Depuis maintenant près de trois mois, les musées et lieux d'exposition sont fermés au public. À une exception près : les galeries d'art, considérées comme commerces et donc autorisées à ouvrir – avec une jauge réduite. Tour d'horizon de quelques lieux où continuer à profiter d'œuvres d'art.

Aperçus des expositions de Prune Nourry, Philippe Parreno et Daniel Buren, JR et Raphaëla Simon
Aperçus des expositions de Prune Nourry, Philippe Parreno et Daniel Buren, JR et Raphaëla Simon © Bon Marché / Galerie Kamel Mennour / Galleria Continua / Max Heltzer

Elles sont l'unique exception à la fermeture des lieux de culture car ce sont autant des commerces que des lieux culturels : depuis fin novembre, alors que la fermeture des musées imposée par le confinement du 29 octobre est maintenue, les galeries d'art, elles, ont pu rouvrir.

La plupart ouvrent sur des créneaux plus resserrés, avec une jauge réduite, voire sur rendez-vous, mais elles restent accessibles au public – au point que sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie, leurs adresses circulent comme des bons plans. Voici notre sélection de dix expos dans dix galeries, à Paris et ailleurs. 

À Paris, Daniel Buren et Philippe Parreno illuminent la galerie Kamel Mennour au fil de l'eau

Deux poids lourds de l'art contemporain qui se rencontrent autour d'une même installation, c'est ce que propose la galerie Kamel Mennour dans un espace ouvert il y a quelques semaines à deux pas du Pont-Neuf. Daniel Buren, connu pour ses fameuses "colonnes" et ses installations adaptées aux lieux dans lesquels il les expose, propose un immense espace fait de couleurs, de miroirs et de rayures dans lequel déambuler. 

Philippe Parreno donne vie à cet espace, en modulant la lumière présente dans la galerie. Comment ? Les plus pragmatiques évoqueront un capteur placé dans la Seine qui fait s'ouvrir et fermer les stores électriques du lieu. Mais on peut aussi se plaire à imaginer que les artistes savent donner un souffle vital à leurs œuvres.

Galerie Kamel Mennour, 47 Rue Saint-André des Arts, 75006 Paris.

JR lance la première galerie-supermarché à Paris

La Galleria Continua, très présente dans le monde (et déjà en France au Bourget), ouvre dans Paris intra-muros un nouvel espace pour le moins étonnant : si vous y entrez, vous aurez plus l'impression d'être dans une épicerie parisienne un peu décrépie que dans une galerie d'art de premier ordre. 

Les œuvres d'artistes majeurs (Michelangelo Pistoletto, Maurizio Cattelan) y côtoient des livres, des cafés à emporter ou des objets imaginés par les artistes, que vous pouvez (vraiment) acheter. Derrière cette idée étonnante, l'artiste JR, qui a imaginé ce concept nommé "Truc à faire". 

Galleria Continua , 87 rue du Temple 75003 Paris.

David Hockney peint "sa Normandie" (Galerie Lelong & Co.)

Pendant le premier confinement, le peintre mondialement connu David Hockney, désormais installé en Normandie, avait régulièrement publié sur Internet ses dessins, invitant même les auditeurs et auditrices de France Inter à faire de même. 

L'automne arrivant, la galerie parisienne qui représente l'artiste, Lelong & Co., lui a proposé d'exposer les tableaux qu'il a réalisés depuis son arrivée dans la région normande. On y découvre beaucoup de grands espaces verts, de vues de chez lui, mais aussi une représentation de la petite ville de Beuvron-en-Auge. 

Galerie Lelong & Co., 13, rue de Téhéran, 75008 Paris.

Raphaëla Simon s'amuse avec la mode (Galerie Max Hetzler)

L'exposition de Raphaëla Simon ressemble à quelque chose entre le "catwalk" d'un défilé de mode, un "showroom" branché et un OVNI artistique. Dans l'espace de la galerie Max Hetzler, la jeune artiste allemande (et mystérieuse, on ne trouve ni interview d'elle, ni publication sur les réseaux sociaux) s'approprie dans les tableaux qu'elle expose les codes de la mode, des boutiques en ligne, en peignant des accessoires de mode comme "détourés" et placés sur fond uni, mais glisse entre deux paires de chaussures à talons une énorme saucisse de Toulouse ou un revolver. Le résultat est drôle, savamment absurde et… un peu inquiétant. 

Galerie Max Hetzler, 57 Rue du Temple, 75004 Paris.

Christian Boltanski et les fantômes de 2020 (galerie Marian Goodman)

Le Français Christian Boltanski est l'un des artistes contemporains les plus connus. S'il a exposé au Grand Palais ou, plus récemment, au Centre Pompidou, c'est sa galerie, Marian Goodman, qui propose sa dernière exposition, Après, comme une référence au fameux "monde d'après" que l'on nous a promis une partie de 2020. 

Comme souvent, l'artiste, qui jongle entre poésie, mélancolie et drame, met en scène la mort, l'absence et la mémoire dans ses œuvres. Dans Les Linges, impossible de ne pas voir, dans cette série de tables à roulettes similaires à des brancards supportant d'immenses tas de vêtements blancs, une évocation de la pandémie qui a frappé le monde l'an dernier. 

Les fantômes de l'artiste se retrouvent dans Les Disparus, une installation vidéo dans laquelle des paysages d'apparence paisible  et harmonieuse sont perturbés de façon subliminale par des images des grands drames humains du XXe siècle. 

Galerie Marian Goodman, 79 Rue du Temple, 75003 Paris.

Agnès B. maintient sa galerie ouverte

C'est peut-être l'expérience qui se rapproche le plus de la visite d'un musée : comme si elle avait prévu le coup, la créatrice de mode Agnès B. a intégré à sa fondation, la Fab., ouverte l'an dernier dans le 13e arrondissement de Paris, une galerie, la Galerie du Jour (qui existait dans un autre lieu depuis 1984). 

Si la Fab. est contrainte à la fermeture, la galerie, elle, peut rester ouverte. Elle accueille donc jusqu'à cette fin de mois de janvier une exposition de photos collectées parmi des photos d'anonymes en Grande-Bretagne, remplies à la fois d'insouciance et de nostalgie. La librairie de la Fab. propose quant à elle une petite exposition de photos de Mexico par Julien Allouf. 

La Galerie du Jour, Place Jean-Michel Basquiat, 75013 Paris.

Matt Copson tout en lasers (High Art), à Paris

Si vous avez envie de vous plonger dans l'obscurité, direction la galerie High Art, où l'artiste Matt Copson joue avec l'un de ses supports préférés, la lumière laser. Le personnage principal de son expo construite en trois actes à la façon d'un opéra (car c'est dans ce lieu que Georges Bizet a écrit Carmen), est un bébé qui doit affronter un dieu tentant de lui faire comprendre que la vie et cruelle. 

Le bébé, tout en lasers, ne va pas se laisser faire, quitte à se multiplier partout dans l'expo. Sombre en apparence, l'exposition est, selon les dires de l'artiste, une invitation à ne pas abuser du catastrophisme et de la colère. "Le diable vient se délecter lorsque vous êtes vulnérable", dit-il. 

High Art, 1 Rue Fromentin, 75009 Paris.

Claude Viallat, un classique de la peinture contemporaine (Templon)

Parmi les grands noms de la peinture contemporaine française, il y a Claude Viallat. Si vous ne connaissez pas son nom, vous avez déjà peut-être croisé ses toiles peuplées d'une forme, toujours la même, sorte d'empreinte qu'aurait pu laisser une éponge. 

Plus de cinquante ans après ses débuts, Viallat continue d'explorer ce motif, de jouer avec les supports et les surfaces de peinture (pratique, pour un peintre emblématique d'un mouvement nommé Supports/Surfaces), sur toiles, sur bâches, avec ou sans châssis, sur des formes brutes ou découpées. Avec cette expo, Claude Viallat, 84 ans, montre que l'exploration et l'expérimentation, même autour d'un seul et même sujet, n'a pas de limites. 

Galerie Templon, 30 Rue Beaubourg, 75003 Paris.

Une expo… dans une boulangerie, à Bordeaux

On connait bien les galeries-librairies, les galeries-salon de thé mais connaissez-vous la galerie-boulangerie ? C'est le concept de la Bakery Art Gallery à Bordeaux, qui héberge sous le même toit une boulangerie sans gluten et une galerie d'art (ainsi qu'une librairie et un espace pour consommer, actuellement fermé). 

En ce moment, le lieu présente une exposition en hommage à l'artiste et poète John Giorno, disparu en 2019 : "Je fais la queue mes courses à la main et je veux sortir sans incident", c'est le nom de cette expo collective dans laquelle les artistes, jeunes et moins jeunes, font entrer leurs œuvres en résonance avec les phrases fortes et visuelles de ce poète majeur de la Beat generation américaine. 

Bakery Art Gallery, 44 Rue Saint-François, 33000  Bordeaux.

Paysages et érotisme à Clermont-Ferrand

À Clermont-Ferrand, la galerie Volcanic'Arts présente régulièrement de jeunes artistes qu'elle met en avant. En janvier et février, le lieu présente coup sur coup deux expositions très différentes : l'exposition de janvier, qui prend fin ce week-end, réunit des travaux de la peintre Céline Barrier, qui présente des paysages à la fois oniriques et captivants, aux couleurs pastels mais souvent vives, collectés à la manière d'un carnet de voyage. 

Et à partir de la semaine prochaine, c'est une exposition collective d'art érotique qui sera proposée : six artistes représentés par la galerie portent leur regard sur l'érotisme, chacun et chacune avec sa patte visuelle, alternant peinture et photographie, abstraction et figuration pure. 

Volcanic'Arts, 3 Place du Terrail, 63000 Clermont-Ferrand.

Bonus : Prune Nourry au Bon Marché, à Paris

Ce n'est pas une galerie d'art, mais le Bon Marché, grand magasin de la rive gauche parisienne, est un lieu d'art méconnu. La collection de tableaux est exposée notamment tout autour du grand atrium central du magasin, et renferme de très nombreuses œuvres. À cela viennent s'ajouter des expositions temporaires régulières. Actuellement, c'est la plasticienne Prune Nourry qui intervient avec une immense cible visée par des milliers de flèches. "L'Amazone érogène",  titre de cette installation monumentale, évoque la lutte contre le cancer du sein, combat que l'artiste a dû mener et qui innerve aujourd'hui une partie de son travail. 

Le Bon Marché, 24 Rue de Sèvres, 75007 Paris.

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