Coup de tonnerre au pays du diesel. La cour administrative fédérale oblige les villes de Stuttgart et Düsseldorf à interdire les véhicules gazole les plus polluants pour assainir l’air. La décision pourrait faire tâche d’huile.

Vers la fin du diesel dans les villes allemandes ?
Vers la fin du diesel dans les villes allemandes ? © AFP / DPA / MARIJAN MURAT

Les temps changeraient-ils au pays qui a inventé le diesel ?

La cour administrative, basée à Leipzig - plus haute juridiction compétente en la matière – a confirmé deux précédents jugements obligeant les villes de Stuttgart et Düsseldorf à interdire les vieux diesels les plus polluants.

Ces deux villes, particulièrement polluées, avaient déjà été sommées de prendre des mesures par des tribunaux locaux, saisis par l’association environnementale Deutsche Umwelthilfe (DUH). Mais les Etats-régions du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-du-Nord-Westphalie avaient fait appel, dans un pays où les constructeurs automobiles sont particulièrement puissants. 

Angela Merkel très réservée

Pour Jürgen Resch, le chef de l’association DUH, "c’est un grand jour pour l’air pur". La cour de Leipzig précise que les diesels seront "progressivement" bannis de Stuttgart et Düsseldorf. Il y aura également des exceptions "pour les artisans ou certains groupes d’habitants". Cette décision est également commentée en France.

Son de cloche différent à Berlin, où la chancelière Angela Merkel tente de minimiser cette décision, rappelant qu’il ne s’agissait "vraiment pas de tout le territoire ni de tous les automobilistes". La ministre de l’Environnement va même plus loin : "mon objectif reste d’éviter que de telles interdictions de circulation entrent en vigueur", déclare Barbara Hendricks (SPD).

Pourtant, cette décision de la cour de Leipzig ouvre la voie à d’autres mesures de ce type. Potentiellement, entre 10 et 12 millions de voitures seraient concernées, sur les 15 millions de véhicules diesel qui roulent en Allemagne. 70 villes allemandes dépassent les normes de pollution européennes.

Les constructeurs en difficulté

Au-delà des particuliers, ce sont les constructeurs automobiles qui pourraient se retrouver à la peine. La part du diesel a déjà chuté de 48% à 39% ces deux dernières années en Allemagne, suite au scandale Volkswagen.

Pour le président des Fédérations des communes allemands, Markus Lewe, "la pression sur l’industrie automobile s’accroît pour qu’elle rende les véhicules diesel plus propres", en rappelant que les villes ne souhaitent pas de mesure d’interdiction.

Volkswagen, Daimler et BMW ont déjà entamé une mise à jour logicielle de millions de voitures diesel pour en réduire les émissions polluantes, dans le sillage du scandale aux moteurs truqués.

Markus Lewe incite également l’Etat fédéral à "instaurer rapidement une vignette bleue" pour les véhicules les plus propres.

Pour l’instant, Berlin reste plutôt frileux, même si le ministère des transports a récemment annoncé une enveloppe d’un milliard d’euros pour le développement des transports publics et des véhicules électriques. Il faut dire que l'Allemagne est sous pression directe de Bruxelles, qui menace le pays de sanctions s'il ne lutte pas plus vigoureusement contre la pollution. 

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