Le centre des arts d'Enghien-les-bains expose les œuvres des artistes néerlandais Nicky Assmann et Jan Robert Leegte. "La nature reconfigurée" est une exposition troublante où la nature vraie se rappelle à nous au travers des flux numériques et des installations techniques, comme un souvenir possible.

Solaris, Nicky Assmann
Solaris, Nicky Assmann © Grace Parker

Il y a deux manières de reconfigurer la nature, semble nous dire cette exposition conçue par le commissaire Emmanuel Cuisinier : en extraire les plus beaux éclats, ou bien, prendre le mot au pied de la la lettre, et reconfigurer les images, les modèles de nature qui circulent dans les flux numériques pour les réorchestrer selon des modèles conçus par l'artiste. 

La première manière est celle de Nicky Assmann. La seconde manière est celle de Jan Robert Leegte. Et l'une fait face à l'autre lorsqu'on entre dans l'expositions du centre des arts d'Enghien.  

Une nature artificielle

Jan Robert Leegte fait référence au long défilé de photos Instagram que l'on a l'habitude de consulter, flux numérique où toute image est filtrée pour être aussi jolie qu'on le voudrait. Avec ses logiciels l'artiste en ressort des photos de paysages naturels ou urbains inconnus, une sélection robotisée qui lui offre les images de montagnes, de forêts ou de ville. Il les retravaille ensuite pour y poser simplement l'empreinte d'un cadre virtuel au centre de l'image.

Les paysages (inconnus) de Jan Robert Leetge
Les paysages (inconnus) de Jan Robert Leetge © Radio France / CS

C'est le cas avec ses photos de paysages inconnus repêchées des flux internet par les logiciels de l'artiste, et sur lesquels il superpose un cadre placé non pas autour, mais au centre. Les montagnes sont pour lui des manifestes de sculpture, masse façonnées monumentales et romantiques. Celles que Leegte sélectionnent sont puisées dans des images d'auteurs anonymes dans des lieux inconnus, ne restent que leur fonction esthétique, le souvenir de la nature dont elles témoignent et la triste utilité décorative à laquelle nous les assignons dans nos vies quotidiennes. 

La métamorphose qu'il fait subir aux images de Google Maps, si familière dans nos vies désormais, parlera également à tout le monde. Il est allé chercher un point précis sur cette carte, le lieu, aux confins du Tibet et de l'Inde, où l'on extrait le lithium si essentiel à nos smarpthones. Cette image est plaquée sur les six faces d'un cube, et devient sculpture, pixel monumental matérialisé dans notre espace, et portant sur ses flancs une parcelle de notre planète, le tout ressemblant étrangement à un bloc de marbre, prêt à être sculpté. C'est le propos même de cet artiste, que d'extraire du monde numérique ce qui le ramène à la nature des chose, et de l'art.

Google as a sculpture
Google as a sculpture / Jan Robert Leegte

Quoi de plus évocateur dans notre actualité que les tsunamis, ouragans, inondations et incendies pour signifier la présence de la nature. Jan Robert Leegte se sert d'un simulateur de paysages utilisé pour les jeux vidéos pour concevoir l'immersion dans une tempête, avec l'installation Performing a landscape . Il nous plonge dans un pièce remplie d'images d'arbres déchaînes par le vent et de mer démontée envahissant les terres. Tout est hyper réaliste, et extrêmement artificiel. 

Poétique de la lumière

Chez Nicky Assmann, les lumières et couleurs qu'elle reproduit des éclats de nature qu'elle aurait captés lors d'instants d'éblouissement. Ses grands mobiles de plexiglas colorés accueillent les visiteurs de l'exposition dans une danse de lumière et d'ombre. "C'est comme quand nous étions enfants, nous regardions parfois à travers des papiers de bonbons, c'est à cela, à cette manière d'enchanter le monde, que me fait penser le travail de Nicky Assmann", explique Emmanuel Cuisinier, le commissaire de l'exposition.

Solaris, Nicky Assmann
Solaris, Nicky Assmann / .

Dans une autre pièce les Abysses du Soleil brûlant vous attendent. Un télescope envoie sur les murs d'une pièce un faisceau qui parcourt lentement les murs de la pièce en tournant lentement sur 360°. Elle met le visiteur en position de spectateur de la course du soleil, mais c'est un œil inquisiteur qui se devine dans la sphère lumineuse projeter au mur, un œil au-delà de notre perception. 

  The Abysses of the Scorching Sun,  Nicky Assmann
The Abysses of the Scorching Sun, Nicky Assmann / .

Nicky Assmann nous promène par ailleurs dans un monde d'irisations, que ce soit dans des rideaux de savon où les couleurs ondulent en suivant l'inexorable sort que leur impose la loi de la gravité, ou sur des plaques ou sur les plaques de cuivre où elle les fait apparaître en applique des acides ou la flamme des chalumeaux. 

Aurora, oeuvre de Nicky Assmann
Aurora, oeuvre de Nicky Assmann / CS

C'est "son interprétation poétique de la nature", explique Emmanuel Cuisinier, et c'est une manière "de comprendre comment nous percevons le spectre de la lumière" avec différentes techniques ou supports. 

Centre des arts d'Enghien-les-bains, La nature reconfigurée jusqu'au 20 décembre 2020

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La nature reconfigurée - exposition au Centre des arts d'Enghien-les-bains

Par Christine Siméone
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