Confronté à la montée en puissance de l’Américain SpaceX, l’opérateur européen qui fête ses 40 ans cette année prévoit le lancement de 600 satellites d’ici l’an prochain pour améliorer la connexion à Internet dans le monde. La première salve a eu lieu cette semaine.

Le lanceur Soyouz, sur son pas de tir, au cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, le 14 novembre 2017.
Le lanceur Soyouz, sur son pas de tir, au cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, le 14 novembre 2017. © Radio France / Marcos Darras

2 h 42, heure du Kazakhstan, dans la nuit de jeudi à vendredi 7 février, par moins 8 degrés. Sous une tente, quelques curieux, mais surtout des ingénieurs amoureux de l’espace tentent de se réchauffer. Certains craquent dans l’achat d’un t-shirt, d’une boule à neige et d’autres gadgets à l’effigie de la légende et fierté locale, Youri  Gagarine, premier homme à avoir tutoyé le cosmos en 1961. Mais ce soir, l’événement est ailleurs. Un kilomètre devant, un vaisseau Soyouz quitte la terre avec 34 satellites à son bord. Siglé Starsem, filiale d’Arianespace, ce lancement marque le retour de l’opérateur à Baïkonour, base qu’elle avait déserté depuis 2013.

“Le plus gros contrat de l’histoire”

Et si Arianespace est de retour ici, c’est que sa base historique de Kourou ne lui suffit plus.  La raison ? Le très gros contrat signé en 2015 avec OneWeb, société américaine basée à Londres qui entend offrir une couverture Internet à tous, partout dans le monde. L’engagement porte sur le déploiement de pas moins de 600 satellites dans les deux ans. Pour se faire, d’ici fin 2020, ArianeSpace opèrera donc 19 lancements Souyouz comme celui de cette semaine. "La possibilité d’avoir recours à trois ports spatiaux à la fois (Kourou en Guyane, Baïkonour au Kazakhstan et Vostochny en Russie) va permettre d’accéder la cadence du déploiement" se réjouit Stéphane Israël, le PDG d’ArianeSpace.

Mais surtout, pour l’opérateur, ce contrat "le plus gros de l’histoire d’Ariane" ( on parle d’1 milliard d’euros, voire plus ) est l’occasion pour les Européens d’avancer leurs pions dans un secteur spatial défié par les Américains et notamment par un certain Elon Musk qui ne manque pas d’idées. Via sa société SpaceX qui a déjà déployé plus de 200 satellites, et pourrait en lancer jusqu’à 12 000 d’ici fin 2020, le fantasque homme d’affaires a décidé de faire de l’espace son nouveau terrain de jeu. Pour Stéphane Israël, "la question est de savoir s’il y aura demain plusieurs acteurs présents dans l’orbite basse où si on va laisser une seule personne la coloniser et la monopoliser. Nous nous disons que l’orbite basse n’appartient pas qu’à Space X et nous allons le montrer"

3,3 milliards de personnes à connecter (sans faire n’importe quoi)

Le marché, il faut le dire, est colossal. "C’est celui où il faut être et y être vite", confirme Nicolas Zibell, directeur commercial de OneWeb. Pour cause : on estime aujourd’hui à 3,3 milliards le nombre de personnes n’ayant pas accès au web sur l’ensemble du globe, soit quasiment un humain sur deux (43%) qui n’est pas connecté. Dans le collimateur : les écoles encore trop dépourvues de moyens de connexions ou encore les avions très peu dotés aussi en wifi. Le gâteau à partager est appétissant à condition toutefois de le faire intelligemment. 

Pour le PDG d’ArianeSpace, Elon Musk considère un peu trop l’espace comme "un far-west" où l’on pourrait faire n’importe quoi. Des astronomes envisagent d’ailleurs de porter plainte contre son projet de déploiement à terme de… 42 000 satellites autour de la terre !  Une folie, lorsque l’on sait le nombre de débris de ces derniers qui flottent aujourd’hui dans l’atmosphère. Le projet d’Ariane inclut, en cela un volet « durable », confirmé par Massimiliano Ladovaz, directeur technique de Oneweb : "Notre idée avec l’agence spatiale européenne est d’arriver à un système qui permettra à nos satellites en bon état de s’accrocher aux satellites en panne, de telle manière à pouvoir les désorbiter lorsqu’ils sont à la dérive".

Sur ce point, SpaceX, aurait un train, voire plutôt un vaisseau de retard. Et dans une course aux étoiles, c’est toujours ça de pris.

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