Que ce soit sur Spotify, Apple Podcats, Google Podcasts, Youtube, Facebook, on a cherché les moments de philosophie qui nous aident à penser ce qui nous arrive : une expérience de confinement à l'occasion d'une pandémie.

Comment les philosophes raisonnent-ils face à la crise de coronavirus ?
Comment les philosophes raisonnent-ils face à la crise de coronavirus ? © Getty / Donald Iain Smith

La philosophie peut-elle nous aider à surmonter les épreuves liées à la pandémie de coronavirus ? Si certains se sont empressés de relire La Peste de Camus, La peste écarlate de Jack London, d'autres s'interrogent sur le sens de cette catastrophe, ou bien tournent en rond et se demandent ce qu'il ressortira de tout cela. À travers podcasts et vidéos, voici les clés que nous donnent quelques philosophes et intellectuels. 

La philo, c'est le moment où jamais

Marie Robert est philosophe et enseignante, et prétend que "la philosophie c'est sexy" dans un fil de podcasts à retrouver sur Apple Podcasts. Elle est aussi l'autrice de Descartes pour les jours de doute. Pour le magazine L’ADN Le Shift elle explique que "Nous sommes plus que jamais dans un temps philosophique. Au-delà du flot pragmatique de l'organisation, du travail, des enfants et du flot des émotions, de ces moments de panique ou de vertige, il y a de nouveaux espaces de réflexion qui se créent". Personne ne sait vraiment combien de temps ça va durer, quelles conséquences cela aura. Or la démarche philosophique c'est justement de faire un pas de côté, ou en arrière. Bref, si on écoute Marie Robert on comprend bien qu'il est l'heure de penser.

> Écoutez le podcast Remettre de la philosophie dans le confinement

René Descartes est mort mais il vous conseille de vous isoler

On ne s'attendait peut-être pas à le trouver sur notre chemin, mais René Descartes pourrait nous aider, et notamment ces Méditations. L'homme du "je pense donc je suis", s'est interrogé, à un moment de crise, sur ce qu'il y avait lieu de faire quand tout ce que l'on tenait pour solide, tous les piliers sur lesquels on s'appuyait, s'effondrent. "Je doute donc j'existe", pourrait-on ajouter, sortez vos charentaises, restez tranquilles chez vous, et défaites tous vos raisonnements intérieurs. Croyez-le, ça prend du temps. Tout ceci vous est raconté plus subtilement dans un podcast de France Culture :

> Écoutez le podcast Comment ne pas devenir fou avec René Descartes

Pour une riposte intellectuelle 

L’actualité est regardée à la loupe par le philosophe et essayiste Vincent Cespedes. Il publie régulièrement des interventions vidéo en direct sur Facebook, pour décrypter les annonces et l'évolution de la situation autour de la pandémie et du confinement. Il propose un thème à chaque fois et répond aux questions et commentaires de ses fans sur Facebook. 

"N’attendons pas la fin de la crise pour penser" dit Vincent Cespedes à ses interlocuteurs en ligne. Vincent Cespedes vante les mérites du "doute dévolutionnaire", c’est-à-dire le doute par la connaissance. "On n’a pas organisé la riposte intellectuelle contre le discours du gouvernement" s'enflamme-t-il. "Enseignons autre chose autrement, enseignons la santé en général, mettons de la philosophie partout", prône-t-il dans l'une de ses interventions.

> Regardez La Ruée vers les masques avec Vincent Cespedes

Même en confinement, la joie peut jaillir

La joie est-elle possible dans l'adversité ? Les derniers seront-ils les premiers ? Le philosophe Charles Pépin use de son parler simple et franc pour affirmer que oui, même confiné, même anxieux, la joie peut jaillir en chacun, car par essence elle est paradoxale. De Nietzsche à Clément Rosset, en passant par Épicure, Charles Pépin explique pourquoi oui, la joie est possible. Venue d’ailleurs, ou de l’intérieur, du cosmos ou de nos croyances, elle peut nous surprendre à tout moment. Il faut suivre ses interventions sur Spotify. 

> Ecoutez La joie est-elle possible dans l'adversité ?

Regarder plus loin que le bout de son nez

Aurélien Barrau n'est pas philosophe mais astrophysicien. Depuis plusieurs mois il a pris son bâton de pèlerin, et ses visioconférences, pour penser la fin de l'ancien monde. Il livre dans une vidéo son sentiment sur la façon dont nos sociétés européennes gèrent cette pandémie. L'idée même de "gestion" est à remettre en cause, explique-t-il. Il cite le philosophe Jacques Derrida et son concept de temporalité paradoxale, qui consiste à ne pas s’engouffrer dans les sujets de discussions et de discours dominants. "Personne ne nous oblige à parler de coronavirus et de confinement". Il ne dit pas cela dans une démarche de déni, au contraire, mais il rappelle que 1 enfant meurt de faim toutes les 5 secondes (écrit en chiffres c'est encore plus terrifiant qu'en lettres). 

"L’urgence nous occupe, mais elle n’a pas d’exceptionnalité universelle. Le monde est gangrené de crises dramatiques, rappelle-t-il et note "la grande indifférence dans laquelle se déroulent des crises écologiques catastrophiques". 

"Il serait temps d’évaluer les situations au-delà de l’immédiateté de leurs effets sur nous".

Ne pas chercher le sens, mais la porte d'entrée vers un nouveau monde

La philosophe Julia de Funès, philosophe, essaie de retrouver un sens à ce que nous vivons. Face à la chute des religions, celle des différences sociales, de la politique, l’individu est désormais tout seul pour trouver du sens. Devenu responsable du bon et du mauvais de sa vie. "Misons sur ce que nous avons de spécifiquement humain" nous dit Julia de Funès en préambule.

Attention, "le mot "sens" est galvaudé aujourd’hui" nous dit-elle, vivre pour vivre n’a aucun sens, selon la philosophe.. "Le sens de la vie n’est pas dans la vie, mon travail a un sens, mais il n'est pas le travail lui-même, ma vie n’a de sens que dans une extériorité". Trouver ou chercher du sens, c’est se projeter vers un ailleurs. Il y a longtemps que nos sociétés semblent déboussolées, Julia de Funès nous remet une petite boussole en main, pour éviter de tourner en rond. 

> Écoutez le podcast sur Le sens, de Julia de Funès

Mary Poppins et tout ira mieux ?

On ne résiste pas ici à glisser une pointe d'humour, un pas de côté, pour masquer les effets néfastes du confinement sur notre humeur. Rien à voir avec l’actualité de l'épidémie, mais rien que d’y penser, les nuages se dissipent. Pendant que les stoïciens se concentrent, ouvrons les fenêtres et regardons  Mary Poppins se poser près de nous. Car elle a aussi sa philosophie, féministe et optimiste, et son mantra : "supercalifragilisticexpialidocious". Ce mot magique change la vie et nous met en joie. 

> Ecoutez le podcast de France Culture : Mary Poppins ou l'éloge du travail bien fait (mais pas seulement)

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