[scald=24409:sdl_editor_representation]par Gernot Heller et Emmanuel Jarry

BERLIN/PARIS (Reuters) - Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont parvenus mercredi soir à une position commune sur un nouveau plan de sauvetage financier de la Grèce et sur une participation du secteur privé, à quelques heures d'un sommet extraordinaire de la zone euro ce jeudi à Bruxelles.

La teneur de cet accord entre la chancelière allemande et le président français n'a pas été précisée mais pour y parvenir, il a fallu sept heures de discussions "très serrées" à Berlin, selon des membres de la délégation française.

Les deux dirigeants ont demandé à mi-parcours au président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, de venir les rejoindre de Francfort, ce qui semble indiquer que le compromis trouvé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy a son soutien.

Ce compromis a été soumis au président du Conseil européen Herman Van Rompuy, précise l'Elysée, "afin qu'il intègre ces éléments dans les consultations qu'il conduit en vue de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro".

Selon la délégation française, la chancelière allemande et le président français rencontreront le Premier ministre grec, George Papandréou, jeudi matin à Bruxelles.

Ils s'entretiendront ensuite avant le début du sommet avec Jean-Claude Trichet, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Herman Van Rompuy.

L'euro a légèrement progressé face au dollar jeudi sur les marchés asiatiques après l'annonce de l'accord franco-allemand. Les investisseurs devraient toutefois rester nerveux tant qu'ils n'en connaîtront pas les détails.

MISE EN GARDE DE BARROSO

Afin de se donner plus de temps pour convaincre le secteur privé, la dernière réunion préparatoire au sommet a été reportée de mercredi soir à jeudi matin. Le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement débutera donc une heure plus tard que prévu, à 13h00 locales au lieu de midi.

José Manuel Barroso a lancé mercredi un avertissement d'une gravité inhabituelle aux dirigeants de la zone euro.

Ce sommet extraordinaire doit déboucher sur une solution convaincante à la crise de la dette grecque sous peine de déstabiliser l'économie mondiale, a averti le président de la Commission européenne, dans une critique à peine voilée aux réticences manifestées jusqu'à présent par l'Allemagne quant aux solutions proposées par ses partenaires.

Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement français, a ainsi souligné mercredi que la "principale réticence" à l'émission d'obligations européennes - une des options étudiées - était "une réticence allemande".

Angela Merkel avait quelque peu refroidi l'atmosphère mardi soir en soulignant que le sommet de jeudi n'était pas la seule étape du processus et qu'il ne fallait pas en attendre de résultat miracle.

Mercredi, la France s'employait à l'inverse à assurer qu'un signe fort serait émis afin de parvenir à une "solution durable" à la crise grecque.

L'ancienne ministre française de l'Economie Christine Lagarde participera au sommet pour représenter le Fonds monétaire international, qui a d'ores et déjà recommandé aux dirigeants de la zone euro de renflouer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et de lui permettre d'acheter des obligations souveraines sur le marché secondaire.

Mais ces deux mesures nécessiteraient une modification des règles du FESF et la ratification des parlements nationaux, et pourraient donc se heurter à l'opposition de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande.

ÉPINEUSE PARTICIPATION DU PRIVÉ

Plusieurs banques et assureurs européens devaient adresser mercredi soir aux dirigeants de la zone euro une proposition complexe précisant leur participation au deuxième sauvetage de la Grèce, qui doit se monter à 115 milliards d'euros, a-t-on appris de sources bancaires proches des négociations.

Les banques proposent un mélange de mesures de reconduction d'obligations souveraines existantes ("rollover"), d'extensions de maturités et d'autres mesures pour une participation totale d'environ 40 milliards d'euros sur trois ans, mais les détails n'ont pas encore été finalisés, a expliqué l'une des sources.

Ces options, déjà évoquées par les dirigeants européens, risquent toutefois d'entraîner de la part des agences de notation une qualification de défaut complet ou sélectif sur la dette grecque. Une telle qualification est susceptible de provoquer un mouvement de panique sur les marchés financiers car elle permettrait aux détenteurs de dette grecque de faire jouer leurs assurances et d'entraîner ainsi des réactions en cascade.

Seule une troisième option étudiée par les dirigeants de la zone euro permettrait d'éviter un tel scénario, mais au prix d'une taxation du secteur bancaire.

Or les banques, représentées par l'Institut de la finance internationale (IFI), se sont vivement opposées mercredi à un tel prélèvement obligatoire, qu'elles estiment injuste pour celles d'entre elles qui ne sont pas exposées à la dette grecque.

Avec Natalie Huet et Catherine Monin pour le service français, édité par Bertrand Boucey

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.