Pour France Inter, le correspondant du quotidien économique Les Échos au Japon, Yann Rousseau, décrit les conditions d'interpellation et de détention de Carlos Ghosn. Le PDG de Nissan-Renault-Mitsubishi a été arrêté lundi à Tokyo, il est soupçonné de malversations financières.

"Les médias japonais lui sont tombés dessus" expliquait mercredi dans le journal de 13 heures de France Inter le journaliste des Echos Yann Rousseau.
"Les médias japonais lui sont tombés dessus" expliquait mercredi dans le journal de 13 heures de France Inter le journaliste des Echos Yann Rousseau. © Maxppp /

Il était jusqu’alors l’un des patrons les plus puissants de la planète et sa chute est d’autant plus vertigineuse. Quel sera l’avenir de Carlos Ghosn, dirigeant de l’alliance Nissan-Renault-Mitsubishi ? Arrêté et placé en garde à vue lundi pour malversation financière au sein du groupe japonais, il fait désormais face au système judiciaire japonais et pourrait, dans un premier temps, rester jusqu’au 30 novembre en détention. Alors que son avenir à la tête de Nissan et Mitsubishi est très clairement compromis, le conseil d'administration de Renault préfère rester prudent, invoquant la présomption d'innocence. Pour France Inter, le journaliste économique Yann Rousseau, correspondant au Japon du quotidien Les Échos, décrypte la situation. Questions-réponses.

Que sait-on des conditions d'arrestation de Carlos Ghosn ?  

"L’arrestation s‘est passée lundi en fin d’après-midi, à 16h35. Les enquêteurs du parquet savaient exactement à quelle heure arrivait son jet privé à l’aéroport Haneda de Tokyo. Ils sont tout de suite montés à bord, une fois l’avion stoppé (comme le montre la vidéo ci-dessous du quotidien Asahi Shimbun, NDLR). Ils lui ont dit qu’ils allaient l’arrêter mais l’ont maintenu dans l’avion pendant trois heures. Au même moment, deux équipes allaient faire des perquisitions à son bureau à Yokohama au siège de l’entreprise et à son domicile. Quand les perquisitions ont été terminées, un van blanc est passé sur le tarmac et l’a emmené pour qu’il soit présenté au procureur. C’était vers 20 heures, lundi soir. 

Le procureur a pu le garder d’abord deux jours en détention avant qu’on lui signifie le début de sa garde à vue. Ce n’est pas un prolongement, c’est bien le début de la garde à vue de 10 jours et, ce qui se passe toujours au Japon, c’est qu’on l’étend de 10 jours supplémentaires. Au total, il va rester enfermé pendant 22 jours puis sera mis en examen sûrement autour du 7 décembre."

Quelles sont ses conditions de détention ? 

"Les conditions sont les mêmes pour tout le monde. Que vous ayiez volé un œuf, tué quelqu’un ou que vous soyez accusé de délit financier, c’est la même chose pour tout le monde. Vous êtes incarcéré dans une cellule seule ; là ce n’est pas une prison, c’est un centre de détention qui se situe à l’est de Tokyo. Carlos Ghosn va être entendu par le procureur, quand ce dernier le voudra. Il n’a droit ni à un email ni à un coup de fil. Il peut seulement demander à la police de contacter pour lui un avocat. L’avocat peut venir le voir une fois par jour au centre de détention mais n’a pas le droit d’assister aux auditions de son client."

Et sa famille ?

"Il peut voir sa famille, mais à la condition de parler dans une langue que comprend le policier qui assiste à la visite. Normalement, c’est en japonais mais Carlos Ghosn le parle très mal et son épouse pas du tout. Ils peuvent essayer de trouver un traducteur qui traduit  l’anglais ou le français. Dans tous les cas, ce sera 15 minutes maximum, les jours ouvrables seulement."

Cette affaire a-t-elle un retentissement important au Japon ?

"Oui, on en parle beaucoup mais les médias japonais ne sont pas extrêmement critiques et tout le monde lui tombe dessus. Ils ont sauté sur l’affaire, donc c’est l’orgie contre Carlos Ghosn. Ils ressortent tout : ses fêtes, son salaire qui fait énormément débat au Japon - il gagne 10 fois plus que le PDG de Toyota. Il n’y a pas au Japon ces inégalités (de salaires, NDLR) que l’on connaît en Occident, en Europe et aux États-Unis, donc à chaque fois c’est un grand débat. 

C'est l'orgie contre Carlos Ghosn (...) Tout le monde lui tombe dessus.

Il n’y a donc pas énormément débat dans la presse ni au sein des élites japonaises pour dire que c’est un peu fort ou qu’il n’a tué personne. Il y a des scandales réguliers au Japon mais en 20 ans, aucun patron du Nikkei 225 (le CAC 40 japonais), n’a été mis en prison de cette manière."

Y’a-t-il un aspect nationaliste ? Est-ce qu’au fond, les Japonais sont contents que Nissan puisse reprendre la main sur Renault ?

"L’opinion publique n’est pas un problème, je ne pense pas que ça ait choqué. Il avait d’ailleurs une image extrêmement favorable, celle du 'cost killer' (tueur de coûts). Il y a même une BD, un manga qui raconte ses aventures et une chanson (“Je suis heureux mon patron est Français”)  donc il avait une image très importante dont on parle jusque dans les écoles de commerce. 

Il y a un bras de fer permanent entre Paris et Tokyo, sur l’équilibre des pouvoirs dans l’alliance Nissan-Renault-Mitsubishi.

Le nationalisme, en revanche, est au sein du pouvoir politique et du ministère de l’Industrie. Aujourd’hui, Nissan voit d’un mauvais œil le pouvoir de Renault dans son capital (43 %). Donc il y a un bras de fer permanent entre Paris et Tokyo, sur l’équilibre des pouvoirs dans l’alliance Nissan-Renault-Mitsubishi. Là, il y a un facteur nationaliste qui a probablement joué dans la sévérité appliquée aujourd’hui à Carlos Ghosn." 

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