arnaud montebourg va rencontrer general electric au sujet d'un rapprochement avec alstom
arnaud montebourg va rencontrer general electric au sujet d'un rapprochement avec alstom © reuters

L'État français s'est doté ce jeudi d'une nouvelle arme pour négocier dans le dossier Alstom, dont la branche énergie est convoitée par General Electric. Un décret forçe désormais tout acquéreur à obtenir son autorisation.

Le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, a critiqué le projet de reprise d'Alstom - jugé inacceptable par François Hollande - et a souhaité qu'un plan alternatif soit proposé par le groupe allemand Siemens. Favorable à l'offre de General Electric, d'un montant de 12,35 milliards d'euros, Alstom s'est donné jusqu'à la fin du mois pour prendre sa décision.

L'autorisation d'une telle prise de contrôle devra être délivrée par le ministre de l'Économie. Un refus empêcherait un rachat et pourrait être contesté devant le Conseil d'État. "Alstom est un maillon essentiel de notre indépendance énergétique, explique Arnaud Montebourg. Avec ce décret, nous rééquilibrons le rapport de force entre les intérêts des entreprises multinationales et les intérêts des États", ajoute-t-il dans les extraits d'un entretien publiés dans la nuit de mercredi à jeudi sur le site internet du quotidien Le Monde.

Une source dans son entourage précise que l'arme du refus "n'a pas forcément vocation à être utilisée", mais "s'il n'y avait pas ce poids-là, il n'y aurait pas de place autour de la table". Contacté par Reuters, General Electric n'a pas fait de commentaire dans l'immédiat et personne n'était immédiatement disponible chez Alstom pour commenter ces informations.

Protéger les secteurs stratégiques, c'est l'objectif de l'Etat français. Les précisions de Manuel Ruffez.

Les secteurs concernés

Le décret porte sur les secteurs de l'énergie, de l'eau, des transports, des télécoms et de la santé. Le ministère juge le texte parfaitement compatible avec les règles européennes et souligne que la France se dote ainsi d'un outil de contrôle dont elle ne disposait pour l'instant que dans les domaines liés à la défense nationale. Selon Montebourg :

Nous pouvons désormais bloquer des cessions, exiger des contreparties. C'est un réarmement fondamental de la puissance publique. La France ne peut pas se contenter de discours quand les autres États agissent.

De nombreux pays européens possèdent de tels instruments et le président des États-Unis a le pouvoir de bloquer une transaction de ce type sans que sa décision puisse être contestée, souligne-t-on à Bercy. Les investisseurs internationaux savent parfaitement prendre en compte ces contraintes, à l'image des groupes français lorsqu'ils investissent à l'étranger, explique-t-on encore. Alors que la piste d'une entrée de l'État au capital d'Alstom a été évoquée selon une source proche, notamment pour accompagner une solution avec Siemens, un tel projet n'est "pas à l'ordre du jour", a-t-on ajouté. "On est sur un chemin de discussions qui ne le prévoit pas à ce stade."

Des "réflexions" sont en cours pour faire entrer des investisseurs français dans les activités d'éoliennes en mer et d'hydroélectricité d'Alstom en cas de rachat de sa branche énergie, "mais il est trop tôt pour en parler", a-t-on encore expliqué. "Toute la subtilité des discussions, c'est qu'on a aujourd'hui deux offres sur la table qui sont en concurrence manifeste, ce qui d'une certaine manière peut être la chance d'Alstom", a poursuivi cette source. "C'est la position du gouvernement : tirer le meilleur parti pour notre base industrielle de façon durable des alliances qui peuvent naître."

Pour l'analyste financier, François Cholet, le décret Montebourg est une spécificité française en Europe :

C'est une entrave grave à la libre circulation des capitaux.

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