Dominique de Villepin l’a déclaré solennellement, le 25 novembre 2010, à l’issue de son audition par le juge Renaud Van Ruymbeke, dans le volet financier de l’attentat de Karachi: « J’ai indiqué au juge qu’il ne pouvait y avoir, à mon sens, aucun lien entre l’attentat de Karachi et l’arrêt décidé par le président Jacques Chirac du versement des commissions » , dans les contrat Agosta (vente de sous-marins au Pakistan) et Sawari 2 (vente de frégates à l’Arabie Saoudite).

Il l’a répété, quelques jours plus tard, devant le juge Marc Trévidic : « Je ne vois pas en ce qui me concerne un lien entre l’arrêt légitime du versement des commissions et l’attentat de Karachi » , mettant notamment en avant « ce décalage dans le temps entre l’arrêt des versements de ces commissions et l’attentat. »

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S’il est exact que, jusqu’ici, la preuve formelle du lien entre la coupure des commissions versées dans les contrats d’armements par Jacques Chirac, en juillet 1996, et l’attentat de Karachi, en mai 2002, n’a pas été apportée, il est pourtant prématuré, à ce stade, de parler de ce lien éventuel (avec en arrière plan le financement de la campagne présidentielle de 1995), comme d’une « fiction juridique » , comme le fait le journal Le Monde dans son édition daté du 1er décembre 2010.

Sans qu’il ne s’agisse de preuves, certains éléments peuvent chronologiquement accréditer un possible lien entre la piste financière et l’attentat, c'est-à-dire la vengeance d’intermédiaires, désireux de toucher le solde de certaines commissions.

1 - D’abord, comme l’a révélé Libération, le 26 avril 2010, « un deuxième flux de corruption promis par l’industrie française de l’armement a été interrompu dans le courant de l’année 2001, soit dans les mois précédant l’attentat. »

Ce réseau d’intermédiaires concerne les pakistanais Ahmad Jamil Ansari (qui a déposé plainte devant la Cour d’appel de Karachi, en août 2009), Aamir Lodhi et Zafar Iqbal. Par ailleurs un autre intermédiaire de ce premier « réseau pakistanais », l’amiral Mansur ul-Haq, a été interpellé aux Etats-Unis en avril 2001, extradé vers le Pakistan puis condamné à rembourser 7 millions et demi de dollars perçus dans le contrat Agosta et dans un contrat de vente de missiles SM-39.

2 - Ensuite, les documents que nous avons pu consulter, corroborés par les déclarations sur procès-verbal d’acteurs du dossier, indiquent que fin 2000-début 2001, soit plus de 4 ans après la coupure des commissions, DCNI (la branche commerciale de la Direction des constructions navales) se pose encore sérieusement la question de savoir si elle doit, oui ou non, régler le solde des 15% de commissions non versées dans le contrat pakistanais , à la suite de la décision du président Chirac.

Au même moment, comme le prouve un document de la police luxembourgeoise, dont France Inter publie le détail, DCNI effectue un paiement de plus de 13 millions d’euros à Andrew Wang, intermédiaire dans l’affaire des frégates de Taïwan.

De quoi, peut-être, aiguiser certains « appétits » financiers ?

Mise en ligne du dossier : Valeria Emanuele

Bandeau © DCNS ECPA-d Marine Nationale

l'essentiel de Karachi : les contrats qui fâchent