Un an après sa création, l’application "'Mon compte formation" enregistre 38 millions d’utilisateurs mais n’échappe pas à la fraude. La Caisse des dépôts a déposé 7 et bientôt 8 plaintes contre des organismes de formation, pour un préjudice estimé à quelque 7 millions d’euros.

Un an après sa création, l’application "Mon compte formation" enregistre 38 millions d’utilisateurs mais n’échappe pas à la fraude.
Un an après sa création, l’application "Mon compte formation" enregistre 38 millions d’utilisateurs mais n’échappe pas à la fraude. © AFP / Hans Lucas / Riccardo Milani

Cela commence souvent par un coup de téléphone. Celui d’une personne qui se présente comme conseiller pour le CPF, Compte personnel de formation. Une fois en ligne avec l’usager, elle lui propose de mettre ses droits à jours et lui demande ses identifiants, son numéro de carte vitale. Des données, personnelles, qui suffisent ensuite au fraudeur pour lui siphonner son compte de plusieurs centaines d’euros. 

"C’est l’une des arnaques les plus courantes", confirme-t-on à la Caisse des dépôts qui gère ce Compte personnel de formation et s’apprête à déposer une huitième plainte contre au total une quinzaine d'organismes de formation. Des fraudes qui restent relativement marginales, comparées aux 38 millions de comptes existants (pas forcément tous actifs) et au million de formation dispensées l’année dernière, mais qui représentent tout de même un préjudice de quelque 7 millions d’euros et 6 000 comptes lésés. Le plus gros dossier, celui d’un groupe constitué d’une douzaine d’organismes, représente à lui seul près de 4 millions d’euros de préjudice.

Certains tentent de "bourrer les urnes"

Le vol de données personnelles et l’usurpation d’identité sont les procédés les plus utilisés dans le cadre de campagnes de démarchage téléphonique agressives. Certains font aussi croire aux usagers que leurs droits à la formation vont s’éteindre, au 31 décembre, les incitant à se dépêcher pour ne pas perdre leurs heures. 

En réalité, les fraudeurs font référence au Droit individuel à la formation (DIF) dont les heures doivent être basculées sur le CPF pour pouvoir être utilisées. Cela devait être fait avant le 31 décembre mais le ministère du Travail a repoussé l’échéance de six mois, constatant que trois salariés sur quatre n’avaient pas encore effectué la démarche. Il n’y a donc aucune raison de se précipiter sur une formation d’ici la fin du mois.

D’autres organismes ont la tentation de "bourrer les urnes" ; publier des offres de formation en masse, pour forcer le clic. La manœuvre est vite repérée par la Caisse des dépôts, grâce à l’intelligence artificielle. Les paiements peuvent être très rapidement suspendus. L’organisme de formation peut aussi être sorti temporairement de l’application. "Parfois, ce sont les utilisateurs qui nous alertent. Dès lors que la fraude est avérée, nous recréditons systématiquement les comptes."

La Caisse des dépôts se dit très attentive à ces fraudes et espère que ces premières plaintes freinent les ardeurs des organismes de formation peu scrupuleux et aiguisent la vigilance des usagers.