"Le Black Friday est une vieille tradition visant à nous faire consommer plus". Importée des Etats-Unis, cette opération commerciale attire les foudres de nombreux consommateurs, qui décident de la boycotter.

Dans un entrepôt Amazon, qui prépare le Black Friday, à Peterborough en Angleterre.
Dans un entrepôt Amazon, qui prépare le Black Friday, à Peterborough en Angleterre. © AFP / DANIEL LEAL-OLIVAS

C’est une tradition aux Etats-Unis, et elle le devient en France. Le Black Friday, "le vendredi fou", sa frénésie d’achat, ses remises et ses prix cassés. Cette opération commerciale se déroule le quatrième vendredi du mois de novembre. Elle a de plus en plus de succès, mais aussi des opposants. Dans leur viseur, Amazon. Des centaines d’internautes ont répondu à notre appel à témoin. Voilà leurs raisons.

Une tradition aux Etats-unis, un rituel commercial en France

"Ce jour représente tout ce que je n'aime pas dans ma culture américaine" lance Sophie, 37 ans, qui a répondu à notre appel à témoignage. Cette franco-américaine vit dans les Bouches-du-Rhône. Pas question pour elle de participer au Black Friday, et encore moins sur Amazon. "J'aimerais d'ailleurs me passer complètement d'Amazon" avoue-t-elle, "car cette multinationale ne traite pas ses employés avec respect ou dignité". Elle poursuit : "Quand j'étais enfant, on fêtait Thanksgiving le jeudi en famille et le Black Friday n'existait pas."

"Cette fête ne s’inscrit pas dans une tradition ou une symbolique franco-européenne mais bien dans un rituel commercial" poursuit Suzana, de Côte d’Or. Ce Black Friday s’ajoute à d’autres événements commerciaux : la Saint-Valentin, Halloween, les soldes, la fête des Pères et la fêtes de Mères. "Maintenant le Black Friday, et bientôt la fête des Oncles, des Tantes ? Il faut arrêter ce genre de pratiques" s’indigne une habitante de Gironde de 25 ans.

Cette opération commerciale se déroule le quatrième jeudi du mois de novembre.
Cette opération commerciale se déroule le quatrième jeudi du mois de novembre. © Radio France / Julien Baldacchino

"On nous fait croire que l’on fait des économies mais ce n’est pas le cas"

En France, le Black Friday est apparu au début des années 2010. Depuis, il s’est enraciné. De plus en plus de promotions, des publicités qui apparaissent plusieurs semaines avant. "Les dépenses augmentent de 60% chaque année" assure Carol Galand, la fondatrice du Boycott Citoyen. Sur le site de ce mouvement, on trouve un mode d’emploi pour se passer d’Amazon. "On nous fait croire que l’on fait des économies mais ce n’est pas le cas". Dans une étude publiée par l’UFC Que choisir, l’association précise que "tous rabais confondus, les prix n’ont baissé que de 7,5 % en moyenne, soit très loin des 50, 60 voire 70 % de réduction mis en avant par les marchands."

Thomas, un habitant du Loiret, ajoute : "Le Black Friday est une vieille tradition visant à nous faire consommer plus lors d'instants précis. De tels rabais prouvent bien que les marges réalisées par Amazon sont énormes en temps normal". En 2017, le patron d’Amazon Jeff Bezos a gagné plus de deux milliards d’euros grâce à cette opération, selon Bloomberg. "Plus aucun objet n’a de prix avec la Black Friday" se désole Aurélien, 32 ans, vivant dans le Rhône, "ce genre de pratique fait perdre conscience de la valeur des choses."

"Lorsque je discute avec des personnes de mon entourage de leur volonté d'acheter lors du Black Friday" raconte Margaux, une parisienne de 28 ans, "je me rends compte qu'ils n'ont généralement pas de besoin". Elle conclue : "Ils sont pris dans la spirale des bas prix et du consumérisme."

Selon un sondage BVA-Orange,  95% de Français connaissent le Black Friday, même si 14% indique ne pas savoir réellement de quoi il s'agit.
Selon un sondage BVA-Orange, 95% de Français connaissent le Black Friday, même si 14% indique ne pas savoir réellement de quoi il s'agit. © Visactu

Un non-sens écologique

"Amazon n'a que faire de la société et de l'environnement" critique Amélie, originaire de Vienne. Elle est abonnée à Amazon, achète des produits de manière occasionnelle, mais compte boycotter symboliquement le Black Friday. "Les clients auront tendance à acheter énormément d'objets dont ils n'auront que très peu l'usage au quotidien" poursuit une habitante du Loiret.

Pour Elsa, 44 ans, le Black Friday est "un symbole du capitalisme débridé et Amazon le représentant-phare". Selon cette héraultaise : "On consomme sans réfléchir, sans se demander quels besoins on a réellement." Elle privilégie les circuits courts comme des dizaines d’internautes qui nous ont écrit, avec une phrase similaire : "Cette fête de la consommation détruit les commerces de proximité." La semaine dernière, Mounir Mahjoubi accusait Amazon de tuer l'emploi en France. Selon l'ex-secrétaire d'État au Numérique, le géant américain Amazon a détruit 7 900 emplois en France en 2018.

Malgré tout, des clients d’Amazon regarderont les promotions lors de ce Black Friday. Les raisons sont économiques explique Elisa, d’Evry, en Ile-de-France : "J'utilise Amazon pour quasiment tout ce que j'ai besoin d'acheter, je suis étudiante et n'ai pas beaucoup de moyens. Amazon est pratique et très concurrentiel." Une autre étudiante, originaire de Haute-Garonne l’a rejoint. Ce Black Friday est surtout l’opportunité de faire des bonnes affaires un mois avant Noël : "Je dois acheter certains cadeaux au prix le plus bas. Malgré tout, poursuit-elle, notre modèle de surconsommation n'est absolument pas viable sur le long-terme."

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