Il s’appelle Richard Mugenzi. De 1990 à 1994, cet homme formé par les militaires français était opérateur radio au service des de l’armée rwandaise au camp militaire de Gisenyi, chargé notamment des opérations d’espionnage et de désinformation. De 1998 à 2008, il a vécu à Arusha, où il collaborait au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), comme témoin à charge dans le procès de Théoneste Bagosora, le cerveau du génocide.

Son témoignage recueilli par les enquêteurs français en juin 2001, à Arusha, constituait jusqu’ici l’un des principaux éléments de l’enquête du juge Bruguière pour désigner le FPR (Front patriotique rwandais) de Paul Kagamé comme le responsable de l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, prélude au génocide de plus de 800 000 tutsis et hutus modérés. Un génocide préparé de longue date.

Datés du 7 avril au matin, une série de télégrammes en swahili, attribués jusqu’ici au FPR, comparent les hutus à des « gorilles », et se félicitent de la « mission » de l’ « escadron renforcé » contre l’avion du président Habyarimana.

Or, dans un entretien vidéo accordé au journaliste-historien Jean-François Dupaquier, Richard Mugenzi explique pour la première fois qu’il s’agissait en réalité d’un exercice de propagande et de désinformation.

Il remet en cause l’utilisation faite par le juge Bruguière de son témoignage et affirme qu’il aurait en réalité recopié ces messages à la demande de son supérieur hiérarchique, le colonel Nsengyumva, bras droit de Bagosora.

Mise en ligne du dossier : Valeria Emanuele

Bandeau : Finbarr O'Reilly/Reuters

l'essentiel de Rwanda : le témoin clef qui contredit l’enquête du juge Bruguière