Alors que la pandémie a plus que jamais mis en lumière les disparités de niveau de vie, l'Observatoire des inégalités publie son premier rapport sur les riches. Combien sont-ils ? Qui sont-ils ? Si de nombreux travaux scientifiques s'intéressent à l'évolution de la pauvreté, la richesse n'est pas aussi documentée.

Beaucoup se pensent de la "classe moyenne" alors qu'en fait  ils sont "riches"
Beaucoup se pensent de la "classe moyenne" alors qu'en fait ils sont "riches" © Radio France / Valeria Emanuele

C'est un sujet pour le moins sensible, presque tabou en France. L’Insee, d'ailleurs, ne parle pas des "riches" mais plutôt d'individus ou de ménages "aisés". S'il existe un seuil de pauvreté, il n'existe pas de "seuil de richesse" à proprement parler. L'Observatoire des inégalités, organisme indépendant, fait donc une proposition pour enrichir le débat : celle de fixer ce seuil (en miroir du seuil de pauvreté) à... 2 fois le revenu médian français, soit 3 470 euros de revenu pour une personne seule après impôts et prestations sociales. C'est sur ce parti pris que repose ce rapport, et cela conduit à ce premier constat : il y aurait en France quasiment autant de "riches" que de "pauvres", soit 8,2% de la population

Riche à partir de 3 470 euros de revenu par personne?

Le seuil de richesse serait donc de 5 205 euros pour un couple sans enfant, 7 287 euros pour un couple avec 2 enfants, 8 328 euros pour un couple avec 3 enfants. Des niveaux de revenus qui ne sont pas fixés au hasard explique Louis Maurin, le directeur de l'Observatoire des inégalités : 

"Nous considérons que le seuil de pauvreté, c'est le revenu médian divisé par deux. Alors nous avons fait l'opération inverse. On multiplie par deux. Si, lorsqu'on fait partie des 8% des Français qui gagnent le plus d'argent, on n'est pas riche, alors franchement : qu'est-ce qu'on est ?"

Au sein de ces 8% de la population : de très fortes disparités malgré tout. Le 1% le plus riche reçoit 15 000 euros par mois en moyenne. Le seuil d'entrée dans cette catégorie est établi à 6 800 euros. Quant aux ultra riches, habitués des classements des magazines, leurs revenus dépasse le million d'euros par mois pour une poignée de "grands patrons" et de stars du foot.

Mais la richesse, c'est aussi le patrimoine. Environ 10 millions de personnes vivent au sein de ménages qui possèdent plus du triple du patrimoine médian, soit une fortune d'au moins 490 000 euros

Toujours plus riche que soi...

Une chose est sûre : la difficulté très française de nommer sa propre richesse ou de se concevoir comme riche empêche un véritable débat sur une meilleure redistribution des richesses. Débat trop souvent et à tort focalisé sur les revenus des plus fortunés, analyse l'Observatoire des inégalités. 

"L'argent a mauvaise presse en France et ce n'est pas pour rien que la définition d'un seuil de richesse intéresse peu les plus favorisés, détaille le rapport. Il n'est pas convenable de faire étalage de sa richesse. À l'inverse, les difficultés que rencontrent les riches dans la vie (travail harassant, déboires familiaux) sont sans cesse mis en scène pour rappeler aux pauvres le bonheur qu'ils ont de vivre avec peu".

ll existe une tendance, parfois inconsciente, à s'inclure plutôt dans la classe moyenne que parmi les riches et qui a pour conséquence de minimiser la nécessité de participer plus activement à cette redistribution des richesses. 

Quant aux très riches, ils vivent mieux en France qu'ailleurs 

Notre pays fait partie de ceux où les riches sont très riches même avoir payé leurs impôts. Contrairement aux idées reçues, hormis la Suisse, la France est le pays où le 1% a le niveau de vie le plus élevé, selon le rapport. Chez nos voisins allemands ou britanniques, les riches sont moins riches. Chez nos voisins italiens, belges ou suèdois, le niveau de vie des super riches est même nettement un cran en dessous de chez nous, à 5 000 euros par mois minimum (au lieu de 6 800 euros en France). 

Comme en Suisse également, les plus fortunés perçoivent 5,7% du revenu national, ce qui place la France dans le peloton de tête des pays européens sur ce critère. Des données qui invalident fortement la thèse d'une fuite des Français riches sous l'effet de la pression fiscale. 

Comment évolue la richesse en France ? 

En 20 ans, les riches se sont éloignés des classes moyennes, poursuit le rapport. En 1996, l'écart entre le niveau de vie médian de la population et le niveau de vie moyen des 10% les plus riches était de 27 800 euros annuels. En 2017 il était de 36 300 euros. L'écart s'est donc fortement creusé. Quant au nombre de redevables de l'ISF, il a plus que doublé entre 1999 et 2010. Entre 2011 et 2017 la progression a été plus lente : mais de 22% tout de même en 5 ans. 

L'envolée des revenus et du patrimoine s'est arrêtée à partir de 2010, pour finir par stagner avant 2017. Les données sur lesquelles s'appuient ce rapport s'arrêtent là. "Mais depuis, précise  l'Observatoire des inégalités, les mesures prises par la nouvelle majorité ont été très favorables aux plus aisés", ce qui devrait conduire à une nouvelle hausse du niveau de vie des plus riches en France. 

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