Comme les femmes et les enfants, les jeunes LGBT+ sont également victimes de violences intra-familiales accentuées par le confinement. "Ma mère m'insultait au téléphone avec des amies" témoigne Dimitri, mis à la rue et hébergé par l'association Le Refuge. Une enveloppe a été débloquée par le gouvernement.

illustration
illustration © Getty / ljubaphoto

"Elle m'a dit de faire mes valises un matin, sans m’indiquer la raison". Une semaine après avoir dû partir du domicile, où il vivait avec sa mère, ses deux frères et sa sœur, en grande couronne francilienne, Dimitri*, 19 ans, ne comprend toujours pas le geste de sa mère. "Mon frère m’a dit que c’était parce qu’elle avait appris mon homosexualité", confie-t-il simplement. Ce mardi matin, "difficile", il prend quelques affaires et quitte le domicile sans poser davantage de questions : "J’en veux à ma famille et plus particulièrement à ma mère". "Je me suis posé des questions mais je n’ai pas trouvé de réponses : je n’ai rien fait de mal", ajoute Dimitri.

"Sans 'Le Refuge', je serais à la rue"

Parce qu'il en a entendu parler à la télévision, il compose le numéro de la fondation "Le Refuge". Le soir-même, il est hébergé à l'hôtel. "Sans 'Le Refuge', j’aurais été à la rue", dit simplement le jeune homme. Si l'association a pu réagir aussi promptement, c'est que le gouvernement a débloqué, le 24 avril, une aide exceptionnelle de 300 000 euros pour héberger les personnes LGBT victimes de violences dans leurs foyers, un "plan d'urgence", annoncé par la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa

"Le Refuge" est pour l'instant la seule association conventionnée avec la Délégation interministérielle de lutte contre le racisme l'antisémitisme et la haine anti LGBT (Dilcrah), pour concrétiser ces hébergements. Six jeunes ont été secourus en Île-de-France et 32 dans toute la France et la Dilcrah discute avec d'autres structures pour de futures potentielles conventions. "Il y a un vrai besoin, ce dispositif était nécessaire", défend Frédéric Potier, le délégué interministériel.

Des violences accrues dans les familles avec le confinement

Le confinement exacerbe en effet les violences que subissent les jeunes LGBT dans leurs familles. "En temps normal, les jeunes sont hors du foyer ou ont des relations avec d’autres personnes avec qui ils peuvent s’assumer, et parfois ils n’ont jamais dit à leurs parents qu’ils sont homosexuels", détaille ainsi Victoria Anta, déléguée pour Paris et l'Île-de-France de l'association "Le Refuge" : "Quand ils sont ensemble 24h/24 c’est beaucoup plus difficile de le cacher". 

La ligne d'urgence de l'association reçoit ainsi beaucoup d'appels de jeunes en détresse depuis le début du confinement. "Soit les parents les ont mis dehors, soit ils ont décidé de partir parce qu’ils se faisaient insulter, violenter", explique-t-elle et "on est convaincu qu'il y en a beaucoup plus".

Habitué à partir travailler dans un magasin près de Paris, Dimitri décrit ainsi un quotidien difficile avec sa mère, pendant ces 7 semaines de confinement. "Le fait d’être H24 ensemble, ce n’était pas possible", confie le jeune homme.

"Tous les jours, elle parlait de moi à ses amies au téléphone et elle m’insultait, elle disait : ‘il me dégoûte’ et cela m’a fait très mal."

"Le Refuge" invite ainsi les jeunes en détresse à contacter l'association. "En temps normal on ne peut pas les loger tous, mais en ce moment on trouve une solution pour tous" grâce au financement débloqué par la Dilcrah. Mais l'association se questionne aussi pour l'avenir, car les hébergements habituels sont pleins et les dons sont en baisse.

"On ne va pas les mettre à la rue du jour au lendemain, cela ne va pas s’arrêter le 11 mai", rassure Frédéric Potier, qui précise tout de même que le dispositif est "ponctuel" et qu'il n'a "pas vocation à durer six mois". 

* Le prénom a été modifié, à sa demande.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.