Ces nouveaux témoins qui parlent d’ « assassinat »

30 octobre 1979, au petit matin, le corps de Robert Boulin est retrouvé dans cinquante centimètres d’eau, dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines.

Le choc est immense. Ministre du Travail et de la Participation,Robert Boulin, gaulliste réputé pour son intégrité et sa force de travail, faisait partie des successeurs potentiels à Raymond Barre pour Matignon. Ce que Valéry Giscard d’Estaing a confirmé publiquement lors d’un colloque le 2 mars 2009, au Sénat. Député-maire de Libourne, Robert Boulin avait passé plus de 15 ans (un record) dans les ministères de la République, au service du général de Gaulle, de Georges Pompidou puis de Valéry Giscard d’Estaing.

Boulin s’opposait vigoureusement au président du RPR, Jacques Chirac, soutenu dans l’ombre par les hommes du SAC (Service d’action civique) de Charles Pasqua et les réseaux de Jacques Foccart, « Monsieur Afrique » du gaullisme.

Officiellement, Robert Boulin se serait suicidé à cause d’une histoire immobilière, dans laquelle le ministre avait en réalité été abusé par un escroc, proche de Jacques Foccart, Henri Tournet, décédé, selon nos informations, en janvier 2008, à Santiago du Chili où il s’était retiré.

Très vite, la famille Boulin ne va plus croire au suicide, mais à l’assassinat. En juin 1983, elle dépose plainte pour « homicide volontaire ». Mais en mars 1992, la justice conclut à un non-lieu.

En 2007, la fille de Robert Boulin, Fabienne, réclame une réouverture d’information judiciaire sur la base d’éléments nouveaux révélés par la presse (Canal + et France-Inter), puis dans un livre (« Un homme à abattre », Fayard) publié par l’auteur de ces lignes. Requête refusée en octobre 2007 par Laurent Lemesle , le Procureur général de la Cour d’appel de Paris, ex-conseiller pour les affaires de justice de Jacques Chirac.

Aujourd’hui, France Inter apporte de nouveaux éléments au dossier Boulin, accréditant la piste criminelle.

Parmi ces éléments :

• Un ancien assistant des médecins légistes ayant participé à la deuxième autopsie de Robert Boulin en 1983 parle pour la première fois publiquement d’un « coup » derrière le crâne du ministre et de la trace d’un « lien » au poignet.

• L’ex-ministre gaulliste Jean Charbonnel dévoile les confidences d’Alexandre Sanguinetti sur l’« assassinat » de Robert Boulin . Des propos confirmés par la fille d’Alexandre Sanguinetti. Jean Charbonnel déclare : « Je n’ai plus de doute : Robert Boulin a été assassiné ».

• Un ancien policier, aujourd’hui conseiller national UMP dans la 3ème circonscription de Vendée, affirme que son oncle, « indic » infiltré dans le « milieu » pour le compte de la police, aurait assisté à l’assassinat de Robert Boulin , avant d’être abattu un an plus tard dans une fusillade.

• Un ancien fonctionnaire du SRPJ de Versailles -service de police chargé à l’époque de l’enquête sur la mort de Boulin- affirme aujourd’hui ne« plus croire au suicide » et met en doute le témoignage de certains de ses collègues à l’époque.

• Des écoutes téléphoniques de novembre 1966 révèlent que le Procureur général en charge de l’affaire Boulin , qui s’est rendu sur place dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979 avant la découverte officielle du corps, était intimement lié aux réseaux Foccart et faisait libérer des truands. Ce que confirme l’ancien patron de l’OCRB (Office central de répression du banditisme) Lucien Aimé-Blanc.

• Un ancien acteur du BTP raconte pour la première fois publiquement comment trois semaines avant la mort de Robert Boulin un responsable du RPR lui tient cet étrange propos : «Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler ! »

• 30 ans après la mort du ministre, la CIA (Central Intelligence Agency) refuse toujours de « déclassifier » le dossier Boulin , pour des raisons notamment de « politique étrangère ».

D’autres témoignages inédits et documents sont à retrouver dans ce dossier spécial, 30 ans après la mort de Robert Boulin.

Mise en ligne du dossier : Valeria Emanuele

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