces contenus malveillants. "C'est pourquoi nous appelons aujourd'hui les géants de la technologie à prendre des mesures systémiques et immédiates pour endiguer le flux de désinformation sur la santé et la crise de santé publique qu'elle a déclenchée."

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"Détoxifier les algorithmes"

S'ils reconnaissent que Google, Facebook ou Twitter font des efforts (en permettant notamment à l'OMS de diffuser des annonces sanitaires gratuitement ou en supprimant des publications sur signalement), les soignants estiment qu'il y a encore beaucoup de travail. Ils demandent deux mesures "évidentes et urgentes" en particulier.

La première, de "corriger les intox sur la santé". Donc ne pas se contenter de supprimer les contenus, mais contacter individuellement chaque personne qui y aurait été exposée pour lui proposer un rectificatif. Ce dernier devrait être "conçu et vérifié de manière indépendante". À l'heure actuelle, Facebook notamment se contente "d'étiqueter" les contenus en question avec un avertissement, ce qui est souvent trop peu, trop tard.

La deuxième mesure que réclame la lettre ouverte, c'est de "détoxifier les algorithmes qui définissent ce que les gens voient". Autrement dit, faire en sorte qu'ils ne puissent pas prendre l'ampleur qu'ils prennent actuellement, en "déclassant" à la fois les contenus mais aussi les pages et les canaux "récidivistes", qui diffusent régulièrement de fausses informations. En pénalisant ces comportements, les "fake news" continueraient certes à être créées et publiées, mais seraient rapidement invisibilisées dans le flux des messages que voient passer les utilisateurs.

Actuellement, selon les signataires, "ces algorithmes accordent la priorité au maintien des utilisateurs en ligne plutôt qu'à la protection de leur santé, ce qui finit par atteindre le bien-être de l'humanité".

Des conséquences désastreuses, bien avant le coronavirus

Publiée en pleine page aujourd'hui dans le New York Times, la tribune espère marquer les esprits, notamment en donnant la parole à ceux qui voient en première ligne les effets qu'ont ces fausses informations sur la santé des populations. "Nous ne connaissons que trop bien les effets réels de cette infodémie", expliquent-ils, citant l'exemple des vaccins. "C’est nous qui traitons les nourrissons hospitalisés pour la rougeole, une maladie complètement évitable autrefois éliminée dans des pays comme les États-Unis, mais qui se propage maintenant en grande partie à cause de  la propagande anti-vaccin."

Pire, ils assurent que les "professionnels de la santé font non seulement face à de telles  conséquences, mais sont souvent blâmés pour cela". "La désinformation sape ainsi le moral d'une profession déjà sous tension."

Car le cas du Covid-19 n'est que le dernier d'une longue série lorsqu'on parle de désinformation sur des questions de santé. Les signataires citent ainsi "des allégations selon lesquelles le dioxyde de chlore aiderait les personnes souffrant d'autisme et de cancer", l'idée que "des millions d'Américains aurait reçu le 'virus du cancer' via le vaccin contre la polio", ou "que les troubles du déficit de l’attention auraient été 'inventés par les grandes sociétés pharmaceutiques'”.

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