Avec sa quatrième saison, Dix pour cent tire sa révérence. Au-delà des personnages récurrents, la série française repose sur ses invités ; des acteurs qui se sont prêtés au jeu de l'autodérision.

Guy Marchand, Nathalie Baye, Monica Bellucci, Franck Dubosc, Juliette Binoche, Jean Dujardin, Joey Starr et Julie Gayet.
Guy Marchand, Nathalie Baye, Monica Bellucci, Franck Dubosc, Juliette Binoche, Jean Dujardin, Joey Starr et Julie Gayet. © Christophe Brachet / Monvoisin Productions / Mother Productions / France télévi

Elle est rapidement devenue mythique. La série Dix pour cent (France 2), qui retrace le quotidien d'agents de stars d'une agence parisienne, s'achève avec une quatrième et dernière saison, diffusée à partir de mercredi. Six derniers épisodes pour quitter Andréa Martel (Camille Cottin), Mathias Barneville (Thibault de Montalembert), Gabriel Sarda (Grégory Montel), Arlette Azémar (Liliane Rovere), les aventures de l'agence ASK et leur irrésistible équipe d'assistants. Mais aussi pour découvrir une vingtaine de nouveaux invités (Charlotte Gainsbourg, Sigourney Weaver, Franck Dubosc, Jean Reno, etc.). Car ce qui fait tout le sel de cette série, c'est bel et bien la présence de "guests" qui incarnent leurs propres personnages. Alors, pour dire au revoir à Dix pour cent, nous avons sélectionné (parce qu'il faut bien faire un choix) ceux qui nous ont marqués. 

Monica Bellucci peine à trouver l'âme sœur (saison 3, épisode 2)

Le résumé : dans cet épisode, Gabriel Sarda (Gregory Montel) doit gérer la crise que traverse Monica Bellucci et dont les intérêts sont gérés par l'agence ASK. "L'hiver arrive, le froid aussi. T'as pas des copains à me présenter ?", interroge l'actrice et ex-mannequin, qui se plaint de solitude sentimentale. Elle peine à trouver un compagnon, puisque sa stature de sex symbol fige même les plus entreprenants ("Monica Bellucci, un cœur à prendre, je me disais aussi : c'est un peu gros", explique un libraire incrédule à la comédienne qui tente une drague... ratée). Gabriel s'occupe de lui changer les idées et de l'aider dans sa quête de l'âme sœur : il l'embarque même dans une fête, ou la belle le suit en la jouant incognito, perruque blonde. "C'est marrant parce que des fois t'as des airs de Monica Bellucci, on te l'as déjà dit ? Attends, elle est sublime, mais qu'est ce qu'elle est conne, j'ai des lus des interviews d'elle, c'était une catastrophe", lui envoie l'un des fêtards. Au final, l'agent et l'actrice se rapprochent, dangereusement, dans une scène enfiévrée, avant de conclure que deux solitudes qui fusionnent ne forment pas pour autant un couple idéal, surtout pour "mettre en péril une relation de confiance"

Ce qu'on aime : que les acteurs et les actrices soient des gens comme nous, qui n'aiment pas le célibat. Et que la drague peut être un difficile chemin, même quand on s'appelle Monica Bellucci. 

La réplique culte : 

"Cette femme il lui faut un loup, un animal sauvage. Et moi j'étais comme une merde, un hérisson en boule."

Béatrice Dalle ne veut rien dévoiler (saison 3, épisode 5)

Le résumé : Andrea (Camille Cotin), encore en congé maternité, doit intervenir en plein tournage pour gérer un conflit entre Béatrice Dalle et le réalisateur de son dernier film : ce dernier veut imposer à l'actrice de tourner nue, alors qu'elle doit incarner une jeune femme décédée, dont le compagnon vient reconnaître le corps à la morgue et qui désire la contempler une dernière fois dans le plus simple appareil. La comédienne, pas d'accord, bloque le tournage, dans l'incompréhension totale du réalisateur : "Je comprends pas, t'as passé ta vie à jouer des folles et des cannibales et là tu veux pas tourner nue ?! Tu seras magnifique, fais-moi confiance, un peu !" Devant son insistance pleine de mauvaise foi, Béatrice Dalle plante le tournage et se réfugie dans un couvent. Dans une discussion entre la comédienne et son réalisateur, Dalle explique sa phobie des scènes nues qui remonte à la fois où un cinéaste qui l'avait convaincue lui avait alors promis une équipe réduite : "Le jour de la scène, tout le monde était là. Toute ma carrière on a toujours voulu que je sois nue. J'ai mis 30 ans à savoir dire non". Une tirade qui sent le vécu à plein nez.

Ce qu'on aime : voir à quel point, après le passage de #MeToo, les scènes de nu chez des actrices doivent être sérieusement justifiées. 

La réplique culte :

"Mon mec il meurt, je vais le voir à la morgue, la première chose que je demande à voir, c'est pas sa bite !"

Isabelle Huppert : pourquoi choisir un tournage quand on peut tous les avoir ? (saison 3, épisode 4)

Le résumé : planning (trop) chargé, pour Isabelle Huppert qui, pendant quelques jours, tourne She's A Femme fatale pour Gary Segdwick, un réalisateur américain, en même temps qu'elle incarne Marie de Médicis de Cédric Khan. Sauf que le contrat américain est un contrat d'exclusivité, et que la comédienne n'a pas le droit de cumuler deux tournages en même temps. Son agent, Gabriel, a la solution : "Le jour elle tourne pour les Américains, la nuit pour les Français." Problème : les Américains veulent refaire des scènes de nuit. Mais pour Isabelle, "parfois le désir c'est plus fort que le droit". "Oh ça va, ils me connaissent, les Américains !", rappelle-t-elle à son agent : "Quand je me trouve une année avec quatre films sélectionnés à Cannes, c'est bien qu'il y a eu quelques petits chevauchements !", explique avec sérénité celle qui raconte ensuite dans une interview fictive et pleine de mauvaise foi (apparition de Laure Adler et de Radio France) avoir "besoin du temps du rien, pour se remplir".

Ce qu'on aime : même les actrices françaises les plus "bankables" et boulimiques de travail savent faire de l'auto-dérision. Huppert est irrésistible à courir d'un tournage à l'autre pour tenter de contenter son insatiable envie de jouer. 

La réplique culte : 

"– Elle doit être complètement épuisée ?                                                        
– Mais non, Isabelle c'est une force de la nature ! Elle a la résistance d'un sherpa népalais, t'inquiète pas !"

Guy Marchand, la classe fragile (saison 2, épisode 5)

Le résumé : c'est l'histoire d'un vieil acteur touchant, d'un homme élégant et sensible, qui, sur un tournage, a une petite absence et ne reconnait pas la réalisatrice qui lui donne des indications ("une dame charmante, mais qui arrive de nulle part, et qui veut me mettre à poil. c'est cocasse, quand même !") avant d'enfourcher un vélo pour quitter le plateau en robe de chambre. Une alerte sans gravité, mais du côté des financeurs du film, l'épisode crispe un peu les chéquiers : "Économiquement, il vaut mieux remplacer un acteur en début de tournage plutôt que de planter un film en plein milieu". Guy Marchand va devoir passer l'épreuve de la visite du "monsieur des assurances" sur le plateau. "Tout le monde se dit que je suis fini, je sais comment ça se passe. Vous vous êtes fait une petite réunion pour évaluer les dégâts. Je suis pas un bleu !", balance Guy Marchand qui n'a pas l'intention de faiblir : "Mohamed Ali et Fred Astaire dans un seul homme". Et qui le prouve d'autant mieux, à la fin du tournage, qu'il réussit à mener jusqu'au bout, lors d'une longue tirade, adressée en creux à l'un de ses amours enfuis, et qui cueille le spectateur face-caméra : sans doute la séquence la plus émouvante de cette saison-là. 

Ce qu'on aime : l'acteur vieillissant n'est pas mort, tant qu'il tourne encore. 

La réplique culte : 

"J'ai survécu à mon cher Pialat, alors qu'à côté de ça, c'est de la gnognotte !"

Juliette Binoche harcelée, un an et demi avant #MeToo (saison 2, épisode 6)

Le résumé : Juliette Binoche, choisie pour être la maîtresse de cérémonie du prochain festival de Cannes, doit réaliser des essayages de robes. "On ne choisi pas le vêtement, c'est lui qui nous choisi", note la couturière face à l'actrice, pas franchement convaincue par la création qu'on lui propose. Mais le sujet vestimentaire va devenir le cadet des soucis de Juliette Binoche quand elle se retrouve être la cible d'un producteur insistant, "un grand ami du festival". "Il m'a envoyé des dizaines de textos, j'ai pas répondu, mais apparemment, il comprend pas quand on lui dit non", raconte Binoche à son agent. Mais la direction du festival insiste : "On n'humilie pas ce genre d'hommes. On ne teste pas sa capacité de nuisance. On lui donne un peu, en lui faisant croire qu'on lui donne beaucoup pour ne pas risquer de tout perdre", appuie une représentante de Cannes. Malgré les obstacles, Binoche monte sur scène pour ouvrir le festival. Et pour une bonne raison : "Cette année, c'est historique, 12 films en compétition officielle sont réalisés par des femmes, la moitié de la sélection." 

Ce qu'on aime : le caractère prémonitoire de cet épisode, un an et demi avant #MeToo, qui pointe du doigt les contraintes imposées aux femmes dans le monde du cinéma et le harcèlement qu'elles subissent. 

La réplique : 

"Réjouissons-nous que de plus en plus de femmes fassent des films, produisent des films, participent enfin au récit collectif qui s'écrit ici."

Julie Gayet et Joey Starr irréconciliables (saison 1, épisode 5)

Le résumé : Julie Gayet et Joey Starr sont censés jouer la passion dans un film d'époque, mais, en réalité, se détestent dans la vie. Résultat, engueulades et portes qui claquent, le tournage est un enfer. "Qu'est-ce qu'elle me saoule avec ses grandes théories. On dirait qu'elle est née au XVIIIe siècle. Je suis sûr qu'elle est née dans un couvent tellement elle est coincée", balance Joey. Quant à Julie : "Je ne remettrai pas les pieds sur ce plateau tant qu'il ne m'aura pas fait des excuses. J'ai bossé comme une dingue, j'ai tout lu sur la période et lui, il joue comme ça lui vient." Les deux comédiens doivent même réaliser une scène d'amour. Leurs agents, Andréa et Gabriel tentent de sauver le film du désastre. 

Ce qu'on aime : c'est un classique de cette série... L'autodérision. Julie Gayet joue, en toute légèreté, de son image et, entre les lignes, de sa relation avec l'ancien chef de l'État.  

La réplique culte : 

"– Retourne faire la belle dans tes dîners mondains.                                    
– Pardon, articule, on comprend pas ce que tu dis."

Dujardin campe (un peu trop) son personnage (saison 3, épisode 1)

Le résumé : Alors qu'elle est toujours enceinte, Andrea Martel (Camille Cottin) doit résoudre un problème avec Jean Dujardin. Il est attendu pour un rôle de banquier mais sort d'un autre film très prenant, dans lequel il joue un soldat blessé qui a déserté pendant la guerre de 14-18 et qui se cache dans la forêt pour échapper à la peine de mort. Mais justement, tout le problème est là : Dujardin n'arrive pas à sortir du film, n'arrive pas à se séparer de ce personnage si prenant. "J'ai jamais vécu ça avant, jamais... Franchement je peux pas enchaîner. J'ai passé six mois dans la forêt, je me suis dépouillé de tout." Deux semaines après la fin du tournage, il vit dehors dans son jardin, ne quitte pas son costume, ne se lave pas, repère les oiseaux qui passent au-dessus de son campement. "C'était un travail, avec un début, un milieu, une fin", lui rappelle pourtant la réalisatrice. "J'ai pas vu que ce rôle était en train de te bouleverser, j'aurais du mieux te protéger", regrette finalement Andrea. Jusqu'à ce que Jean finisse par se raser... 

Ce qu'on aime : avec humour, Jean Dujardin nous raconte comment un acteur peut avoir des difficultés à se détacher d'un personnage, faire une "Day-Lewis" comme on dit dans le métier. 

La réplique culte : 

"C'est l'odeur de la terre, la sueur."

Nathalie Baye et Laura Smet, l'effet miroir (saison 1, épisode 3)

Le résumé : La mère et la fille reçoivent un scénario qui les mets toutes deux à l'affiche... dans le rôle d'une mère et de sa fille, qui vivent seules isolées au fond d'un fjord suédois. Lancée par une réalisatrice suédoise énigmatique, l'idée est aussi l'occasion pour Gabriel (l'agent de Laura) de se mesurer à son chef Matthias (l'agent de Nathalie), chacun pour placer son actrice. L'épisode débouche ainsi sur une mise en abîme totale : Nathalie et Laura, la mère et sa fille à la ville, qui tournent ensemble cette histoire de cette mère et sa fille, actrices toutes les deux, qui hésitent à tourner ensemble l'histoire conflictuelle d'une mère et de sa fille ("Tu te vois, toi, partir 3 mois en croisière avec ta mère?!"). Comment sortir de ce huis-clos dangereux, sans se griller professionnellement ni faire de la peine à l'autre, avec qui on ne veut pas jouer ? Pour y échapper, chacune va tenter sa technique : jouer comme un pied et rater son essai pour Nathalie Baye, ou le "Bardotage" (jouer sa Bardot, faire des caprices de star) pour Laura. Un joli coup qui réunit les deux comédiennes pour la première fois à l'affiche dans cette première saison de la série, diffusée à l'automne 2015 : sur grand écran, elles ne sauteront le pas que deux ans plus tard, pour "Les Gardiennes", long-métrage de Xavier Beauvois.

Ce qu'on aime : Les relations mère/fille dans le star system, c'est aussi compliqué que dans la vraie vie…

Réplique culte : 

"Si vous vous étiez parlé, vous auriez pu en placer une sur les deux. Moi, les concours de zizis, si c'est pas dans mon lit, ça m'intéresse pas !"

Charlotte Gainsbourg, par amitié (saison 4, épisode 1)

Le résumé : C'est la course pour Andréa, désormais patronne de l'agence, qui, entre ses talents et sa fille, ne sait plus où donner de la tête. Conséquence, elle n'a pas eu le temps de lire un scénario proposé à Charlotte Gainsbourg par son meilleur ami, auteur de BD "géniales". Ce dernier est ravi. Sauf que le projet est en réalité très mauvais. "Elle ne peut pas se retrouver dans cette bouse", explique Andréa a ses collègues. "Donc ça pour toi, c'est un bon scénario ?", interroge la comédienne, après avoir pris connaissance du texte et vu son costume argenté et doté d'un troisième bras. Trop tard pour revenir en arrière ? Charlotte, en tout cas, ne veut pas se brouiller avec son ami, Oscar, "hyper fragile". Donc "officiellement, j'adore le scénario et je veux faire le film. Mais il n'est pas question que je le fasse". Andréa doit redoubler d'inventivité...

Ce qu'on aime : voir Charlotte Gainsbourg dans un tout autre registre que le sien (une comédie) et aussi se rendre compte qu'il est parfois difficile d'être fidèle en amitié. 

La réplique culte : 

"Je vais le faire ce film. Au final ce sera peut-être bien. Tu crois que j'ai compris quelque chose quand j'ai reçu le scénario d'Antichrist ?"

Franck Dubosc veut faire autre chose que des blagues (saison 4, épisode 2)

Le résumé : le comédien Franck Dubosc se retrouve embarqué à jouer dans un "film d'auteur" face à un jeune acteur prometteur, récompensé d'un César du meilleur espoir. Les agents d'ASK lui avaient promis un tournant dans sa carrière. Sauf que c'est... "le pire tournage de ma vie, enfin de ma life, comme ils disent ici. (...) Je suis pas fait pour faire un film d'auteur, je suis pas à ma place, c'est une erreur." Dubosc, pas dans son élément, ne comprend rien aux intentions de la réalisatrice et subit les moqueries de celui qui lui donne la réplique comme des techniciens du plateau ("Alors, on attend pas Patrick ?", "Il est vieux de ouf", "T'es un guignol, retourne dans ton camping, laisse nous faire du cinéma"). Dubosc et le jeune comédien, Dylan, finissent par trouver des points communs. 

Ce qu'on aime : le contre-pied du comédien populaire qui se retrouve dans un film dramatique nous amuse et évoque la difficulté pour un acteur de changer de registre. 

La réplique culte : 

"Qu'est-ce que je suis, moi, pour lui ? Un gros ringard qui fait des films en moule-bite."

Dix pour cent est à voir sur Netflix (saison 1 à 3), sur Salto (saison 2 et 3), sur france.tv (saison 4) ainsi que sur les bonnes plateformes de vidéo à la demande. 

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