La BCE a annoncé ce mercredi 14 juillet le lancement d’un projet pilote pour contrer l’essor grandissant des cryptomonnaies. L'euro numérique pourrait voir le jour dans au moins cinq ans.

Les bureaux de la Banque centrale européenne à Francfort en Allemagne.
Les bureaux de la Banque centrale européenne à Francfort en Allemagne. © AFP / Elmar Kremser

C’est le plus gros chantier de la Banque centrale européenne depuis le lancement de l’Euro à la fin du siècle dernier. Pour répondre à l’hégémonie des cryptomonnaies comme le bitcoin, la BCE va lancer la "phase d'investigation" du projet d'euro numérique.

La monnaie sera utile pour les activités du quotidien : faire ses courses au supermarché, aller à la boulangerie, réserver un gîte pour ses vacances. Elle ne remplacera pas le liquide et n’aura pas d’existence physique. Ces euros seront fournis par la Banque centrale européenne, et stockés dans les banques commerciales. Ils seront disponibles sur nos cartes et nos mobiles via une application. La BCE précise que le paiement hors-ligne sera possible pour des montants inférieurs à 100 euros.

D'autres expérimentations en cours

Deux constats ont poussé la BCE à se lancer dans ce projet. D’abord, l’augmentation des achats en ligne et des paiements sans contact. L’argent liquide est de moins en moins utilisé. Même en Allemagne, pays où le liquide a longtemps été roi, les consommateurs ont, en 2020, pour la première fois dépensé plus d'argent par carte. Et puis la Banque centrale européenne accuse du retard, face à la prédominance du Bitcoin.

D’autres grandes banques centrales se lancent. Depuis mars, la Chine expérimente son e-yuan adossé à sa banque centrale pour payer dans plusieurs villes et compte en faire une monnaie internationale et concurrencer à terme le dollar. Cette monnaie sera officiellement lancée lors des Jeux olympiques d'hiver en 2022 organisés à Pékin. Facebook est aussi entré dans la course de la monnaie virtuelle indexée au dollar avec le Diem. Annoncé en 2019, le projet patine. Trois milliards d’utilisateurs pourraient l’utiliser.

Selon la BCE, l’euro numérique se veut plus sûr que d’autres cryptomonnaies disponibles, en matière de respect de la vie privée par exemple. C’est aussi un moyen de lutter contre la fraude fiscale et les financements illicites, explique sur franceinfo François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France : 

"Si on prend l’exemple du Bitcoin, tout le monde sait qu’il peut servir à des opérations de blanchiment ou de rançongiciel pour les cyberattaques."

Fabio Panetta, membre du directoire de la Banque centrale européenne ajoute : "On souhaite que l'euro numérique soit utilisé comme moyen de paiement plutôt que comme forme d'investissement, en vue de préserver la stabilité financière." Pour Heike Mai, économiste chez Deutsche Bank, l’enjeu sera de "persuader les consommateurs de passer à un nouveau moyen de paiement qui ne diffère guère de ceux existants en termes de traitement et de gamme de services".

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Des arguments écologiques

L’euro numérique sera différent du bitcoin car ce dernier n’est pas un moyen de paiement officiel : son unité de compte n'est pas définie par l'État mais est émise par des organisations privées, ou contrôlée par les participants d'un réseau informatique. L'émission de nouveaux bitcoins est régulée par un algorithme, et non par un comité de politique monétaire.

Dans son communiqué diffusé mercredi, la BCE veut croire que l'euro numérique sera plus respectueux de l'environnement que ses futurs concurrents : "Nos expérimentations ont montré que l'énergie nécessaire aux infrastructures que nous utilisions est négligeable par rapport à la consommation énergétique et à l'empreinte environnementale des crypto-actifs tels que le bitcoin, qui consomme plus d'électricité que la Grèce ou le Portugal."

Ce projet pharaonique ne sera pas bouclé demain. Après deux années de consultation, il faudra ensuite au moins trois ans pour développer cet euro numérique.