Liliane Bettencourt a-t-elle été victime de son entourage? Cette question demeure au cœur de l’affrontement judiciaire entre la fille de l’héritière de l’Oréal, Florence Bettencourt-Meyers, et sa mère.

En décembre 2007, la fille de Liliane Bettencourt dépose une plainte pour « abus de faiblesse ». Cette plainte sera finalement classée sans suite deux ans plus tard, en septembre 2009, par le Procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye. Le magistrat justifiait sa décision par le fait que Liliane Bettencourt refusait de se soumettre aux expertises médicales ordonnées par la justice.

Les enregistrements clandestins du majordome de Liliane Bettencourt, révélés par le site Médiapart le 16 juin dernier, démontrent que le gestionnaire de fortune de la milliardaire, Patrice de Maistre, a été informé deux mois à l’avance (entretien du 21 juillet 2009) de la décision de classer sans suite du Procureur Courroye, par le biais de l’ex-conseiller justice de l’Elysée, Patrick Ouart.

Depuis la révélation de ces enregistrements clandestins, l’affaire Bettencourt a viré à l’affaire d’Etat : évasion fiscale, conflit d’intérêt, soupçons de financement politique... Quatre enquêtes préliminaires sont en cours, sous l’autorité du procureur Courroye. De son côté, la présidente de la 15ème chambre du Tribunal correctionnel de Nanterre, Isabelle Prévost-Deprez a ordonné un « supplément d’information » dans le volet « abus de faiblesse », sur lequel elle enquête avec la Brigade Financière… également en charge des investigations, dans les enquêtes préliminaires du Procureur Courroye.

Mais, au fait, qu’avait conclu la Brigade Financière, avant que l’enquête initiale pour « abus de confiance » ne soit classée par le Procureur Courroye, fin 2009 ?

Dans un entretien au Figaro, le 22 juillet dernier, Philippe Courroye rendait hommage à l’« enquête très approfondie » qu’il avait alors confiée à la Brigade financière, expliquant que « le parquet a été très attentif au traitement le plus complet possible des investigations ».

En fait, comme le montre un rapport de synthèse du 1er décembre 2008 auquel France-Inter a pu avoir accès (et dont le Journal du Dimanche avait, pour la première fois, révélé les conclusions, le 6 décembre 2009, s’attachant surtout à détailler les largesses de Liliane Bettencourt à François-Marie Banier et ses proches), les enquêteurs penchaient alors clairement pour un « abus de faiblesse » au détriment de la milliardaire, considérant que « certains faits » détaillés dans ce rapport « tendent à confirmer l’existence de ce délit », concluant à un « faisceau de présomption quant à la réalité d’un abus de faiblesse » commis par François-Marie Banier.

Mise en ligne : Valeria Emanuele

l'essentiel de Quand la brigade financière privilégiait "l’abus de faiblesse" sur Liliane Bettencourt