Selon le magazine Challenges, qui doit rendre public son classement des 500 premières fortunes de France jeudi, le patron de LVMH franchit pour la première fois le seuil des 100 milliards d'euros de patrimoine professionnel. "Aucun Français n'a jamais pesé aussi lourd", détaille Eric Tréguier, auteur de ce classement.

Bernard Arnault, actionnaire majoritaire et président-directeur général de LVMH, ici photographié en 2019 lors de la présentation des résultats du groupe de luxe.
Bernard Arnault, actionnaire majoritaire et président-directeur général de LVMH, ici photographié en 2019 lors de la présentation des résultats du groupe de luxe. © AFP / Eric Piermont

"Malgré le Covid, les riches sont plus riches que l'année dernière." Pour les grandes fortunes françaises, la crise sanitaire du coronavirus n'a pas été un frein à la progression de leur patrimoine. D'après le classement des 500 premières fortunes de France que le magazine Challenges doit publier jeudi, entre juin 2019 et juin 2020, le patrimoine professionnel de ces "plus riches" a continué de progresser, de 3 %, pour atteindre un total 730 milliards d’euros et ce malgré la pandémie et la récession du premier semestre 2020. 

"On est surpris car on s'attendait à une baisse", détaille Eric Tréguier, journaliste à Challenges, auteur et artisan de ce classement, invité dans Le débat de midi, mercredi sur France Inter. D'après le magazine, cette évolution démontre la solidité des sociétés dirigées par des entrepreneurs-actionnaires ou détenues par des familles. C’est certes deux fois moins qu’en 2019, mais c’est beaucoup mieux qu’en 2009, autre année de crise - celle des "subprimes" -, où leur patrimoine avait reculé de 27 %.

Bernard Arnault, premier Français à franchir le seuil des 100 milliards d'euros

"Bernard Arnault est le premier Français à dépasser les 100 milliards d'euros de richesse totale", poursuit Eric Tréguier. "C'est nouveau, aucun Français n'a jamais pesé aussi lourd que lui aujourd'hui", poursuit-il sur France Inter. Cela fait de l'actionnaire majoritaire et président-directeur général du groupe de luxe LVMH "le troisième homme le plus riche du monde", désormais devant "Waren Buffet, icône de l'industrie et de la richesse" et derrière Jeff Bezos (Amazon) et Bill Gates (Microsoft).    

Derrière Bernard Arnault, la famille Hermès quitte la quatrième position pour la deuxième place du classement (plus de 55 milliards de patrimoine contre 43 l'an dernier). Le groupe de luxe "compte une centaine d'actionnaires descendants du fondateur, dont la fortune a augmenté de presque 25% en un an". Suivent les héritiers Wertheimer, du groupe Chanel, qui perdent une place (désormais troisièmes, 53 milliards). 

Elle aussi descend d'une case : Françoise Bettencourt-Meyers (L'Oreal) est désormais quatrième avec une fortune estimée à 51 milliards. Sur la cinquième marche, François Pinault (Kering) avec 32 milliards contre 29 en 2019. 

Parmi ceux qui ont vu leur fortune se réduire au cours de l'année, on retrouve des entrepreneurs issus de la restauration et de l'hôtellerie, secteurs particulièrement frappés par le confinement et les conséquences de la crise sanitaire. Le patron du groupe Bertrand (Burger King, Hippopotamus...), Olivier Bertrand, a ainsi vu sa fortune diminuer de 27% à 400 millions d'euros (207e place). Autre exemple, la fortune de Dominique Desseigne et de la famille Desseigne-Barrière, qui contrôlent le groupe d'hôtels et casinos Lucien Barrière, a été amputée d'environ un tiers, retombant à 610 millions d'euros et à la 142e place, contre la 103e l'an dernier.

Les secteurs du numérique et de la santé favorisés par le confinement

D'après Eric Tréguier, une soixantaine de familles et d’actionnaires de grandes entreprises sortent du classement de Challenges, leur fortune étant repassée sous la barre des 150 millions, seuil minimum fixé par le magazine. 

Les entrepreneurs issus du numérique ou de la santé ont également vu leur fortune s'accroître nettement, à l'instar d'Alain Mérieux et de sa famille, qui contrôlent le laboratoire spécialisé dans le diagnostic bioMérieux ( 54% à 8 milliards d'euros, 13e place) ou de Gilles et Yves-Loïc Martin, héritiers des laboratoires Eurofins Scientific ( 65% à 3,8 milliards d'euros, 27e place).

Quatre nouveaux milliardaires font aussi leur entrée dans le classement : Evan Spiegel (4,7 milliard d’euros, cofondateur de Snapchat, naturalisé français), Olivier Pomel et Alexis Lé-Quôc (4 milliards d’euros, cofondateurs de Datado), et Stéphane Bancel (1,45 milliard d’euros, cofondateur de la biotech Moderna). "Le confinement a favorisé l'industrie du numérique", confirme le journaliste de Challenges, "puisqu'on a utilisé les réseaux sociaux et l'informatique, beaucoup plus que d'habitude"

Établi chaque année depuis 1996, ce classement recense l’ensemble des actifs professionnels de ces grandes fortunes, cotés et/ou non cotés, mais ne prend pas en compte les biens personnels (biens immobiliers, voitures, œuvres d’art…). Sa version intégrale doit être publié dans le magazine Challenges jeudi.  

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