[scald=69327:sdl_editor_representation]BRUXELLES (Reuters) - François Hollande a prôné mercredi à Bruxelles la continuité dans l'approche française de la gestion de la crise européenne, même s'il a rejeté la révision des traités que préparent Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.

Comme l'actuel président, le candidat socialiste à la présidentielle a plaidé lors de sa première visite à Bruxelles depuis son investiture pour un rôle plus actif de la Banque centrale européenne en soutien aux pays en difficulté, une augmentation du fonds de stabilité financière et la création d'euro-obligations pour mutualiser partiellement les dettes.

S'il a reconnu la nécessité de règles budgétaires contraignantes communes aux membres de la zone euro, il a en revanche rejeté tout système de contrôle des budgets nationaux qui reposerait in fine sur la Cour de justice de l'UE - un point réclamé par l'Allemagne - et insisté sur la nécessité de maintenir la primauté du politique face au pouvoir des juges.

Ces déclarations interviennent alors que le sacrifice de la souveraineté budgétaire sur l'autel d'un accord franco-allemand susceptible de sauver l'euro réveille de vieux réflexes eurosceptiques en France, surtout à gauche, où certains prônent même une "confrontation" avec l'Allemagne.

François Hollande s'en est également pris au manque de vision des dirigeants français et allemand actuels, qui planchent sur une intégration budgétaire et fiscale de la zone euro via une réforme des traités européens dont le candidat a jugé le contenu "obscur" et la finalité "lointaine".

"Il ne pourra y avoir de relance de l'Europe que s'il y a un projet. Or, le contrôle des politiques budgétaires, les sanctions, l'austérité, ce n'est pas un projet", a-t-il fait valoir lors d'une conférence de presse.

"NOUS VERRONS EN MAI"

"Aucun chef d'Etat et de gouvernement ne convaincra son peuple qu'il est possible de faire un transfert de souveraineté s'il n'y a pas un projet qui permet de dépasser les craintes et les défiances d'aujourd'hui. Le seul qui le permettra, ce sera un projet de cohésion et de croissance", a-t-il poursuivi.

Au Parlement européen, où il a rencontré les responsables du Parti socialiste européen, il a cherché à pointer les failles du président français sur la question du contrôle des budgets.

"Qui a demandé au lendemain de son élection, c'était il y a cinq ans, aux autorités européennes d'avoir une dérogation par rapport à ce qu'était la trajectoire des finances publiques françaises si ce n'était Nicolas Sarkozy ?", s'est-il interrogé.

Il a toutefois pris soin de ne pas trop égratigner la chancelière allemande, qu'il tentera de convaincre en mai, s'il est élu, de bouger sur ses lignes rouges d'une intervention massive de la BCE ou de la création d'euro-obligations.

"Les esprits évoluent, j'espère qu'ils évolueront encore", s'est-il limité à dire, pointant l'intérêt de l'Allemagne d'avoir "une Europe stable et en croissance".

"Franchement, nous verrons bien le moment venu. Mais Mme Merkel, elle sait ce qu'est la démocratie. Comme moi je respecte les échéances électorales du peuple allemand", a-t-il dit.

"C'est-à-dire si je me place dans l'hypothèse où je pourrais être président de la République au mois de mai, Mme Merkel me regardera comme son interlocuteur", a-t-il continué.

Peu remarquée à Bruxelles, la visite de François Hollande contraste avec celle de Nicolas Sarkozy qui en 2007 avait eu droit à tous les égards du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, qui l'avait quasiment adoubé.

Il s'est néanmoins entretenu avec Catherine Ashton, la Haute représentante pour les Affaires étrangères, Michel Barnier, le commissaire français au Marché intérieur et Laszlo Andor, le commissaire aux Affaires sociales.

Julien Toyer, édité par Yves Clarisse

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