Six mois après le passage de l'ouragan Irma à Saint-Martin, entretien croisé de Daniel Gibbs, président de la collectivité de Saint-Martin et de Philippe Gustin, délégué interministériel à la reconstruction.

Après le passage de l'ouragan Irma qui a dévasté l'île de Saint-Martin, la plage de l'hôtel Mercure à Marigot, le 6 septembre 2017
Après le passage de l'ouragan Irma qui a dévasté l'île de Saint-Martin, la plage de l'hôtel Mercure à Marigot, le 6 septembre 2017 © AFP / Lionel CHAMOISEAU

Daniel Gibbs, président de la collectivité de Saint-Martin dispose de compétences élargies notamment en matière d'urbanisme. Philippe Gustin, délégué interministériel à la reconstruction, est le représentant de l'État. Il est chargé d'établir des diagnostics et des recommandations au nom de la métropole.

Quel bilan, six mois après le passage de l'ouragan Irma ?

"L'île refonctionne et les gens ont de nouveau accès à l'eau et à l'électricité" relève Philippe Gustin. "L'économie redémarre, mais de manière complètement erratique. Le modèle économique était basé essentiellement sur le tourisme, mais le tourisme n'a pas pu redémarrer en raison de la saisonnalité qui a fait que les hôtels endommagés n'ont pas pu être réparés suffisamment rapidement. Mais pour autant on a une autre économie qui redémarre fort avec un risque de surchauffe économique dans le secteur du BTP."

"Il est clair que lorsqu'on revient sur le territoire on voit encore beaucoup de bâches" admet Daniel Gibbs. Car les experts en assurances ont mis du temps à venir sur place tout examiner, ce qui a entraîné des retards dans les chantiers. Avec, surtout, "la nécessité de sécuriser" les travaux : "Il ne s'agit pas d'empêcher les gens de reconstruire, mais de sécuriser leur vie."

Saint-Martin sera-t-elle prête à affronter la prochaine saison cyclonique ?

En cas de nouveau cyclone, "fragilisés par Irma, nous aurions de grands dégâts", souligne Daniel Gibbs qui explique qu'une nouvelle "carte des aléas climatiques" a été établie pour mieux déterminer les zones les plus sensibles.

"Il faut sécuriser le maximum d'habitations, ce qui suppose de ne pas faire n'importe quoi", renchérit Philippe Gustin qui appelle à être "réaliste" : "On le savait depuis le début, on n'arrivera pas à sécuriser l'ensemble des 2 000, voire 3 000, voire 4 000 habitations qui ont été fortement endommagées par le cyclone."

Au-delà des réparations, "la collectivité, avec l'aide de l'État, est en train de préparer cette prochaine saison cyclonique avec le souci de créer des abris qui permettront en cas de cyclone et en particulier de cyclone de forte intensité, d'accueillir les habitants qui se retrouveraient dans des habitations encore précaires."

Quel sort pour les habitants non assurés ?

"Vous ne pouvez pas avoir investi, parfois l'argent de toute une vie, dans votre maison et ne pas, sur un territoire qui est soumis à des aléas climatiques très forts, être dans une logique où vous ne vous assurez pas" se désole Philippe Gustin. "Mais nous avons aussi des dispositifs d'aide de ces populations. Nous avons aussi tout un réseau associatif qui s'est mis en place, non seulement pour les populations non assurées mais aussi pour celles qui se retrouvent dans un grand dénuement et qui ne peuvent pas recourir à de l'auto-réparation, comme les personnes âgées ou en situation de handicap."

Il existe aussi une frange de la population très précaire hébergée temporairement dans une école de Marigot. "Nous sommes dans une recherche de solutions pour ces personnes", assure Daniel Gibbs. Mais il y a pénurie de logements sociaux, eux-même ravagés par Irma.

Propos recueillis à Saint-Martin par Thibault Lefèvre.

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