Spécialiste du low-cost, sans expérience des conflits sociaux et réputé proche des actionnaires, le nouveau patron d'Air France-KLM est surtout Canadien. Un profil qui détonne et qui inquiète les syndicats.

Le nouveau directeur général d'Air France-KLM, le Canadien Ben Smith.
Le nouveau directeur général d'Air France-KLM, le Canadien Ben Smith. © Radio France / Air Canada / HO

"Welcome aboard Air France-KLM", le nouveau commandant de bord de la compagnie franco-néerlandaise est Canadien. Comme le révélait Le Monde le 8 août dernier, le conseil d'administration du transporteur aérien a bien choisi Benjamin "Ben" Smith, lors d'une réunion exceptionnelle ce jeudi 16 août, pour assurer la fonction de directeur général du groupe. Âgé de 46 ans, ce diplômé en économie de l'Université Western Ontario sera vraisemblablement épaulé de Anne-Marie Couderc, l'actuelle présidente par intérim qui resterait donc en tant que présidente non-exécutive.  

"Benjamin Smith prendra ses fonctions chez Air France-KLM au plus tard le 30 septembre 2018", indique Air France-KLM, précisant que l'évolution des contours de la présidence non exécutive du groupe sera annoncée "dans les meilleurs délais".

Dans un communiqué publié quelques minutes après l'annonce de sa nomination, Benjamin Smith se dit "Impatient de rencontrer les équipes d'Air France-Klm en septembre."

Une réputation construite sur le low-cost

Après la démission de Jean-Marc Janaillac, le 4 mai dernier, suite à une consultation du personnel sur un accord salarial rejeté à 55,44%, le comité de nomination du conseil d'administration d'Air France-KLM brise donc un tabou, celui de nommer exclusivement des français à sa tête. Ben Smith est Canadien, anglophone bien qu'il maîtrise le français, et a fait toute sa carrière outre-Atlantique. Un employé d'Air Canada confirme même au Parisien sa réputation de privilégier les actionnaires : "il sait faire de l'argent, pas du social".

Ben est le visionnaire derrière l'expansion stratégique et diversifiée du réseau mondial d'Air Canada – biographie officielle

Selon sa biographie disponible sur le site d'Air Canada, il a commencé sa carrière en 1990 au service clientèle de la compagnie régionale Air Ontario. Il ouvre ensuite sa propre agence de voyages en 1993, puis rejoint Air Canada en 2002 en tant que directeur délégué de la filiale low-cost Tango. Aujourd'hui responsable des transports aériens et chef de l'exploitation de la compagnie, il est notamment connu pour avoir lancé une autre filiale à bas coût, Air Canada Rouge. Il a été "le négociateur principal au cours des négociations collectives" avec les syndicats qui ont "mené à la conclusion d'accords historiques de dix ans". Sa seule expérience de dialogue social à ce jour, dans un pays où les pilotes ne font pas grève.

Le conflit social couve déjà

Le dialogue sera forcément différent en France. Quelques heures avant sa nomination, neuf syndicats donnaient le ton : "il est inconcevable que la compagnie Air France, française depuis 1933, tombe dans les mains d'un dirigeant étranger dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent" (ndlr. l'américain Delta Airlines, détenteur de 8,8% du capital d'Air France-KLM), écrit l'intersyndicale dans un communiqué (CGT, FO, SUD, SNPNC, Unsa-PNC, CFTC, SNGAF, SNPL, Alter - seul le Spaf manque à l'appel).

(Notre dirigeant doit avoir) une connaissance fine du modèle social français (et) défendre les intérêts de notre compagnie nationale

La nouvelle équipe de direction aura donc fort à faire dans ce climat de méfiance pour apaiser les tensions sociales et faire avancer la compagnie sur les dossiers stratégiques déjà engagés (low-cost long-courrier, réorganisation du réseau court-courrier...). L'intersyndicale se réunira d'ailleurs le 27 août pour "déterminer les actions qu'elle mènera dès la rentrée afin d'obtenir la fin du blocage qu'elle dénonce depuis des mois". Le syndicat de pilotes de ligne néerlandais VNV donne lui encore 24 heures à KLM pour répondre à ses demandes d’allègement de la charge de travail et d'augmentation des salaires, en menaçant de "quinze jours de grève", rapportait lundi De Telegraaf. 

Selon Libération, Ben Smith n'aurait lui eu aucun mal à négocier une hausse de salaire. Le nouveau DG touchera 3,3 millions d'euros annuels, soit trois fois plus que ce que touchait son prédécesseur et 20% supérieur à ce qu'il touche actuellement chez Air Canada. 

Les marchés, eux, devraient accueillir positivement la nouvelle. Après les rumeurs mercredi, le titre Air France terminait déjà en hausse de 1,59% à 8,92 euros alors que le reste du CAC 40 piquait au contraire du nez. 

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