Il est à la tête du plus grand centre dédié aux maladies infectieuses en France, l’IHU Méditerranée Infection, à Marseille. On lui doit la découverte des premiers virus géants et, récemment, une étude sur le traitement à l’hydroxychloroquine pour venir à bout du Covid-19. Enquête sur ce scientifique controversé.

Son étude sur le traitement à l’hydrocychloroquine pour venir à bout du Covid-19 est vantée jusqu’aux États-Unis par Donald Trump
Son étude sur le traitement à l’hydrocychloroquine pour venir à bout du Covid-19 est vantée jusqu’aux États-Unis par Donald Trump © AFP / Gérard Julien

"C’est un chercheur génial", s’exclame un généticien qui le connaît bien. Didier Raoult est un chercheur reconnu internationalement que rien ne destinait à une telle carrière. Mauvais élève, il quitte Marseille à 17 ans pour s’embarquer sur un bateau sans penser à y revenir. Il veut décider de sa vie. Il passe son bac à distance. Un bac littéraire. Il fera pourtant des études de médecine, "les seules que mon père acceptait de financer", rappelle-t-il. Un profil atypique. C’est un esprit libre qui n’aime rien mieux que de fouler des chemins peu empruntés. De son propre aveu, il "fuit les autoroutes scientifiques"

C’est ainsi que, tout au long de sa carrière, Didier Raoult a étudié des sujets auxquels peu d’équipes s’intéressent. Expert de la maladie de Whipple et de la bactérie Q, il a reçu des malades du monde entier. Son terrain de jeu, ce sont les bactéries. En étudiant leur façon d’infecter des organismes-hôtes, il découvre, après un an et demi de perplexité, le premier virus géant. Il reçoit en 2010 le Grand Prix de l’Inserm et figure dans le classement Thomson-Reuters des chercheurs les plus influents au monde.

"Le syndrome Claude Allègre"

Didier Raoult est décrit par la plupart de ces confrères comme "très intelligent, un gros bosseur qui travaille vite et qui a apporté beaucoup à la science". II est aussi une personne "atypique, qui peut agacer", ajoutent-ils. Il a signé dans Le Point et dans Les Échos, jusqu’à récemment, des chroniques volontairement à contre-courant du reste du corps médical. Rien ne l'amuse plus que "de détruire des théories bien établies", explique-t-il lors de sa remise de prix INSERM.

Un proche ajoute : "C’est vrai qu’il peut dire des conneries". Lors de la promotion de son livre Arrêtons d’avoir peur, paru en 2016, aux éditions Laffont, Didier Raoult s’affiche ouvertement climato-sceptique sur France Inter dans La Tête au Carré : "Il est vraisemblable qu’une partie de l’activité humaine ait aidé à générer le réchauffement du climat, mais je suis sceptique et le futur est imprévisible". Pour un journaliste qui le connaît bien, ces propos sont "de la provocation. Il pousse un peu le rôle qu’il s’est donné. C’est comme son look improbable."

Quand on lui demande pourquoi il a les cheveux longs, il répond 'pour les faire chier tous'.

Un autre observateur ironise : "Didier Raoult, c’est le syndrome Claude Allègre : fort dans son domaine mais pas avare de mensonges et d'avis déplacés."

Son mandat à la tête de l’université Aix-Marseille n’a pas laissé que de bons souvenirs. De même que son management de l’unité URMITE. En 2017, une douzaine de chercheurs de son unité dénoncent, dans une lettre, des tensions au sein de son équipe, dont une accusation de harcèlement sexuel de la part d’un cadre. Le professeur Raoult a minimisé ces accusations.

Son attitude volontairement provocatrice, ses contradictions (il est l'un des premiers à avoir traité, avec morgue, l'épidémie de grippette qui n'arriverait pas jusqu'à nous, pour désormais se présenter en unique détenteur de la solution) ne l'empêche pas d'avoir l’oreille de l’actuel ministre de la Santé Olivier Véran.

La bataille de deux egos

En 2017, il exprime publiquement son différend avec le PDG de l’Inserm d’alors, Yves Lévy, qui est aussi le mari de la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Le conflit porte sur le statut des instituts hospitalo-universitaires. La ministre a décidé de le changer, en accord avec sa collègue, la ministre de la Recherche, Frédérique Vidal. 

Yves Lévy veut mettre fin au statut de fondation de ces instituts, qui leur donne trop de liberté. La décision gouvernementale les transforme en groupes d’intérêts publics, ce qui renforce le poids de l’Inserm. Mais Didier Raoult refuse ce statut. Il estime dans la presse qu’il y a un conflit d’intérêt patent entre la décision de la ministre et la position du PDG de l’Inserm. Matignon s’en mêlera…

"C’était la bataille de deux égos. Raoult et Lévy ont un ego sur-dimensionné. Ça coûté à Raoult le label Inserm que Lévy lui a refusé sans explication", estime un observateur. "Et cette absence de label le décrédibilise aux yeux de l’establishment scientifique".

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