Le gouvernement l'a confirmé jeudi : le coup d'envoi des privatisations est donné. Les cessions d'actifs de l'Etat concerneraient d'abord Aéroports de Paris (ADP) puis la Française des jeux (FDJ). Qui dit privatisations, dit "vente de bijoux de famille", selon l'expression consacrée par l'opposition du moment...

FDJ, ADP, Engie, le gouvernement veut-il vendre les "bijoux de famille" ?
FDJ, ADP, Engie, le gouvernement veut-il vendre les "bijoux de famille" ? © Maxppp / Bruno Levesque

"Nous réfléchissons à l'ouverture du capital de la FDJ tout en gardant le monopole", a reconnu sur Sud Radio le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin.

"Nous demanderons prochainement les autorisations législatives nécessaires pour faire un certain nombre de cessions d'actifs de l'État", a expliqué le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire, lors d'une audition au Sénat. 

Car des seuils de détention, fixés par la loi, sont en vigueur à ADP, EDF, Engie et la FDJ. Pour céder des participations dans ces entreprises, le gouvernement doit demander des autorisations législatives.

L'État détient actuellement 50,6 % du capital d'ADP, et 72 % du capital de la Française des jeux.

L'État vendra-t-il tout ou une partie des actifs et quand le fera-t-il ?

"Ces cessions, nous les ferons, quand nous le souhaiterons, au moment que nous jugerons pertinent et à notre rythme", répond Bruno Le Maire. 

En tout cas la volonté de privatiser le groupe ADP n'est pas nouvelle. Si Bruno Le Maire explique que "ce n'est pas le rôle de l'État de recueillir régulièrement des dividendes, au lieu d'investir dans l'avenir des Français", Aéroports de Paris est une affaire qui rapporte avec ses plus de 100 millions de passagers l'an dernier.

Si l'État vend toute sa participation, il peut espérer récupérer 8 milliards d'euros. De quoi doter le nouveau fonds pour l'innovation de rupture mis en place en janvier.

La privatisation probable de la Française des jeux n'était pas aussi attendue. L'État conservera le monopole de droit sur les jeux de loterie et les jeux à gratter. Gérald Darmanin a d'ailleurs précisé qu'il il était prévu que l'État "garde la possibilité d'avoir la main sur l'entreprise", qu'il s'agisse des questions de régulation ou de politique de santé publique, avec notamment les problèmes de dépendance au jeux.

Enfin il y a Engie, l'ex-GDF Suez, dont l'État possède un tiers des droits de vote après avoir cédé 4,1 % du capital début 2017, puis 4,5 % début septembre (pour un montant de 1,53 milliard d’euros). L’État détient encore 24,1 % du capital d’Engie et reste l’actionnaire de référence du groupe. Mais selon Isabelle Kocher, la directrice générale d'Engie, l'État pourrait réduire sa participation à partir de la fin de l'année.

Pour Engie également, une nouvelle cession de titres détenus par l'État nécessite une révision du cadre législatif actuel.  

C'est à ça également que doit servir la loi "Pacte" (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises), dont la présentation en conseil des ministres est prévue le 18 avril et qui doit être envoyée au Conseil d'État la semaine prochaine. 

Ces différents sujets seront sans doute abordés lors d'une réunion interministérielle à huis clos prévue samedi sur la loi Pacte.

Des "bijoux de famille" qui remontent à loin

Comme pratiquement tous ses prédécesseurs, Emmanuel Macron est accusé de vouloir vendre "les bijoux de famille".

Après l'accord franco-allemand avec Alstom, un autre avec l'Italie pour les chantiers navals de STX, la vente de 1,53 milliard d’euros du capital du groupe Engie, voilà le président qui continue céder des participations dans des entreprises à capitaux publics.

Ces bijoux de famille, ces entreprises nationalisées ou dans lesquelles l'État détient une partie du capital, sont le plus souvent fruits de l'histoire et d'une volonté politique : 1936, après la victoire du Front populaire (SNCF, entreprises d’armement, aéronautique). 1945, à la Libération (EDF, Renault, Banque de France, les grandes banques de dépôts) et 1982, au début du premier septennat de François Mitterrand (Saint-Gobain, Suez et Paribas, Rhône-Poulenc, Thomson, etc.).

Parfois c'est une nationalisation momentanée, un geste "politique" et temporaire comme la nationalisation des chantiers navals de Saint-Nazaire à l’été 2017, lors d'un bras de fer avec l'Italie.

À partir des années 1980, les gouvernements ont souvent besoin d'argent frais et c'est l'heure des privatisations qui commence. Emmanuel Macron, lui, espère récupérer 10 milliards d’euros pour le fonds destiné à financer l’innovation promis durant sa campagne électorale.

Mais quand on voit ce que rapportent ces entreprises, est-ce une bonne idée de les vendre ?

La Française des jeux, ce sont 130 millions par an de dividendes plus des 3,1 milliards prélevés en 2017 sur les gains. Quant à ADP, avec ses 101 millions de passager l'an dernier, c'est le deuxième groupe aéroportuaire mondial et les rentrées sont à la hauteur : 150 millions de dividendes en 2017. L'action ADP a gagné 170  % en Bourse en cinq ans.

Raison de plus, pour l'opposition, d'accuser l’État de vouloir "brader les bijoux de famille"  

"Macron ne sait faire que ça, déboulonner notre patrimoine", peste Sébastien Chenu. Pour le porte-parole du FN, l'objectif du gouvernement est limpide : boucher à court terme le déficit public. 

Une indignation que partage le secrétaire national du Parti communiste Pierre Laurent : "Ils vendent les bijoux de famille et ils vont au-devant d'une demande insistante du secteur privé de mettre la main sur des secteurs très rentables de notre économie."

"Vendre la FDJ est un pur scandale", enrage  Christian Eckert, sur Facebook. Le secrétaire d'État au Budget de François Hollande s'était opposé à toute privatisation durant le quinquennat.

Quant à la droite, elle serait mal venue de critiquer des privatisations puisqu'elle comptait en faire si elle s'était retrouvée aux commandes. Damien Abad, vice-président des Républicains, arrive tout de même à placer l'expression consacrée "vente des bijoux de famille" pour demander au gouvernement "des précisions pour la manière dont l'argent sera utilisé" et pour exiger que la France ne "brade" pas ses biens à des puissances étrangères.

Ce que représente le groupe ADP
Ce que représente le groupe ADP © Visactu
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