Passés par toutes les émotions ces derniers mois les 270 salariés de l'usine de Saint-Saulve (Nord), dont le cas préoccupe jusqu'au plus haut de l'État, se prennent à rêver qu'enfin ce soit la bonne. Le tribunal de commerce de Strasbourg doit statuer sur l'avenir du site ce mercredi. Tous vont encore croiser les doigts

On croyait Ascoval perdue et pourtant ce mercredi matin ce mercredi matin, ce n'est pas une, mais quatre offres qui seront soumises à l'appréciation du tribunal
On croyait Ascoval perdue et pourtant ce mercredi matin ce mercredi matin, ce n'est pas une, mais quatre offres qui seront soumises à l'appréciation du tribunal © Maxppp / La voix du Nord / Pierre ROUANET

"L'optimisme est mesuré". Dit-on à Bercy, au cabinet d'Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d'État en charge du dossier, tant le feuilleton a connu sa part de rebondissements. Mais quand même. Ce mercredi matin, ce n'est pas une, mais quatre offres qui seront soumises à l'appréciation du tribunal. Et parmi elles, deux sortent clairement du lot. Celle du britannique British Steel, connu en France pour exploiter, depuis 2016, l'usine d'Hayange en Moselle, et celle de l'Italien Calvi, spécialiste des aciers spéciaux.   

"Vu ce qu'on a pris sur la tronche, on est dans la modération"

"Deux offres comme ça, émises en plus, par des industriels sérieux, franchement...." Nicolas Lethellier de la CGT n'y croyait pas. "Mais vu ce qu'on s'est pris dans la tronche, forcément, on est dans la modération et on ne sera content et soulagé, que lorsqu'on aura sorti la tête de l'eau". Car complètement noyés à l'automne dernier et momentanément sauvés par une bouée nommée Altifort en début d'année, les salariés ont, en effet, subi la douche froide, il y a deux mois, lorsque cette bouée s'est éloignée, que le repreneur les a soudainement lâchés faute de fonds suffisants.  

Brexit, travail acharné...

Alors évidemment, les offres qui affluent paraissent presque trop belles. British Steel, comme Calvi, promettent même de conserver l'ensemble des 270 emplois que compte le site, la bonne surprise. D'autant que ces deux candidats à la reprise avaient été sollicités à l'époque déjà, mais n'avaient pas donné suite. "Le contexte a changé" commente Bercy. Pour British Steel, il s'agirait, selon une source proche du dossier, d'asseoir sa présence physique sur le continent européen en vue du Brexit. Pour Calvi, de sécuriser sa filière d'approvisionnement après la défection de l'un de ses fournisseurs. Autre facteur : les salariés ont su faire montre de leur savoir faire. Après le contre-coup d'Altifort, "tout le monde s'est mis au travail" explique Cédric Orban, le directeur d'Ascoval. "Ce sont aujourd'hui 1 000 tonnes d'acier qui sortent de l'usine par jour. On a un carnet de commandes et de bons retours de nos clients qui ont convaincu ces potentiels repreneurs de regarder Saint-Saulve d'un autre œil".  

... et usine "décarbonée"

Plus que ça, le site a aussi un atout écologique selon son patron : son empreinte carbone est excellente. "L'usine, récemment remise au goût du jour, n'émet que 210 kilos de CO2 par tonne d'acier produite, là où la plupart des acteurs émettent 1,8 tonnes".  Un rapport de 1 à 9 qui doit jouer en faveur d'Asoval pour Cédric Orban. L'Europe oblige, en effet, les entreprises de grande taille à réduire leurs émissions de CO2.  Leurs usines, additionnées entre elles, doivent respecter un quota. Une fois dépassé, le risque est financier avec des amendes dont le montant pourrait doubler de 25 à 50 euros la tonne de dioxyde de carbone rejeté en trop d'ici à l'an prochain.  

L'entreprise qui choisirait de racheter Saint-Saulve pourrait donc s'offrir une image écolo pour pas cher, tout en s'évitant une mise à l'amende. Une source proche du dossier de confirmer : les discussions, ces derniers jours avec les deux principaux candidats en lice ont beaucoup tourné autour de ces sujets.

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